EUGÈNE RENDUEL, LIBRAIRE
RLK DE* GUANDS-AUGl STINS, N* 22.
A MA MUSE
Tu m'as donné, dans lame, une seconde voix,
Lamartine.
A MA MUSE
Salut, ô mes rochers! rivage solitaire,
Sommets rougis encor des derniers feux du jour, Salut! mais qu’est-ce donc? Suis-je une âme étrangère Exhalant un vain son?... N’ai-je plus cet amour
V \l\ Mi SF .
De la paix de vos bords, de vos aspects funèbres, De vos sylplies légers errant dans les ténèbres. Présentant à l’esprit sur leur trace emporté vie charme avant-coureur de l’immortalité^?
Ciel, qu’entends-je? une voix... une voix bien connue Semble à l’écho troublé confier un soupir.... Qu’ai-je fait, malheureux? Une faute imprévue M’enlève-t-elle un bien dont j’aimais à jouir?
O Muse! j’ai quitté ton asile champêtre,
Pour lui seul ne sont plus mes désirs et mes pleurs; .le pensais à mourir, et tu disais peut-être :
Sur sa tombe isolée effeuillons quelques fleurs. Mais je vis, et déjà loin des lames plaintives Que berce mollement le souffle du zéphir.
Ma nef audacieuse a franchi de ses rives Le bord tranquille et sûr.... et pour quel avenir! Hélas! un Dieu le sait, ô compagne céleste!
Muse, serait-il vrai , trembles-tu sur mon sort? Que crairis-tu cependant? Mon âme te l’atteste. File n’onhHra pas l’image de la mort.
A MA MUSK
Ne le souvient-il plus de la croix solitaire Où sombre avec la nuit, à sa pâle clarté.
Je voyais tous les biens s’entasser sur la terre.
Et crouler dans l’éternité?
La rose épanouie â peine à deux aurores Se flétrissant ; le chantre des forêts Répétant à l’écho ses cadences sonores,
Silencieux ; l’épi sur les guérèts Ondulant en longs flots sa tête encor si belle , Tranché soudain ; le voile du vallon Que l’aube vient d’étendre et qui fuit avec elle. Du nuage orageux la rapide étincelle ,
La feuille de nos bois qu’emporte l’acjuilon.
De ces mâles tableaux la muette éloquence S’efface-t-elle au cœur que sa foudre a frappé?
Le voyageur errant , du désert échappé ,
Du gouffre et du torrent n’a-t-il plus souvenance?
Je m’étais dit : ne pensons qu’à mourir.
Coulez, coulez, mes jours, dans le silence et l’ombre Qu’importe des mortels le regard doux ou sombre
A MA MUSE
Comme un faible rayon il va s’évanouir;
Mais je vis.... et bercé peut-être par un songe, J’espère quelques fruits au rivage étranger,
Fruits amers, je le sais, car l’arbre du mensonge De ses rameaux épais voudra les ombrager.
Ils ne mûriront pas; sous une haleine impure , Peut-être verront-ils leur tige se flétrir.
Ah ! puissent-ils au moins une aurore fleurir. Exhaler un parfum et tomber sans murmure !
Plus rapide aujourd’hui le temps fuit à mes yeux; J’entends toujours au loin tourbillonner le monde, C’est toujours son bonheur qui passe comme l’onde, Sa flamme qui s’éteint, son destin rigoureux Qui l’entraîne aux remords par un chemin de roses. Desséchant sous ses doigts ses fleurs à peine écloses. Est-ce lui que je cherche!... 0 Muse! dis alors, Dis tout ce que t’inspire une trop juste crainte. Mais si le cœur lassé d’une inutile plainte,
Comme un faible ruisseau qui répand sur ses bords J,e tribut de ses eaux, je veux loin de mes rives
A MA MEJftl.
Laisser errer aussi mes vagues fugitives,
Arroser quelques lieux, ranimer un roseau , Épancher dans un sein , que le monde refoule , Celte vive fraîcheur étrangère à la foule ,
Donner en m’enfuyant un soupir au tombeau , Vivifier une terre stérile ,
Réfléchir un rayon de cet astre tranquille,
Guide unique et certain de l’homme voyageur.
Ah! content, trop heureux de ce cours enchanteur, Qu’avec ravissement m’élançant dans la plaine J’ouhlîrais aussitôt ma faiblesse et ma peine,
L’asile où je goûtai le silence et la paix,
Le gazon qui reçut mes heures solitaires....
Je ne forme qu’un vœu :... Si de légers bienfaits Rappelaient ici-bas mes traces éphémères,
Si, disparu sans nom, oublié des heureux,
Sur ma tombe déserte il tombait une larme,
Une larme échappée au cœur du malheureux,
0 Muse! dis-le-moi, serait-il quelque alarme Capable de ternir un aussi beau destin?
A MA MUSE
Coulez, coulez, mes jours, coulez, dirais-je encore! Qu’importe à vos splendeurs le calme de l’aurore Ou le trouble des nuits? Un sentiment diviu, Comme un phare avancé sur la cime du monde,
A l’abri des écueils indique un sûr chemin.
Laissez loin de vos bords la tempête qui gronde :
La vie est une mer où toujours un zéphir Tourmente quelque flot.... A l’âme passagère, Avant l’éternité, que faut-il sur la terre?
Aimer Dieu, puis mourir.
28 Juillet i85o.
A MES AMIS
Hit us dolore mitcebitur.
Pr., 1 1.
Tout sourit dans la nature an jeune homme qui apparaît dijna le monde : il comprend à peiuc qu'on puisse s'affliger et mourir.
Sic un , Galerie morale.
A MES AMIS
Touchant le premier flot de l'océan des âges, Ensemble errant au gré du souffle des zéphirs , Amis , nous convoitions ces fortunés rivages Qui devaient apaiser la soif de nos désirs.
A MES AMIS
Tantôt à l’horizon nous croyons voir une île Riante de verdure, et d’ombrage et de fleurs; Nous cinglons vers ses bords... c’est un rocher stérile Attristant nos regards des plus noires couleurs. Tantôt un sylphe aimable, une image éclatante, Relie de plus en plus , apparaît au lointain ;
Nos cœurs ont tressailli.... c’est la vague fumante Qui se brise en écume et disparaît soudain.
Aujourd’hui même encor, voguant à l’aventure,
Et parfois fatigués d’inutiles efforts ,
Au murmure des eaux mêlant votre murmure.
Vous êtes près enûu de toucher d’autres ports.... Non, non : c’est un éclair brillant dans la nuit sombre ; Les vagues de la vie engloutissent vos vœux ;
Votre âme se roidit. .., et le silence et l’ombre Endorment l’espoir d’être heureux.
Mais le sommeil est court; une main tutélaire Se charge d’écarter le voile ténébreux :
C’est l’aube du matin, dont la faible lumière Se lève , pâlissant votre front sourcilleux.
Pour tromper les ennuis d’un pénible voyage , Entonnons, dites-vous, l’hymne de la gaîté;
A MES AMIS
Par uos jeux et nos ris bravons le noir orage , Passons comme un beau jour d’été.
Et moi que ne guidait aucune expérience,
D’une trompeuse voix j’ai savouré l’accent;
La sirène insensible a goûté froidement Les prémices d’un cœur jeune et plein d’espérance. J’ai, plus ardent que vous, poursuivi les plaisirs; J’ai pris dans vos festins la coupe passagère; Pourquoi ces ris , ces chants , ce bonheur éphémère N’ont-ils pas mis aussi le comble à mes désirs? N’ai-je point assez vu vos danses et vos fêtes? N’avons-nous pas ensemble aimé la volupté?
Amis, rappelez-vous, dans l’asile enchanté ,
Ces parfums et ces fleurs qui couronnaient nos têtes. Eh bien! ils embaumaient le printemps de nos jours! Mais le printemps s’enfuit, et l’automne s’avance; Encor quelques instants , et la vide abondance De ces biens passagers disparaît pour toujours. Peut-être verrez-vous une censure amère Dans ce langage dur qui répugne à vos sens ;
Ah! chassez loin de vous ces doutes outrageants; Je ne suis pas censeur, non , je suis votre frère , 1
A MES AMIS
Dont tout le sang pour vous , s’il fallait le verser, Coulerait à grands flots sur une ingrate terre,
Trop heureux dé laisser cette preuve sincère,
Qu’il vous aime , du moins, s’il peut vous offenser. Et pourtant un sourire , hélas ! est son partage !
Peut-être un regard de dédain Jeté furtivement sur cette humide page
Sera sa récompense Et bientôt, dès demain
Le fleuve du Lé thé recevra la nacelle;
Ou, si l’esprit encor conserve une étincelle,
11 fera pétiller un sarcasme , un bon mot.
A l’aide de ces mots : fanatique, dévot,
Qu’aisément et sans frais s’exerce le génie !
Et nous verrons toujours dans la même patrie Les amis de l’enfance, étrangers aujourd’hui. Passer l’un près de l’outre et se dire : c’est lui Que je ne connais plus, dont je hais la présence.
O bien juste regret! ô malheureuse France!
Ne pourront-ils jamais , tes aveugles enfants , Qu’ensemble avec douleur tu portas dans tes flancs, Avec un même lait sucer une même âme !
Pourquoi ne pas brûler d’une semblable flamme ,
A MES AMIS
Mes amis? De ce nom ne vous offensez pas.
Qui vous agite autant?... où portez-vous vos pas? Un gouffre est sous vos pieds, un affreux météore Vous trompe.... un charme appesantit vos yeux; Quoi! vous ne sentez plus le désir d’être heureux! Mais qu’avez-vous donc fait de ce feu qui dévore?... Quand on voit ce grand cœur créé pour la vertu S’épuiser à chercher de terrestres conquêtes,
On dirait l’Océan rassemblant ses tempêtes Pour soulever un fétu.
LE SOÙTÀlRE.
Ils ne tiennent pins au moijtlc que par l'intérêt qu'ils prennent aux
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M"* sic Stasi, Cerinhe.
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LÉ SÔLlTAItiE.
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L» üprtune eu çouraat prddigue sa.i’iehesse >..v. .
Le pîafsiif qui U suU.*>rï»e , embellit, sm pour ; ■
Xa jeuae»sç,et les -ri*, les grâcë$ et l’amour . '
Re.ropbfi*e«t ^ l’euvi (a. jw^upe d'jüléglcesse/ . v
* 4iK SOMfAlite,
-»Qtvi ne se Cfoit. he&reux de pôuvoir la saisir,
D’enivren tbns ses sens d’une douce ambroisie !
Buvez donc à. longs, traits, épuisez de la vie
Le nectar .et le miel:.... Mais d’où vient ce -soupir? * * % • , . . » * t Pourquoi ce front baissé , cet œil morne et sévère?
Eh quoi ! rassasié des faveurs de la terre ,
• En^ié des mortels , favori du destin ,
’Vas-t-o donc pas encore »ass£z de jouissance ?
• bonheur plus complet peut t offrir l’pspéràiice?
'. Dis-nous, que te faut-il? Quoi! tû ûe réponds rien’.
Ujai souris d’atpertume affreusement anime
Ces traits froids.... ce regard çm la tristesse imprime
L’image dii-néant, les glaces de la mort.
Ton cœur Jassé de tout, comme un marbre insensible,
* Qui dort sur un tombeau , silencieux*, paisible ,
Veut-il erffin goûter la pnjxdu dernier port?
• C’est entvain qq,*6n lui-parle ; il.seloigrve; orr ignore
Ce qui se passe en lui. • . . Sbu-amf , plein d’effroi , ■
Le questionne en vam — le -conjure avec larmes * , De calmer ses* étrapjtJibsv de chasser eéf. alarmes
. . Lfi COUTAI R K. * • t\
U sourit de nouveau disant : Laisse-^aoL ■ '. *
• • • •- * Et*son œil a brillé d'tme vivçétmcelleV'* . ♦ *;, .** .
Qui s’efl'ace aussitôt.... et cependant ‘décède ,\ **
O4 ne sait qnels regrets; quels destFs.’ou' quels vœiu .
TeHe on toit quelquefois une flamme. lointaine,*
Projetant dans la nuit «1 lumiei’e 'încertà'me
Tantôt rasant la 'terre et taqtQtrverS les eieur - ‘ ’ .
Présenter aux’. regards sa douteuse origine ; ■ . .. ..
Aitosl’quelqne pensée ou terrestre on divine „
Rend à ce coçur'éteiiit un dernier sentiment !
' Mais, hélas! qtiél'est-âl?/.. l|n bonheur? uatoorÇ»entV
Qui le sait?».: Maigre tout* il s’obstine à se taire ;
H est donc malheureux,' car uniÇoenv ulcéré. • .
Est oublié du trwpde et gémit solitaire , /• * .
Et lojtQOade l'oublie', et senLil a pleuré.*-
Et seul cependant, 'seul, 'il semble à i espérance. *•
vt * • «• • # t • /
SV’ayoir point dit encore un. étemel.adiep.;, \ . •
Quelle maÿa bienfaisante allège . sa souffrance?,. . •
L’abandon, le rvéant l’accouipague etaee.liew • Qü’il va choisir {niitn pour son demie» asiles '
tt « wutmi. . • N
' te cabtfe -tant cherché l’attejïd-il dans cette île
. Oif coulent du L^thé IçsÎÈiBguiàsaaïes eaax?- . •
Où yécho- ne inêdH jamais la vôix.du monde,
• Où toujours cette mer, en naufrages'h-coode
Contre un rempart-d'airain brise d'impuissants flots?
Il nous quitte, et déjà sa fugitive .image,
JP lus passagère encor que la.*brise au bocage,. .
A peine Sur la terre.est-elleun souvenir/- . • .
Qu’au moins dans son pria tempsl’halemé du képhir
Pbrtè rers son désert la-fraîchëur et la Vie! * Quejaaault'en fuyant, aqf sa .tige flétfie,
Laisse romber au moins quelqueshtuls de ses pleurs 1 . Ce soni là ses -trésors : les ruisseau*. et les fleurs , • -
Ün jour "^Ory uh repos-entouré de silence, ; ' ' '
Des cpis-fréirtiss&nts la Yîànte abondant^v . • .
Destlonieurs ii guérir, des laqnfes à sécher,
* Un.e pbineyun bois sothbre , un.verdô/atU. rocher
Ou. gfserët Je6 débris d une ab tique chapelle , ' *•.
De b foi' des vieux jours ttunojn simple et Adèle,- •*» , ‘ * .. .. ’ . , ' * :
■ Le pâtre gravissant le penchant du .coteau , . ’ ‘ •
U6 COUTAI K K
Sur son f^îte conquis régnant aveod’anrore*
Tantôt troublant fe$ aifs de sajlrçksofiorë, . »•'
Tantôt silencieux , regardant <*00 Troupeau: . ■* • ,
Maïs tyue sert d’étaler T’intrtHepejntüre * * *
• . • •• De tfibleMix /îtTaogêw> jchafàies.kicottnux?- .
Innocence , candeur; simplicité, nature , >;
Dans, le séjour de l’hoînme on ne vous connaît p|us.
La fraude et l'égoïsme Ont usurpé vos places , »- - t -
Le lixxc et'.le œenlsoage oat effe'cé vos traces * -Y .• Aucun noble désir dans ce cœur asservi Ne s’éveille.-.. Il n’entend que le bruit de «à chaîne. Qui de perfides nœuds -L’entrelace,- et l’entraîne .Vers le bôrd de t’abîme en charmant son ennui, x QuM donne donc en paix au sein de l'esclavage* Qu’uh rêve séduisant lui présente' l’image .
De biens et de plaisirs , de gloire ét‘ do grandeurs * Un rêve est si rapide , hélas ! et ses faveurs Flattent ai peu d’iriStantsf... Mais quelle ’mahî austère
Se hâte d’étouffer la Lueur éphémère .
* . »•.*»* • - , Qui'deniain va -ç éteindre arut gendres du tombeau. 1 ,