M. F. DE L\ ME.'VK \IS
Tu fus grand dans ces jours où planant sur l'alnme, Ta voix retentissante au sein des factions Attacha l'infamie aux bassesses du crime, La gloire aux nobles passions.
Tu fus grand dans ces jours de fuite et d'cpouvanlo : Comme un nouveau Samson, voyant la foi trembler, Tu soutins, sans fléchir, seul, de la main puissante, L'édifice près de crouler.
Que de fois, pleins d'espoir en des vœux solitaires. Nos cœurs n'ont-ils pas vu, palpitant d'avenir. Des hommes acharnés, alors devenus frères, S'entr'embrasser et \c bénir.
Que de fois, frémissant aux éclats de l'orage. Ne te vîmes-nous pas, sur les flots ballotté, Calme dans leur fureur, jeter sur le rivage Ton ancre d'immortalité?
Lorsque d'un souffle impur la vile calomnie Toucha, sans la souiller, ta sublime candeur,
A M. F DE I.A MENNAIS. Iô9
Nos pensers avec toi quittèrent la patrie, Pour t'entourer dans ta douleur.
Nous volâmes aussi sur la rive étrangère ; Et suivant pas à pas ton pénible chemin. Nous demandions à Dieu d'écarter toute pierre Des pieds de l'humble Pèlerin.
Tu parus rayonnant sous ta plume féconde ; Ton pays orgueilleux vit son génie en toi ; Il ne te manquait plus que de montrer au monde Tout l'héroïsme de ta foi.
Voilà que tu finis notre attente incertaine;
Une immortelle voix parle Tu l'entendis,
Et dans ce grand combat de la raison humaine Tu confonds tous tes ennemis.
Oui, devant ta vertu toute haine s'incline; Laisse à tes pieds meurtris notre siècle passer, Siècle de vent, de bruit — Renferme en ta poitrine Un feu qui pourrait l'embraser.