‹ L'ame et le systáeme nerveuxChapitre 2 sur 82 · BUE CÀ8IMIR-DELAVIGNE · texte numérisé non relu

BUE CÀ8IMIR-DELAVIGNE

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PRÉFACE

L’Ame et l’activité «lu cerveau vivant sont une seule et même chose. Sans doute, on ne peut le prouver par des syllogismes, et les gens qui n’osent regarder les faits en face, de même que ceux qui jurent sur l’autorité, en profitent pour prétendre qu'il s’agit là d’une question métaphysique insoluble, et pour se mettre à cheval sur une équivoque appelée parallélisme psycho-physiologique. Or il ne s'agit pas de métaphysique, puisque le globe terrestre fourmille de cerveaux-Ames, tous à la portée de notre observation. Chacun ne q peut observer, il est vrai, sa propre introspection, sa propre te psychologie, sa propre Ame, sa propre conscience, son propre subjectivisme (tous ces termes signifient à peu près la même chose) que sur lui-même. Mais, grAee au langage, la « monnaie » de la pensée, et aux observations biologiques des actes des autres, on arrive par analogie A se rendre plus ou moins exactement compte de l'état d'Ame de ses semblables cl même de celui des animaux supérieurs. Or la méthode d’induction onde raisonnement par analogie est précisément la méthode scientifique.

Nous avons le droit d’affirmer aujourd’hui avec Copernic que la terre et les planètes tournent autour du soleil, et que ce ne sont pas les planètes, le soleil et les étoiles «jui tournent autour de la terre. Cependant la chose n’est pas prouvée avec l’absolutisme du syllogisme mathématique. On peut encore, avec Ptoléméc, dire le contraire. Seulement les faits observés

PRÉFACE

concordent avec la théorie de Copernic, tandis qu'il faut inventer les échafaudages de mouvements les plus invraisemblables des astres, en particulier des planètes, pour maintenir la théorie de Ptolémée. Avec celle de Copernic, on peut, en outre, prédire à coup sAr les événements astronomiques et môme découvrir de nouveaux satellites avant de les avoir vus, on observant les aberrations les plus infimes dans les mouvements des astres.

Eh bien ! il en est de même en ce qui concerne l'hypothèse du dualisme qui considère l’âme et l’activité cérébrale comme deux choses, et celle du monisme scientifique ou hypothèse de l'identité, qui les considère comme une seule et même chose. Le dualisme, c'est la théorie de Ptolémée qui conduit à d’absurdes contradictions et exige des croyances mystiques sans aucun fondement scientifique, dès qu'on veut vérifier les faits à son aide. A l'aide du monisme, au contraire, tout s’explique clairement et sans contradictions, comme le mouvement des astres avec la théorie de Copernic. On peut même souvent calculer et prédire les réactions psychologiques. Voilà pourquoi nous sommes en droit d’admettre le monisme comme démontré, jusqu’à preuve du contraire, c'est-à-dire jusqu’à ce qu’on ait prouvé qu'il existe des âmes sans cerveau et des cerveaux vivants sans Ame.

Donc notre psychologie, et par conséquent aussi nos sentiments moraux et notre volonté, sont l’expression ou le reflet interne de la vie de notre cerveau. Pour ces raisons si simples, que le mysticisme religieux s’est efforcé de compliquer à plaisir, nous sommes obligés de considérer tous les phénomènes de la psychologie humaine comme du domaine de l’hygiène du système nerveux, c’est-à-dire du cerveau qui en est le grand centre. En particulier les questions d'hygiène sociale ou d’hygiène de la race sont, en môme temps des questions de morale.

L’hygiène populaire doit mettre toute personne douée d'une certaine dose d’éducation et de bon sens en état d’éviter

PRÉFACE

autant que possible les maladies et les anomalies, tant pour elle même que pour sa famille et ses descendants, et de développer à tous égards sa force et sa santé, de même que les leurs.

L'hygiène ne remplace nullement le médecin ; mais elle doit amener à ce qu'on ail le plus rarement possible besoin de ses secours.

Les règles d’hygiène dont on ne comprend pas la raison d’être risquent de nuire plus qu’elles ne sont utiles, (’.'est là tout spécialement le cas pour le système nerveux et ses fonctions, auxquels le public comprend en général fort peu de chose. En effet, il s’agit ici d'un organe dont les fonctions sont très complexes en elles-mêmes. Elles le sont cependant moins qu’on ne le croirait ; c'est surtout le mysticisme dualiste dont nous venons de parler qui a brouillé les cartes et inutilement compliqué la question.

Voilà pourquoi j'ai écrit le petit livre qui va suivre.

Auo. Forel

(de Chigny , près Marges, Suisse).

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