LE RÉFLEXE
que Semon appelle engramme l’image memoriale. Ce terme ne se rapporte pas seulement à l’introspection, mais à toutes les impressions produites parles irritations dues à l'action du monde extérieur sur la substance vivante irritable, et conservées par celle-ci avec des combinaisons et des complications nouvelles ininterrompues. Il résulte de la théorie de Semon, sur laquelle nous reviendrons, que toute disposition héréditaire consiste en complexions d'engrammes transmises par ce que cet auteur appelle la mnème héréditaire (ensemble des engrammes héréditaires) de chaque cellule du corps et par conséquent des cellules germinatrices qui se conjuguent lors de touteconceptionchez les êtres supérieurs. La mnème individuelle est la somme des engrammes qu’un organisme acquiert pendant sa vie. Les phénomènes de l’ontogénie, de la régénération et del’hérédité s’expliquent admirablemenlparlalhéorie de la mnème combinée à celle de la sélection naturelle. La mnème bâtit, la sélection trie. Pour comprendre ces faits, il faut lire le livre original de Semon, auquel je renvoie, et qui contribue beaucoup à nous faire saisir les lois de la vie organique.
3. Le réflexe. — Quand on coupe la tète à une grenouille, elle n'a plus de cerveau. Si alors on pique sa peau, la patte fait un mouvement coordonné tendant â enlever l’objet qui pique. Son mouvement ne peut donc avoir été transmis que par la moelle épinière, dans laquelle entre le nerf sensible et de laquelle sort le nerf moteur qui ont agi. Il suffit, en effet, de conserver un petit tronçon de moelle épinière en connexion avec les nerfs sensibles et moteurs de la patte pour provoquer le mouvement réflexe coordonné que nous venons de signaler. Tant que la moelle épinière de la grenouille demeure en connexion avec différentes parties de la peau et des muscles des deux moitiés du corps, on peut même, en irritant la peau d’une patte, provoquer des mouvements de la patte correspondante de l’autre côté.
Les phénomènes que nous signalons sont ceux que les
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PHYSIOLOGIE DU SYSTEME NERVEUX
physiologistes appellent réflexes. La notion de machinal, d’involontaire (apparemment inconscient), fait partie de celle du réflexe qui se reproduit de la mt'ine façon chaque fois qu’on produit la môme irrilation. Lorsqu’un homme croise les jambes et qu’on donne un coup sec sur le tendon qui se trouYe en dessous de la rotule de la jambe en suspension, il se produit ce qu’on appelle le réflexe rotulien : la jambe fait un vif mouvement involontaire et inévitable en haut, comme mue par un ressort (à moins qu’à l’aide d’un appui ou d’une forte tension des muscles on n’empêche la chose par avance '. Une maladie (l'ataxie locomotrice) qui détruit certaines connexions d’éléments nerveux dans la partie lombaire de la moelle épinière, détermine la cessation complète du réflexe rotulien. Il est donc certain que l’irritation du tendon rotulien se transmet aux nerfs moteurs de la jambe à l’aide des nerfs sensibles par l’intermédiaire des neurones de la portion en question de la moelle épinière, portion qu’on appelle zone «le Lissauer. Tout cela se passe donc à l’exclusion du cerveau. Il existe beaucoup de réflexes de ce genre. Je cite encore celui de la contraction de la pupille de l’œil sous l’influence de la lumière.
Lorsque le mouvement réflexe consiste en une simple secousse, comme celle du réflexe rotulien, on parle de réflexe simple, et ce simple réflexe constitue la notion fondamentale avec laquelle les physiologistes expliquent le mécanisme du système nerveux central. Mais dès qu’on approfondit la question, le simple devient fort compliqué.
On désigne du terme de réflexe coordonné une combinaison de secousses réflexes qui provoquent des mouvements coordonnés dans un but spécial, tel que ceux de la grenouille décapitée dont nous parlions, cherchant à enlever l’objet qui la piquait. En cas pareil, on ne devrait déjà plus parler de réflexe, car tout mouvement coordonné suppose une série de combinaisons ncurocymiques complexes dans la moelle épinière, combinaisons qui exigent l’action coopéra-