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CHAPITRE X

HYGIENE NERVEUSE DE LA CONCEPTION ET 1)E l'hÉRÉDITÉ

(hygiène DES dispositions héréditaires)

En tant qu’éléments de notre propre corps, les ovules et les spermatozoïdes sont incapables de pourvoir à leur propre hygiène. On dit par plaisanterie qu’on ne peut jamais être assez prudent dans le choix de scs parents. Or, on ne peut pas les choisir. 11 résulte de ces simples réflexions que toute femme ou tout homme, arrivé à l'âge de raison, a le devoir social sacré de pourvoir à la santé de sa progéniture. Il est extrêmement commode de prétendre que nous ne devons pas tenter le destin et que c’est l’affaire de la « nature » (toujours la nature !) de se charger de notre sélection. Les animaux le l'ont sans doute avec un certain succès, car ils ne font pas de médecine, ne portent pas de lunettes, ne s’habillent pas, ne s'inquiètent nullement de leurs malades ni de leurs éclopés, ou ne s’en inquiètent que pour les achever, de sorte que la mort se charge de leur sélection. Mais l’homme soigne les malades, hospitalise les éclopés, fait tuer les bien portants à la guerre, et rend les unions sexuelles naturelles toujours plus difficiles par l'organisation de la prostitution avec ses satellites, les maladies vénériennes, et par le service militaire de longue durée ; il paralyse la sélection sexuelle normale par les mariages d’argent et de classe, et, en général, par l’omnipotence de l’argent; enfin il cultive soigneusement

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l’usage dégénérant de l’alcool, de l'opium, etc. Il ne fait donc en réalité pas autre chose que de jouer perpétuellement avec son propre destin et de lui donner la plus fatale des directions, celle de la dégénérescence de sa propre race. Voilà pourquoi l'affirmation en l’air que nous venons de signaler n’est que pure hypocrisie ou manque de réflexion. Sans doute, on nous oppose avec un semblant de raison l’insuccès final du législateur Spartiate Lycurgue. En son temps, sans connaitre notre science moderne, Lycurgue avait organisé par une intuition remarquable une sélection dirigée vers la seule force corporelle et vers la simplicité des mœurs. Il négligea entièrement les facultés intellectuelles et commit, en outre, une erreur capitale, générale du reste à son époque, celle de mépriser le travail et de l’imposer aux esclaves, les ilotes. Il réussit néanmoins à produire un peuple fort, endurant et courageux, mais sans développement intellectuel, aristocrate et envieux. 11 avait oublié le principal, à savoir, de cultiver l’esprit de travail corporel et mental, et de le mettre en honneur. Or, l'histoire nous apprend que partout ce sont les esclaves travailleurs qui ont fini par remplacer leurs maîtres devenus fainéants. L’esclavage a toujours fait dégénérer les maîtres et jamais, ou bien rarement, les esclaves. Or, malgré tout cela, ce fut bien moins l’observance des lois de Lycurgue que leur abandon, qui provoqua finalement la ruine de Sparte.

On nous oppose encore l'incapacité des variétés animales et végétales, artificiellement produites par la sélection, de se maintenir seules dans la nature. Mais on oublie que nous ne produisons pas ces races dans l'intérêt de leurs propres forces et de leurs propres facultés de combat pour la vie, mais, bien au contraire, en vue de certaines qualités que nous désirons pour nous-mêmes, afin d’en profiter, et que par là nous détruisons leur faculté même de se maintenir dans le combat pour l’existence. Tous ces arguments parlent pour notre opinion et nullement contre elle, car ils prouvent, au contraire, que l’on peut produire par la sélection ce qu'on veut produire.

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Du reste, nos espèces domestiques se maintiennent si bien, quand nous ne les transformons pas en jambons vivants, que nous les voyons plutôt détruire partout les espèces sauvages qu’être détruites par elles, témoin les lapins qui ont îenvahi l’Australie, les moineaux qui envahissent les États-Unis, les chevaux devenus sauvages dans ce dernier pays, etc. Pour le bien de nos descendants, il faut que nous développions leur puissance de travail, leur santé et leur endurcissement au combat de la vie, en évitant la procréation d’avortons, tant au point de vue de l’âme qu’à celui du corps, et en favorisant au contraire celle d'individus forts, sains, travailleurs, bons (altruistes), intelligents, réfléchis, énergiques et persévérants, en un mot capables à tous les égards, tant hommes que femmes. Pour prévenir tout malentendu, nous déclarons ici aux théoriciens de l’hérédité que nous n’avons nullement besoin de nous appuyer sur une hypothèse douteuse quelconque. 11 ne s'agit pas de créer une nouvelle espèce d’hommes supersages ou de « surhommes ». Nous nous contentons de recommander l’utilisation des faits connus dans les limites de la reproduction d’une seule et même espèce, sur la sélection naturelle et artificielle des variétés, et nous n’entendons nullement négliger les facteurs de la nutrition, de l'air, de l’exefcice, etc. (voir chapitres IX, XI et XII), facteurs qui viennent s’ajouter à la sélection. Il y a un point sur lequel tous les théoriciens scientifiques de l’hérédité sont d’accord, à quelque théorie qu'ils se rattachent, qu'ils accordent plus d'importance (pour la transformation lente des espèces) à la sélection, aux mutations, aux forces chimiques et physiques, à la mnème, ou à quelque autre facteur encore inconnu. Ce point, c'est que les espèces animales actuelles sont parentes par filiation, que l'homme eu fait partie, et que les variations individuelles sont déterminées d’ordinaire par les énergies héréditaires des germes, combinées au moyen des croisements dus aux conjugaisons. C’est donc la sélection qui seule peut opérer le triage. Cela suffit absolument pour nous

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donner le droit de dire que l'hygiène de la race exige, dans les limites de noire es/tèce humaine l'élection des qualités bonnes, saines et utiles dans les unions sexuelles fécondes ; dans ce but, il faut utiliser tous les moyens humains possibles qui sont à notre disposition.

Pour y arriver, il faut voir clair dans la question et mettre de côté tous nos préjugés de dogmatique religieuse, de classe et de société. Il est, en outre, absolument nécessaire d’éviter la blaslophlhorie, cause de dégénérescence, par l’abstinence de tous les toxiques sociaux. Il va sans dire qu'on ne peut pas déterminer exactement la qualité de ses enfants. Il ne peut donc s'agir que d’une bonne moyenne et d'un calcul de probabilités. Un grand danger consiste dans le fait que les personnes cultivées, intelligentes et en même temps consciencieuses et précautionneuses, appliquent de travers nos connaissances scientifiques sur l'hérédité, en s'exagérant le danger de la transmission héréditaire de tel cas d'aliénation mentale ou d'autre infirmité de leur personne, de leurs parents ou de leurs ancêtres, cl en évitant à cause de cela de procréer des enfants. Nous voyons d'autre part des imbéciles, grossiers et inditrérents, ne tenir compte de rien, se considérer eux-mêmes comme d’excellente qualité et se reproduire en conséquence. Nous ne pouvons donc pas être assez énergiques en appuyant sur le fait qu’il faut bien comprendre la question avant d'agir. Partageons théoriquement l'humanité à peu près en deux moitiés, l’une supérieure, plus utile au point de vue social, mieux portante et plus heureuse, et l'autre moins utilisable au point de vue social, moins bien portante et plus malheureuse. Tirons ensuite une ligne de moyenne entre ces deux moitiés. Nous pourrons alors poser la thèse suivante : quiconque appartient, ainsi que la moyenne de son ascendance connue, bien distinctement à la moitié supérieure, a le devoir de se reproduire énergiquement. Quiconque appartient tout aussi distinctement à la moitié inférieure, surtout au point de vue du crime, de l'incapacité ou de l’aliénation

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mentale et des autres infirmités graves de toute nature, se trouve par là être un homme soit manqué, soit nuisible au point de vue social, soit malheureux. Il devrait être tenu, ou du moins considérer comme son devoir social, d’éviter à tout prix de procréer «les enfants, surtout si les défauts signalés sont individuellement bien marqués, et s'ils sont distinctement héréditaires dans son ascendance et d'une façon générale dans sa famille. Quiconque enfin se trouve plus ou moins à cheval sur la ligne moyenne, fera bien d’être fort modéré dans la façon dont il multipliera notre espèce.

Donc, nous ne prétendons nullement que les grands talents et les génies doivent seuls se reproduire énergiquement. 11 y a même certains génies pathologiques, exclusifs, qui sortent de familles absolument dégénérées, dont les parents sont plus ou moins aliénés ou détraqués, et dont les descendants sont par conséquent, en moyenne, de déplorable qualité. Des paysans et des ouvriers modestes, mais sains, honnêtes, persévérants et travailleurs, doués d'une bonne dose de bon sens, constituent un excellent matériel de reproduction. D'un autre côté, il ne faut pas oublier que les hommes éminents qui occupent une haute position sociale, s'ils sont arrivés à avoir de la fortune et de la considération, ne le doivent le plus souvent pas, comme on l'affirme si souvent, à un heureux hasard et à une bonne éducation, mais bien plutôt, en grande partie du moins, à la bonne qualité du spermatozoïde et de l’œuf de la conjugaison desquels ils sont sortis. C’est là aussi une bonne fortune, mais d'un tout autre genre que le public n’a l’habitude d’en juger. Si quelques-uns d’entre eux sont un peu nerveux, si leurs défauts sont plus apparents et subissent une critique plus serrée que ce n’est le cas chez un paysan honnête et bien portant, cela vient de ce que leur position sociale fort en vue les expose bien plus, et de ce qu’un surcroît de travail les use et les surmène.

Souvent déjà des personnes capables et consciencieuses sont venues me faire part de leurs projets de mariage pour

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me demander mon avis, parce cpie, par exemple, le père de la fiancée ou du fiancé, avait été aliéné ou que telle ou telle infirmité ou névrose s’était produite dans la famille. En raison de ce que je viens de dire, j’ai pu le plus souvent, non seulement conseiller le mariage, mais même la procréation de plusieurs enfants. Je fus au contraire obligé bien souvent, sans qu’on me l’eiU demandé, de mettre en garde contre la procréation d’enfants des épileptiques, des imbéciles, des criminels d’habitude, tics tuberculeux, des syphilitiques ou simplement des détraqués niais et sans jugement ; de leur déclarer qu'en le faisant, ils commettraient un crime impardonnable, et de parler h leur conscience en leur décrivant quelle postérité misérable, incapable, malheureuse et maladive ils ne manqueraient pas de mettre au momie. 11 va sans dire que la chose est peut-être pire encore chez les alcooliques, les morphinomanes, les opiophages, etc., dont les enfants, procréés pendant l’ivresse ou l’intoxication chronique, courent les plus grands dangers par la blastophthorie. Les maladies héréditaires de la moelle épinière, l'hypochondrie héréditaire, etc., ne promettent pas non plus de bonne descendance.

On me répondra alors : « Tout cela est très beau et très bien, mais comment voulez-vous ou pourrez-vous faire pour empêcher la procréation des enfants sans empêcher en même temps les rapports sexuels, soit dans le mariage, soit en dehors? » Je réponds ici qu’un néo-malthusianisme scientifique bien compris n’est pas difficile à mettre en œuvre. Les phénomènes de la conception sont aujourd’hui si bien connus, qu’il est facile de régler les procréations comme on l’entend. Nous savons fort bien qu'il ne sert pas à grand’chose de prêcher et d’ordonner aux hommes l’ascétisme, ou de leur interdire les rapports sexuels. Malheureusement, notre société est encore toute imbue d’une fausse morale et de préjugés déplorables. Bien éloigné de recommander nos abominables excès sexuels, ni surtout l’infamie de la prostitution, qui est

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