PSYCHOLOGIE (SCIENCE DE L'AME
ventionnelle de temps, mesure facile à fixer à l'aide d'une montre. Je ne puis m'appesantir ici sur cette question. Contentons-nous de retenir que toutes les notions abstraites, à commencer par les mathématiques entières, se sont formées pas à pas dans notre cerveau par la comparaison des perceptions d'objets concrets et de leurs représentations. Il est cependant nécessaire de nous mettre au clair sur les trois grands groupes d'abstractions dans le cadre de-quels se rangent les rapports des phénomènes du monde extérieur tels qu'ils nous apparaissent :
a) La différence qualitative. — Nous distinguons le rouge du bleu, les sensations de vue des tons, les tons des sensations de dureté ou de chaleur, ces dernières de l'odeur de violette, l'odeur de violette, du goût sucré, etc. Tout le monde extérieur nous apparaît sous forme de différences qualitatives. Directement, c'est-à-dire dans notre conscience (notre psychologie), nous ne pouvons ramener une qualité à l'autre, même là où nous pouvons le faire très exactement par voie indirecte, c'est-à-dire à l'aide de la science. C'est ainsi que psychologiquement nous ne pouvons jamais transformer de la chaleur en force ou en mouvement, tandis que la physique nous prouve que ce qui nous fait l'effet de chaleur et de force ou de mouvement, et même de lumière ou d'électricité, peut être ramené à une seule et même « énergie ». 11 nous est de même impossible psychologiquement de décomposer la sensation du blanc en ses éléments colorés, tandis que rien n'est plus simple que de le faire en physique, à l'aide du prisme, etc.
Ii Le temps, ou le rapport de séquence entre les phénomènes de qualité différente.
c) L'espace, ou le rapport de coexistence entre divers phénomènes de qualité différente.
Tout ce que nous pouvons connaître en nous et hors de nous nous apparaît toujours en rapport de différence qualitative et de temps ou «l'espace.
DOMAINE DU SENTIMENT l3
2. Domaine du sentiment. — Au moment où vous ressentîtes une irritation du nez et devîntes conscient de la nécessité de vous lever, vous eûtes du déplaisir. C'est là ce qu'on nomme un sentiment. Il est beaucoup plus difficile en psychologie d'analyser les sentiments que les sensations et les perceptions. Ils n'apparaissent pas en rapport d'espace et remplissent notre moi d'une façon toute générale, se suivant d'une façon lente et indéfinie, ne trahissant que peu de différences qualitatives propres, surtout celles de plaisir et de déplaisir.
Le sentiment de plaisir s'associe à un allégement général et à une expansion du moi, celui de déplaisir ou de peine à une inhibition ou empêchement général de la personnalité, qui en est déprimée. Les sentiments ne dérivent pas directement de perceptions d'objets, ni de représentations en général. Le psychologiste et philosophe Wundt a montré qu'il n'existe pas seulement en nous le contraste des sentiments de plaisir et de peine, mais encore celui des sentiments d'excitation et d'arrêt et celui des sentiments de tension et de détente. Oscar Vogt a confirmé la chose par de belles expériences sur des personnes hypnotisées.
D'une façon générale, on peut dire que les sentiments apparaissent indépendamment des perceptions et des représentations ; néanmoins ils sont constamment associés dans notre âme à ces dernières. Un souvenir, la lecture du texte d'un télégramme, peuvent, selon leur contenu, évoquer le plaisir ou la tristesse, l'excitation ou l'inhibition, la tension ou la détente. Mais en sens inverse, un sentiment de tristesse évoque des idées tristes, et ainsi de suite. Donc les sentiments et les éléments de la connaissance agissent et réagissent réciproquement les uns sur les autres. En outre, les sentiments dépendent fortement de l'état général du corps, c'est-à-dire de la santé, de la maladie, de la fatigue, etc.
Les sentiments re oeuvent s'élever et s'affiner clans leur qua-
\\ psychologie (science de lame)
litè que par leur association avec des représentations fines et compliquées. C'est ce que nous pouvons observer à un haut degré dans l'éthique ou morale et dans l'esthétique. Les sentiments qui s-niblent offrir une qualité spéciale, comme la jalousie, la honte, l'indignation, l'admiration, le désir, la pitié, le sentiment du devoir, etc., son! indirectement déi des sentiments primitifs par leur association compliquée, quoique souvent instinctive, avec les éléments de la connaissance, sur la hase de dispositions héréditaires (voir celles-ci). Ils présentent souvent un mélange ou plutôt des combinaisons de plaisir etde tristesse ou déplaisir. Selon le- peuples, l'hérédité, les mœurs et l'éducation, ils s'associent avec des objets différents et plus ou moins précis (éléments de la connaissance). C'est ainsi que l'Européenne a honte de montrer ses jambes nues, tandis que l'Oriental i a honte de montrer son visage : que telle plaisanterie grivoise fera rire la Française et rougir l'Anglaise d'indignation ; que d'aucuns aiment les orages, tandis que d'autres en sont terrifiés, etc.
Il existe tout un domaine de sensations vagues et mal localisées de» organes internes, telles que les sensation- sexuelles, celles d angoisse, de faim, de soif, etc., qui correspondent à certaines régions mal définies de notre corps. Elles ne répondent a aucun organe des sens spécialisé, mai- elles ne sont néanmoins pas aussi généralisées que le plaisir et le déplaisir, et constituent une transition entre le domaine sensoriel défini qui forme la base de la connaissance, et le domaine du sentiment. Ces sensations dites viscérales sont intimement liées aux instincts et aux passions. De leur côté, nos différents sens nous fournissent des impressions plus ou moins bien localisées. Celles de l'ouïe et de la vue h- -oui bien mieux (pie celle- «lu goût et de certaines formes du lad. Les sensation» d'équilibre, de plénitude corporelle, etc., le -oui au contraire très mal et font transition aux sensations \ iscérales généralisées.
DOMAINE DE LA VOLONTÉ l5
3, Domaine de la volonté. — Dès que l'irritation du nez vous a causé un sentiment de déplaisir et a appelé ainsi l'image de votre chambre à coucher et de votre mouchoir à l'aide d'associations dans le temps et dans l'espace, il se produit en vous la représentation des mouvements associés correspondant à l'action libératrice du déplaisir et la résolution d'accomplir cette action. De pareilles résolutions sont ce qu'on appelle la volonté. Elles sont toujours associées à la représentation d'une action future. Leur accomplissement metnotre corps en mouvement à l'aide des muscles.
Mais dès que votre corps est mis en mouvement par les muscles, la situation de tous vos organes sensoriels, et par conséquent celle des irritations qui leur parviennent, se trouve changée. Vous vous êtes donc levé pour accomplir votre résolution. L'oiseau avait déjà précédemment abandonné votre champ visuel. Vous tournez maintenant le dos au ciel bleu, et pendant que vous allez à votre chambre, les images du gazon vert, des arbres, de la maison, de la porte, de l'escalier, etc., se succèdent. Vous entendez aboyer le chien, vous percevez le bruit de vos pas. Sous vos pieds vous sentez lé gazon, le gravier, les marches d'escalier, tandis que l'air apporte diverses odeurs à votre nez. Vous sentez vos mouvements, leur rapidité et leur direction, ainsi que tout changement dans l'équilibre de votre corps. Bref, le nombre de vos sensations successives, des images de l'espace qui se suivent, les divers rapports de qualité qui s'imposent à votre percep lion sont centuplés par le fait de votre déplacement comparé an repos contemplatif qui l'a précédé.
Celle courte observation vous montre dans quelle énorme proportion le mouvement de votre corps active et enrichit la vie de votre âme. Mais le contenu de votre conscience n'en <sl pas seulemenl augmenté. Le changement rapide des rapporls dans les phénomènes de coexistence (espace) et de séquence (temps) permet à votre cerveau de faire une foule
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de comparaisons entre les résultats de vos différentes perceptions. Lorsque vous voyez quelque chose, vous pouvez étendre la main et vous assurer de la consistance de l'objet . Lorsque vous entendez un son, vous pouvez marcher dans sa direction et découvrir sa source, à l'aide de votre vue ou de votre toucher, etc.
Le mouvement vous permet donc de vérifier les données d'une qualité sensorielle à l'aide des autres sens et de corriger ainsi vos erreurs. Si vous avez été, par exemple, halluciné d'un sens, ou tout au moins si vous avez insuffisamment perçu, vous pourrez corriger l'erreur à l'aide d'un autre sens.
En outre, les mouvements évoquent de nouvelles sensations, de nouveaux sentiments et de nouvelles résolutions ou volilions. En examinant les choses de plus près, nous comprenons bientôt que même sans déplacer notre corps en entier, nous provoquons presque toutes, sinon toutes nos sensations et une grande partie de notre activité mentale en mouvant certains membres. Et lorsque nous ne bougeons pas, ce sont les mouvements des objets extérieurs (ain-i le \<>1 de l'oiseau dont nous parlions) qui déterminent les impressions de nos sens à l'aide de leurs changements. Assis, nous mouvons nos yeux, nos paupières, notre langue, nos mains, etc. Une immobilité absolue de notre corps est à peine possible, et l'on sait que son repos relatif tend déjà à provo quer le sommeil. Mais plus ! Toute sensation qui se continue un peu longtempsdans l'immobilité, sans que sa source change au moins d'intensité, cesse peu à peu entièrement par <liminution progressive. Ces! là une loi générale. Sans changement, pas de sensation.
Nous voyons donc d'un côté que nos résolutions, et, i\ leur aide, nos mouvements et nos actes, <<ml déterminés par des sensations, des représentations el des sentiments, mais de L'autre que nos représentations et nos sentiments sont si puissamment activés parles mouvements, que leur jeu semble