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SUR UN BERCEAU

A ROGER DE FRANCMESNiL

Enfant, pauvre petit qui tends tes deux poings roses, Gomme deux fleurs d'hiver sur la neige des draps, Être vague qui ris et qui pleures sans causes, Enfant, la vie est dure et tu la connaîtras.

Dure et longue, la vie, hélas ! la vie humaine, Et demain, dès Taurore, il faudra marcher seul. Pour faire avant le soir la grand'route qui mène Des plis du berceau blanc vers les plis du linceul.

Debout ! Le jour a lui sur la côte escarpée : L'or du soleil, dans les lointains, crépite et bout.

Va : c'est l'heure ; voici la cuirasse et l'épée,

Et souviens-toi d'aller sans faillir, jusqu'au bout !

Fausses vertus, lois sans raison, devoirs factices. Efface de ton cœur les mensonges dévots :

Cherche la vérité par-dessus nos justices ; Crois en Dieu si tu peux, crois en toi si tu vaux.

Chéris la mer, la grande impuissante éternelle Qui console des vœux déçus et des regrets :

La nature bénit ceux qui vivent en elle, Le calme naît au cœur du calme des forêts*

Crains l'homme, aime ton âme et méprise l'insulte; Sois humble avec toi seul et sois fier devant tous^ Bons ou mauvais, défends tes amis et ton culte; Pardonne aux criminels et respecte les fous*

Laisse l'être à tous ceux que ta force te livre ; Ne rougis pas ta main dans la chair des mourants : Car tous sont tes égaux devant le droit de vivre, Et les plus outragés sont parfois les plus grands.

Ne daigne point haïr ; sois fidèle à tes pactes; Sois franc; ris peu; soisdoux pourceux qu'on faitsoufi'rir, Mais garde déjuger les raisons, ou les actes, Car rien n'est absolu que l'espoir de mourir.

Lorsque j'étais enfant, j'allais dan& les guérets: Je prenais une pierre, un fruit, et je l'ouvrais, Brusquement, puis, d'un coup, je me penchais, rapide, Ecarquillant mes yeux dans un désir avide Pour voir ce que personne, avant moi, n'avait vu.

Car je ne savais pas que le soleil a bu

Dans les coupes de l'air l'âme et le suc des arbres :

Que les vents ont roulé la poussière des marbres,

Et que la mer les a pétris ; qu'ils ont couru

Et glissé sur la mousse aux sauts chantants du ru ;

Qu'ils ont été des flots, de grands bœufs et des roses ;

Et que l'Être, dans l'orbe incalculé des choses.

Va, passe, vient, revient et mue infiniment.

Et j'ignorais que tout nous échappe et nous ment; Que nos efforts sont fous, que nos forces sont faibles Ck)mme le mauvais vin rougi du sang des hièbles ; Que nos calculs, nos vœux sans fin, nos volontés Sont des Ilotes soûls rêvant des royautés; Que ce que nous créons est vieux dès sa naissance, Et que tout notre orgueil est peuplé d'impuissance !

54 LA VIE EXTBRIEURE.

L*homme, gueux d'une idée, esprit de ruminanl,

Rêve, rêve el refait son rêve, allant, venant :

Chaque conception ramène la première,

Mais il croit, dès qu'il touche un rayon de lumière,

Manier des soleils et brasser l'infini.

Alors, vers ses deux mains, penchant son front jauni,

Il pèse avec amour ses trésors chimériques.

Ainsi l'enfant qui vient sur les marches de briques.

L'enfant pauvre qui vient sur les marches, s'asseoir.

Et qui compte son sou de l'aube jusqu'au soir.

Le peu de foi que j'ai, ma raison me Tenlève, ' Tout ce que j'ai de beau, ma raison me le prend... Oh I sois fou si tu peux, pauvre être, atome errant ! Tous nos paradis morts, Textase nous les rend : Rêve et monte, plus haut toujours, plus haut sans trêve, Et tu reconnaîtras ^ue ton rêve était grand Si tu te sens petit au sortir de ton rêve!

56 LA VIB BXTÉBIEUBB.

ARMA VIRUMQUE

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