A FRANCIS PITTIÉ
L'île, en son nonchaloir de courtisane hellène, Dort sur son lit d'azur où la mer a mêlé Des éclats de satin et des blancheurs de laine.
Son lit chante et Tendopt dans un baiser salé ; L'arôme chaud des thyms tremble et rôde autour d'elle, Gomme le filet bleu qui sort d'un narguilé.
Le myrte, le jasmin, la rose et l'asphodèle.
Balançant sous l'éther leurs frêles encensoirs. Font monter des parfums vers le soleil fidèle.
Et librement, dans Tair des matins ou des soirs, Partout, dans tous les coins, hasard, où tu les jetles. Les fleurs avec les fleurs dressent des rcposoirs.
Les genêts, sur les rocs, agitent leurs vergettes ; Les aloès, autour des pins aux lourds. cimiers, Hérissent leurs poignards et dardent leurs sagettes.
Et les bois d'orangers près des bois de palmiers. Pointillés des fruits d'or dont Thiver les parsème. Cachent des nids où vont roucouler les ramiers.
Chaque mois est le mois des lis. La ruche essaime,
Et le miel blond déborde à chaque lunaison ;
Tout rit, tout est joyeux, tout est pur et tout s'aime..,
— L'homme étant venu là bâtit une prison.
78 l'A VIE BXTÉRIEOBE.
LE BEAUPRE
A JOSEPH CARRIÈ8.
Au large, dans un cercle absolu de mer libre, Berçant sous le plein ciel son puissant équilibre, Tranquille, arrondissant Tampleur de ses flancs creux. Un navire, bardé de fer comme les preux.
Cinglait royalement vers des guerres lointaines. Ses mâts bruns, ses haubans, ses drisses, ses antennes Tailladaient de traits lins les ors chauds du couchant. En le léchant, les eaux d'argent brisaient leur chant Sur le tranchant penchant de sa proue, et les brises Sifflaient et zézayaient autour des cordes grises...
Le vent baisait les pieds et le col empourpré
D'un pendu qui tordait son hart sous le beaupré. L'homme se balançait, maigre, dans sa vareuse,
Avec un rictus bleu sur sa lèvre glaireuse,
Le front crispé, Toeil fou, la langue entre les dents :
Et le roulis faisait danser ses bras pendants...
Les oiseaux avaient fui les terreurs de son râle ; Les requins, alentour, glissant leur ventre pâle. Guettaient ; et les flots verts montaient pour l'engloutir. Quel crime avait-il donc commis, ce long martyr Qui, la face gonflée et les prunelles vides^ Ouvrait de désespoir ses paupières avides Vers des pays perdus et chers, vers des là-bas?...
— Punir ! Un droit que Dieu lui-même n'aurait pas !