‹ L'âme nueChapitre 38 sur 104 · MAGNIFICAT · texte numérisé non relu

MAGNIFICAT

A THëODORB DE BANVILLE

Les dogmes sont perdus qui consolaient la terre ; Les âmes des rêveurs sont des étangs bourbeux D'où monte vers la brume un sanglot solitaire Gomme un cri de crapaud écrasé par des bœufs.

Et Tantique tristesse élargit son empire, Ajoutant jour par jour les regrets aux regrets ; Et chacun de nos maux nous en engendre un pire Ainsi que les forêts qui naissent des forêts.

Tout s'en ?a. La raisoo tremble, l'amour s'effare. Et le monde, toujours plus souffrant et plus vieux, Entassant ses chagrins, grossit comme un avare Le trésor de douleurs légué par les ajeux.

Donc, puisque nous voilà tout nus dans la nature. Orphelins de la Toi, seuls avec nos rancœurs. Salut à toi. Beauté, religion l'ulure, Dernier secours des dieui, recours dernier des cœurs 1

Beauté, vertu palpable, esprit de la matière. Sœur de la vérité, vierge mère de l'art ; Beauté, splendeur du bronze et gloire de la pieire, Culte saint des fervents qui sont venus trop tard I

Ame des corps sans âme et règle sans caprice; Germe et terme de tout; force, but et moyen ; Loi douce qui défends que l'univers périsse, Suprême et seul amour qui fasses croire au bien !

Sagesse des couleurs, mysticité des choses ; Majesté de la vie et sacre de la chair; Terre promise, Eden des yeux, Paradis roses.

Astre qui nous conduis et rends le soir plus cher !

Arc-en-ciel apparu sur l'orage de larmes Que versait notre angoisse en attendant sa fm ; Aurore de la joie et couchant des alarmes.

Manne d'idéal pur dont notre rêve a faim !

C'est toi le vrai sauveur et toi le vrai messie, Rédemption des sens, crèche des voluptés.

Verbe que promettait l'antique prophétie. Seul don de Jéhovah à ses déshérités !

Salut I Nous dresserons dans des châsses d'ivoire De blancs socles d'argent sous tes pieds immortels, Et l'homme, ayant des dieux auxquels il puisse croire, Rajeunira son cœur en baisant tes autels.

Nous, tes prêtres émus, apôtres et prophètes, Chanterons l'hosannah sur des rythmes joyeux ; Les vierges tresseront des myrtes pour tes fêtes, Et la paix fleurissante embaumera les deux !

Mais si je meurs trop tôt pour saluer ton temple Et voir grandir nos fils dans Tamour de ta loi, J'aurai du moins l'orgueil et l'honneur de l'exemple. Moi qui brûle ma vie à n'adorer que toi !

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