‹ L'âme solitaireChapitre 117 sur 140 · A BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

A BAUDELAIRE

BAUDELAIRE, chrétien sous (les dehors pervers, Tourmenté des démons dont parle l'Ecriture, Démontrant l’Idéal devant la pourriture,

Vouant l’âme à l'azur, la chair lubrique aux vers ;

Grand Voyageur qui fis le tour de l’Univers Pour y voir le Péché maître de la nature,

Qui pleuras de dégoût sur toute créature

Ces larmes de ton cœur, purs diamants, tes vers !

Distillateur subtilde parfums lourds, Artiste!

Des libres mots français sublime symphoniste, Magicien parfait de l'artificiel ;

Génial peintre épris de couleurs violentes,

Qui fis surgir du vin les Querelles sanglantes,

A travers ton enfer je découvre le ciel!

A Emile NELLIGAN

Tü montais radieux dans la grande lumière, Enivré d’idéal, éperdu de beauté,

D'un merveilleux essor de force et de fierté, Fuyant avec dédain la route coutumière.

Tu montais emporté par ton ardeur première, Battant d'un vol géant la haute immensité,

Et là, tout près d'atteindre à ton éternité,

Tu planais, triste et beau, dans la clarté plénière.

Mesurant du regard le vaste espace bleu,

Tu sentis la fatigue envahir peu à peu La précoce vigueur de tes ailes sublimes.

Alors, fermant ton vol largement déployé,

O destin ! tu tombas d’abîmes en abîmes, Comme un aigle royal en plein ciel foudroyé 1

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