LA BONNE SOUFFRANCE
OH ! la bonne douleur qui nous fait l’àme forte ! Quelle paix bienheureuse et durable elle apporte, Comme un vase de miel rempli jusques au bord,
Pour endormir le mal qu’elle engendra d’abord !
C’est dans le feu sacré de sa divine forge,
Malgré nos pleurs honteux, nos cris à pleine gorge. Qu’elle assouplit, redresse, éprouve le métal De notre âme, et le fait luisant comme un cristal ! Nous croyons que la vie, à ses coups, nous échappe, Lorsque pour nous la rendre immortelle, elle frappe ! A notre être, il adhère encor de l'animal Si fortement, qu’il faut bien qu'on nous fasse mal, Jusqu’à sembler parfois nu de sa chair exsangue,
Mais tel qu’un diamant libéré de sa gangue !
Comme une épée ardente en un étroit fourreau,
Désire que la main du juste ou du bourreau La fasse tournoyer dans l’air, brillante et libre.
Loin de la gaine sombre en laquelle elle vibre,
L'Ame
En nos corps, l'âme aspire à l’azur libre et frais ; Mais seule, elle ne peut briser le mur épais Du cachot qui, jaloux, la retient prisonnière, Morne et désespérée et loin do la lumière !
Alors, la Douleur vient frapper à la prison, Ebranle les barreaux, s’acharne à la cloison Par où, bientôt, s’infiltre une céleste brise, Jusqu’à ce que d’un coup suprême, elle la brise !
Si la chair a souffert, l’âme a la liberté Et prend possession de son éternité.
L’Ame Solitaire