OPHÉLIA
Dan S la nuit qui me rit par les yeux des étoiles, J’évoque ta douleur, ô pâle Ophélia !
Les encensoirs des fleurs que l'aube déplia
N’ont pas longtemps, hélas ! parfumé tes longs voiles !
La lune qui bleuit l’ombre te verse à flots Sa froide clarté dont reluit ta chevelure,
Et tu la traînes sur l’eau comme une voilure,
Dont s’inquiéteront toujours les matelots.
Ophélie, en la nuit douloureuse des veilles
Qui penchent tant de fronts blêmes vers des genoux,
Approche ta blancheur éternelle de nous.
Et laisse-nous sécher tes grands yeux de merveille ;
Car c’est en essuyant les pleurs de ton émoi Qui ruissellent depuis trop de mornes années,
Que nous croirons un soir nos peines terminées,
Ayant guéri nos maux innombrables en toi.