LE CHATIMENT
JE me suis drapé dans ma nuit
Comme un trappiste dans sa bure,
Malgré que l'étoffe fût dure
A mom corps mou comme un vieux fu.
Au noir donjon de mon ennui, 2 Satisfait du mal que j'endure,
Priant Dieu que ma peine dure,
J'erre où mon remords me conduit.
Car j'ai péché ! sous mon sein gauche Un désir d’affreuse débauche S’est glissé, corrompant mon cœur ;
Et je mérite, brute immonde, Exilé des bons de ce monde, De souffrir tout seul ma douleur!
L'Ame 215 — RÉSIGNATION
N'ESPÈRE rien de bon de la vie : elle est vaine !
Si le fardeau des jours t'accable à chaque pas, Laisse-le t'écraser et ne blasphème pas
En voyant fuir le sang pourpre et chaud de ta veine!
Accepte le destin sans révolte et sans haine ;
Car l’inutile effort laisse affaibli le bras,
Et le poids qu'il soulève, avec plus de fracas,
De plus haut choit plus lourd sur ta pauvre âme humaine!
Que le silence soit ta plus chère vertu, Et ton cœur connaltra l'orgueil de s'être tu, Le secret douloureux ennoblira ta peine.
Résigne-toi, forçat dans ta chair abattu, Car le temps, malgré lui, descellera la chaîne Qui te retient captif en la noire géhenne !