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L'âme solitaire, poésies

M. Albert Lozeau estun jeune poète de Montréal, dont nous sommes heureux de présenter les vers au public lettré. Rompant avec la tradition habituelle des écrivains canadiens, il ne s'est pas inspiré d'un sentiment exclusivement religieux et national, comme celui que Von retrouve dans Crémazie et ses disciples, a La maladie l'a ramené chez lui », selon le mot de Maine de Biran, et pour juger sainement les vers qtt'il éericit pendant de dures années d'épreuce et de souffrances physiques, il faut se reporter à ses propres aveux. Ils permettent de comprendre le talent particulier de M. Lozeau mieux que tous les commentaires, et sous l'auteur de trouver l'homme.

(( Je suis, dit-il, un ignorant. Je ne sais pas ma langue. Je balbutie en vers assez harmonieux

1^ j'adore la musiquej, souples et lâches. Je n'ai pas d'idées. Je rêve et ne pense pas. J'imagine, je n'obserte pas. J'exprime des sentiments que je ressentirais. Il m'est parfois arrivé d'en exprimer que j'ai ressentis. J'ai tu des arbres à travers des fenêtres. J'écris des sonnets de préférence, parce que j'ai l'haleine assez courte. Je suis absolument dénué de sens critique et ne saurais distinguer les meilleures de mes pièces des pires. Je suis irrégulier comme pa^ un, sincère et contradictoire, sans ambition et sans orgueil. Je s%tis resté neuf ans les pieds à la même hauteur que la tète : ça m'a en~seigné l'humilité. J'ai rimé pour tuer le temps, qui me tuait par revanche... Je suis particulière ment abondant en faiblesses. C'est que je n'ai pas fait mon cours classique, que je ne sais pas le latin dont la connaissance est indispensable pour bien écrire le français. J'achevais un cours commercial, quand la maladie m'a jeté sur le dos. Je ne connaissais absolmnent rien à la littérature française, et c'est couché et très malade que j'ai appris l'existence de Chénier, Hugo, Lamartine, Musset, Gautrie, Leconte de Lisle, et de la plupart de vos

grands maitres. Je n'ai pu les goûter qu'à peine, ifianquant tout à fait de préparation. C'est par des bouquina que me passaient mes amis, que je me suis mis au courant et que le mal de rimer m'a pris. Je dis le mal de rimer, mais pour moi ce n'était pas un mal, c'était plutôt un bien, qui m'a, je le crois sincèrement, an-aché au désespoir et à la mort. »

Ce sont donc bien réellement les rétes et les confidences d'une « Âme solitaire » que nous publions. Et nous croyons que l'ctutre de M. Lozeau comme celle de son émule Nelligan, trop tôt enleté à la sympathie de ses amis, marque une orientation nouvelle de la jeune littérature canadienne française.

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