‹ L'âme solitaire, poésiesChapitre 128 sur 137 · LE DUR CHEMIN · texte numérisé non relu

LE DUR CHEMIN

L..\ vie csl un chemin de ronce Interminable et cahoteux Qui, parfois, sous le pied boiteux Et pesant, soudain se défonce.

A tant marcher d'un pas douteux, La grande fatigue s'annonce.

La vie est un chemin de ronce Interminable et cahoteux.

Le mal accablant se prononce :

La vie a des détours hideux !

Pourtant, qui donc sans pleurs honteux

A tant de soiifTrance renonce?

La vie est un citcmin de ronce...

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jo8 L'Ame Solitaire

LES VIEUX ÏEMl>LES

A Mademoiselle M. L. Milhau.

Dans la tranquillité pieuse des vieux temples

Où le soir se conserve enfermé tout le jour,

Où lliumidité plane en rôdant alentour

Des piliers, on médite en paix les grands exemples.

Rien du luxe profane aux yeux n'y vient fleurir ; Plus profonde est la foi dans les vieilles églises; Le respect entre mieux, comme les tètes grises. Où l'on sent vaguement quelque chose mourir :

C'est la piété grave aux pieds d'un Christ en plâtre. Qui penche son front lourd pour l'approcher de nous; C'est le recueillement naïf à deux genoux Dont la ferveur n'est pas feinte, comme au théâtre ;

L'Ame aoy

C'est la station triste et lenle avec amour. Quatorze fois reprise en prières chrétiennes. Du chemin de la croix aux images anciennes, Laides, sincèrement, mais dont on fait le tour;

C'est riitimilité vraie et l'émotion pure ; Le sou j^lissé dans l'ombre au pauvre tronc de bois ; L'eau bénite qu'on prend encor du bout des doigts Et non du bout des gants, craignant quelque souillure :

C'est l'ostensoir terni sur l'autel presque nu. Le tabernacle saint, frère encor de la crèche. Qui ne nous parlent pas d'une grandeur revèche. D'un Koi très exigeant ni d'un Dieu pan enu !

En vérité, c'est là, dans les vieilles églises. Sous des murs gris que l'or n'a pas modernisés, Où les pauvres ne sont jamais dépaysés. Que le bon Juge tient d'indulgentes assises.

Là, l'Évangile est lu d'im regard moins hâtif. Les violons des bals s'arrêtent à la porte ; Là, survit la splendeur douce qui réconforte En la simple beauté du culte primitif.

L'Ame SolUaire

La richesse n'est pas un obstacle aux croyances : C'est un salut du siècle à l'orgueilleux veau d'or Dont le règne s'annonce où Dieu triomphe cncor. Par l'éclat insolent de ses magniflcences I

Ah ! comme j'aime mieux, âme rustre, prier

Dans la tranquillité pieuse des vieux temples.

Dont les murs dénudés m'offrent de grands exemples

Sans parole, et, pourtant, qu'on ne peut oublier 1

L'Ame

LÉTERNEL RETOUR

Dans rombre de la vie errant comme des bétes. Les regards envahis par la nuit de leur cœur. Parasites blafards dont se parent les fêles. Passent les mallieureux sans haine et sans rancœur.

Na\Tés des beaux soleils éclipses de leurs rêves. Ils regrettent en vain les ^icux jours de clarté ; Et. soldats aspirant aux reposantes trêves. Ils vont vers les matins où leur âme a chanté...

Souvenir! souvenir! dieu des heures lointaines. Vois tes fervents, malgré les routes incertaines. Venus se prosterner à tes autels chéris ;

Ecoute t'implorer, meurtris par les alarmes.

Ces hommes aux yeux secs comme des puits taris.

Dont les intérieurs sanglots n"ont pas de larmes !

LE RflVE STÉRILE

Stérile en actions et fi'cond en douletirs,

Le rêve pour le rêve a fait couler des pleurs,

Plus que n'en rouleraient les ruisseaux et les fleuves !

Trompeur enchantement fatal aux âmes neuves.

Qui leur permet d'atteindre à la haute Beauté,

Pour les vouer ensuite à la réalité !

Et du mont merveilleux dont resplendit la cime

A la profondeur morne et froide de l'abîme,

La distance est si grande et l'air si différent,

L'espace si borné d'un ciel indifférent,

La lumière si triste et crue et sépulcrale,

Qu'à peine descendu, l'on étouffe et l'on râle!

L'Ame aiS

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