‹ L'âme solitaire, poésiesChapitre 33 sur 137 · NOCTURNES · texte numérisé non relu

NOCTURNES

Le soir mélodieux chante dans les pins sombres

Dont les larjres bras noirs battent les fraîches ombres.

Le ciel s'est étoile lentement. La forêt

Voit mille yeux bleus s'ouvrir sur son dôme discret.

Et, sur le sol moelleux que vêt la feuille brune.

Luire de fins rayons et des flaques de lune.

Parfois vibre un bruit d'aile, et furtif, égaré.

Un oiseau somnambule apparaît, efl'aré.

Le soir tendre en chantant, doux comme une âme blanche.

Baise et fait frissonner chaque nid sur la branche.

C'est grand comme la nuit et frais comme elle encor.

Et je songe à Vigny, quand éclate le cor I ^

La Chanson des Heures 55

La nuit mystérieuse éveille en nous des rêves.

De beaux rêves rêvés le long des jaunes grèves.

Qui s'élèvent aux clairs de lune familiers

Comme les papillons nocturnes par milliers.

Lourds encor du sommeil dont leurs ailes sont pleines.

Ils montent incertains vers les lueurs sereines

Et disparaissent. Puis, d'autres essaims bientôt

Les joignent, qui s'en vont se perdre aussi là-haut...

Mais le ciel nous les rend, le grand ciel magnanime.

Car il sait que le cœur souvent le plus sublime

Doit à quelque vieux rêve obstinément rêvé

Sa force, et qu'il mourrait s'il en était privé.

La lune a mauvais teint ce soir, la lune est jaune. Elle ne charmera pas celte nuit le faune Qui danse à sa lueur, autour des troncs moussus. Tous les hôtes joyeux des bois seront déçus. Les oiseaux familiers blottis dans les ténèbres, A sa clarté n'auront que des songes funèbres.

56 VeUles du Jour et de la Nuit

Ah ! Madame la Lune, avec vos traits flétris

Vous ne réjouirez que les chauves-souris 1

Mais peut-être aurez-vous sur le cerveau de l'homme

Une influence heureuse, et, durant son long somme,

Pour changer le plomb noir qui l'avilit encor,

Voudrez-vous lui verser au cœur des rayons d'or...

O Lune, qui ce soir as l'air d'une malade.

Lune paiement bleue, astre cher au nomade,

Lampe d'or du poète et soleil des hiboux,

O Lune ! qu'as-tu donc à pleurer comme nous !

Car ce sont bien tes pleurs. Lune triste et superbe.

Qui perlent au matin et brillent à chaque herbe...

Lune languide et blême, en ton beau ciel de nuit

Être hantée ainsi d'un formidable ennui ;

Au vaste paradis des divines étoiles

Gémir comme une femme cplorée en ses voiles I

Ah 1 Lune, nous pouvons nous lamenter un peu

Quand tu pleures, si haut, nous, si loin du ciel bleu !.

La Chanson des Heures 57

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