LA POPULARITÉ
chanta cette stupidité en puhlic; elle fit fortime, fout le monde la répéta en chœur, ce fut une épidémie d'enthousiasme. On la traduisit en toutes les langues; les pères et mères Venseignèrent à leurs enfants au herceau; elle traversa les siècles, et l'Antéchrist la chantera au dernier quartier de la dernière lune du jugement dernier.
Un autre monsieur, enhardi par ce succès universel, se met à improviser cette chose inqiialiiîable ;
Malbrough s'en va-t-en guerre.
Mironton ton ton mirontaiiie.
Etc. etc.
Sa femme croit que le compositeur poète a perdu la raison, et les voisins accourent; le monsieur leur chante Malbrough ; on crie au miracle, on couronne l'auteur, on chante Mironton, on s'en transmet des copies, les mères bercent leurs enfants avec cette mélodie enchanteresse... Mon ami Pierrot a une sœur. La mémoire de l'univers s'ouvre et recueille soigné*usement ces deux bijoux. En voilà deux qui passeront à l'Antéchrist.
Un troisième monsieur inconLu chante en se levant :
Le bon roi Dagobert Mettait, etc.
Oh ! pour le coup, une troisième femme sensée se jette aux genoux de l'auteur, et le supplie de brûler ces huit couplets qui lui paraissent le chef-d'œuvre de la stupidité humaine. On ne brûle rien par amourpropre d'auteur; on connaît son public. Il y aura trois chansons éternelles dans le répertoire de l'Antéchrist.
Allons, poètes et musiciens de génie, faites des chefs-d'œuvre, jamais vous n'atteindrez la cinq cent
LA POPULARITÉ. {y^
millionnième partie du succès de Mon atvl Pierrot, de Malhrough et du roi Dagobert !... Prenez la peine d'être Homère, Eschyle, Virgile, Sophocle ou Rossini, après celai