‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 83 sur 142 · L'ORÉNOQUE · texte numérisé non relu

L'ORÉNOQUE

fouets dans les colonies espagnoles ». (Alex, de Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent fait en il99-i80i, édit. in-8°, Paris, 1820, tome VI, p. 1-238, passlïïi.)

l'orénoque

Découverte des sources par J. Chaffanjon. — « L'Orénoque n'est plus qu'une petite rivière; à chaque pas son peu de profondeur rend la navigation pénible et difficile.

Nous franchissons le ratch Solitario et celui de Yuvilla. Quant au premier, impossible de le traverser, à cause d'une chute ayant plus de 4 mètres. Nous faisons une trouée sous forêt et portons notre canot par delà l'obstacle. La nuit nous surprend quand nous arrivons au troisième rapide. Tous les rochers qui le constituent sont perforés ; aussi je le nomme Guereri, ce qui, en baré, signifie baume ou grotte.

Nous sommes au pied d'une montagne de la rive gauche ayant 605 mètres d'altitude et qui appartient à une petite chaîne se rattachant à celle dont fait partie le pic Maunoir.

Nous entrons maintenant dans un vaste marécage aux eaux boueuses et peu profondes; les rives sont couvertes d'herbes aquatiques qui croissent dans une argile molle et blanchâtre. On voit au sud et à Test, par-dessus les arbres, poindre une chaîne assez élevée. Un premier cours d'eau assez important se jette sur la rive droite : je l'inscris sous le nom de Cano- Crespo, en l'honneur du président de la République vénézuélienne, qui m'a accueilli d'une façon si cordiale et pour lequel j'ai gardé la plus sincère reconnaissance.

Un peu plus haut, un autre ruisseau se jette sur la rive droite. Nous employons quatre heures de travail actif à traverser le marécage. Au-dessus, l'Orénoque se reforme en un lit très étroit, coule entre deux murailles, tantôt argileuses, tantôt rocheuses, et à chaque détour le massif montagneux se dessine plus net au-dessus de la ligne formée par les forêts. Vers onze heures du matin nous sommes arrêtés par une barrière de gros blocs entre lesquels notre bateau, bien étroit pourtant, ne peut glisser. C'est encore un rayol à franchir; un contrefort de montagnes aboutit à la rive gauche. A ce point l'Orénoque n'est plus qu'un cafio de quelques mètres de large.

Tandis que mes deux compagnons préparent un léger

repas, j'entre dans la forêt en remontant le flanc de la montagne. De l'autre côté d'un premier monticule, au pied d'un rocher, campe une bande de Guaharibos, quatorze en tout, complètement nus, comme ceux que j'avais déjà rencontrés; ils ont le teint plus clair que les autres Indiens. Des cheveux longs et sales, un peu rougeàtres, leur tombent sur les épaules; les membres grêles font un contraste bizarre avec le ventre démesuré. Quelques hommes ont la barbe très clairsemée;... quelques enfants se traînent à terre; on dirait de petits orangs-outangs. Quelques-uns grignotent des fruits ou des bourgeons de palmier. Des pierres roulent sous mes pieds. Ce bruit attire leur attention ; quelques hommes me désignent, et la bande effarée détale en poussant des cris. Il n'y a donc rien h redouter de ces prétendus anthropophages, et je continue à remonter le fil de l'eau. Je rencontre un trou ayant un diamètre d'une trentaine de mètres et rempli de pierrailles. Sous bois, une petite rivière large de 5 à 6 mètres continue le réservoir. Je prends quelques hauteurs de soleil afin d'établir le point, puis, avec mes deux compagnons, nous remontons le lit, qui n'est autre que celui de l'Orénoque et fournit une route relativement commode.

Après deux heures de marche , nous rencontrons sur la rive droite un torrent presque à sec, descendant du flanc de la montagne, puis un autre sur la rive gauche, où ne coulent que quelques filets d'eau; enfin notre route prend fin. 11 faut escalader des pierres, grimper des cascades. L'Orénoque n'est plus qu'un torrent dévalant des rochers. Inutile de poursuivre plus avant, puisque je ne puis compter plus longtemps sur la fidélité de mes hommes. D'ailleurs je suis satisfait, j'ai trouvé le point d'origine de ce fleuve mystérieux : la sierra Parima, dont la hauteur varie entre 1 ,200 et 1 ,400 mètres. C'est avec émotion et un orgueil légitime que, me découvrant religieusement, je déploie notre pavillon tricolore.

Ces solitudes, qu'aucun Européen n'avait encore visitées, voient pour la première fois, le 48 décembre 4886, flotter le drapeau français, non en conquérant, mais en pionnier du progrès et de la civilisation. De ce point j'envoie par delà les mers mes vœux à ma chère patrie, et, pour perpétuer le passage de l'un de ses enfants aux sources de l'Orénoque, je donne au pic de la source le nom de Ferdinand de Lesseps. » (J. Chaffanjon, l'Orénoque et le Caura, Hachette, 1889, p. 312- 314.)

Le caïman dans l'Oréncque. — « Le caïman, dans nos pam-

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pas, atteint dix-huit ou vingt pieds de longueur; doué d'une force prodigieuse, il est cependant assez lâche, et le llanero l'attaque même dans l'eau. Ainsi que les autres amphibies, il habite de préférence la rivière, mais il est obligé, après un certain temps, de venir à la surface des flots, et, rusé qu'il est, il ne montre alors que l'extrémité de son long museau pour respirer l'air dont il a besoin afin de ranimer ses larges poumons.

Vaine précaution ! l'Indien attentif, aussi immobile qu'un ibis, adroit comme tous les sauvages, prompt comme la foudre, infaillible comme l'archer de Délos, a décoché son trait avant que le monstre ait pu respirer, et la flèche acérée a atteint le but et pénétré dans l'œil du reptile, qui replonge soudain, car il a vu, reconnu et senti l'ennemi. Mais à la flèche est attaché un long fil qui a lui-même à son extrémité un morceau de bois léger destiné à servir de bouée. On tire lentement ce fil jusqu'à ce que l'on soit perpendiculairement au-dessus du caïman accroupi au fond du bassin; alors le harponneur sonde le fond, il touche le monstre, il cherche du bout de son harpon l'endroit vulnérable, et y enfonce, d'un bras sûr et nerveux, l'arme au crochet inextricable.

Dès qu'elle s'est ainsi assurée de sa proie, la pirogue revient au rivage : quinze ou vingt vigoureux sambos baient le câble auquel est attaché le harpon; avec ses grifl'es de fer le caïman se cramponne au fond de l'eau, aux bois et aux racines; il résiste quelque temps, mais, épuisé par ses vains efl'orts, par le sang qui coule de sa blessure, il finit par lâcher prise et est jeté sur le sable, qu'il rougit. Fermant les yeux, haletant dans les transes de son agonie, on dirait qu'il veut se dérober aux insultes de ses ennemis, qui le traînent en triomphe sur la plage; enfin, après mille huées, mille quolibets qu'on lui décoche de tous côtés, un des chasseurs, le plus adroit, termine son supplice en lui enfonçant un poignard derrière la nuque, à une place où la blessure est suivie d'une mort instantanée : le reptile expire en poussant un grêle et sourd mugissement.

Alors on le renverse sur le dos; on lui ouvre le ventre, on lui fend la queue, dont on enlève la graisse, toujours fort abondante et qui se change en huile pour l'éclairage des halos (établissements où l'on élève des chevaux, des bœufs et des mulets); puis on jette à l'eau la carcasse, ou on la laisse pourrir au soleil, afin de lui arracher plus tard et plus facilement les dents, qui sont travaillées avec beaucoup d'art

et de soin et sont devenues un article de commerce. » (Agos- TiNi DE HosPEDALEz, dans Revue contemporaine, 1852, tome IV, p. 71-72.)

Le caïman dans la région de Maracaïbo. — « Les crocodiles y atteignent des proportions extraordinaires : ils sont l'objet, de la part des voyageurs amateurs de tir, d'une fusillade continuelle, qui ne se ralentit qu'aux heures de la grande chaleur. La graisse de ces animaux a la réputation d'être efficace pour les douleurs rhumatismales. Comme nourriture, les œufs sont très recherchés. Quand on les a fait bouillir, ils se conservent longtemps et se vendent un ou deux sous la pièce. Quand ils sont frais, ils sont d'une couleur blanche, un peu grise; ils sont un peu plus gros que les œufs de poule. Lorsqu'ils sont cuits, la coquille se détache, et il ne reste plus que la peau assez dure qui recouvre l'œuf. C'est au mois de février et de mars que l'on va à la recherche des œufs de crocodile, faciles à découvrir à cause du tas de sable dont la pondeuse les a recouverts. Cette chasse aux œufs n'est d'ailleurs pas sans danger, car la femelle qui les a pondus se tient toujours à une très courte distance pour les défendre contre les mâles, qui les mangent volontiers, et contre une foule d'animaux qui en sont aussi friands. » (M™° L. Ronca- YOLO, Au Venezuela, Paul Dupont, 1895, p. 167.)

LBS VILLES

Caracas. — « Caracas est la capitale du Venezuela. La ville est située à 947 mètres d'altitude, au pied de la montagne de l'Avila, qui a 2,000 mètres. Son climat est admirable. Une ligne ferrée la relie au port de la Guaira, devenu maintenant un port tranquille, depuis la construction du tojamar (jetée)...

De la Guaira à Caracas, le trajet par le chemin de fer est de trois heures et se paye 12 fr. 50 en première classe. On jouit dans ce voyage en chemin de fer d'un des plus beaux panoramas du monde, et, malgré les éboulements, les rampes très fortes, les courbes très petites, on n'a jamais eu à y déplorer d'accidents pour les trains de voyageurs. Les touristes qui, de passage à la Guaïra, pourront disposer de vingtquatre heures feront, en se rendant à Caracas, une excursion des plus intéressantes.

La population de Caracas est, dil-on, de 60,000 habitants.

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