BUT ET DIVISION DE CETTE ÉTUDE
On définit Texploitabilité des arbres, soit isolés, soit en massif : l'état dans lequel se trouvent ces arbres au moment où Ton peut retirer de leur e?kploitation les plus grands avantages.
Il est évident que la détermination de Texploilabililé et de Tâge qui y correspond, est de nature à exercer une influence prépondérante sur les résultats de la culture forestière, et qu'elle serait, à ce titre seul, digne de toute l'attention de mes lecteurs. Cette attention, elle la mérite encore, à cause des recherches nombreuses et difficiles qu'elle exige.
Dansl'agriculture proprement dite, l'exploitabilité des fruits est indiquée, d'une manière précise, par un certain degré de maturité reconnaissable à des signes extérieurs. Aucun doute ne peut s'élever, en conséquence, sur l'époque à laquelle il convient au propriétaire d'effectuer la récolte; et un champ de blé, par exemple, est exploitable dans un temps
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prévu, fixé par la nature elle-même, et qui ne saurait varier, toutes conditions climatériques égales d'ailleurs, suivant la volonté de Thomme. Lorsque le soleil a doré les épis, on sait qu'il faut les faucher, sous peine de perdre les grains qu'ils contiennent : le cultivateur est impuissant à hâter ou à relarder le moment de la moisson.
Pour les bois, les choses se passent bien autrement : outre que le degré de maturité des arbres n'est pas caractérisé par des signes extérieurs, sur lesquels aucune contestation ne puisse s'élever, je ferai remarquer qu'il n'est pas nécessaire d'attendre un certain degré de maturité, le même pour tout le monde, afin que l'explcilation de ces arbres soit avantageuse; ce qui veut dire que, suivant les convenances du propriétaire et la nature de la production qu'il recherche, l'exploitabilité peut être plus ou moins avancée.
Les arbres jouissent donc, sous le rapport que j'envisage, d'une sorte de privilège. On verra que, dans certaines circonstances, ce privilège se manifeste par des bénéfices considérables; mais il est facile de comprendre dès à présent qu'il doit avoir, dans tous les cas, pour effet, de compliquer singulièrement les difficultés inhérentes à la détermination de l'exploitabilité forestière et de l'âge qui y correspond.
Si Ton examine la manière dont les particuliers, les communes et l'Etal traitent les forêts qu'ils possèdent, on reconnaîtra ce qui suit :
Les particuliers exploitent généralement en taillis, aussitôt que possible, presque toujours avant Tâgo
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(le 20 ans, les bois qui se prêtent à ce mode d'exploilalion. Quant aux résineux qui s'y refusent complèlemenl, ils les coupent à un âge qui ne dépasse guère 60 ans.
Les communes exploitent aussi en taillis, sauf de rares exceptions, les bois feuillus qui leur appartiennent; mais elles leur appliquent une plus longue révolution qui est le plus souvent de 25 ans, et elles y conservent de nombreux arbres de réserve; leurs futaies résineuses sont exploitées de 80 à 100 ans
L'Etat enfin exploite ses taillis h 30 ans en moyenne; ses forets, ^n futaie pleine, restent sur |Med jusqu'à 120 ans au moins.
Tels sont, en général el à grands traits, les principes d'après lesquels est régi le sol forestier de notre pays.
Les inlérêls des trois catégories de propriétaires qui possèdent ce sol ne sont donc pas identiques : si l'un s'accorde avec l'intérêt public, les autres doivent nécessairement s'en écarter.
Montrer en quoi et pourquoi ces intérêts diffèrent; indiquer les moyens de les concilier, si cela se peut : ce sont là des points importants que nous aurons à étudier, quand nous aurons traité de l'exploitabilité à un point de vue théorique.
Comme toutes les opérations qui rentrent dans réconomie forestière, les recherches sur l'exploilabilité sont subordonnées à deux ordres de circonstances bien distincts et qui tiennent : l'un, à la végétation, à ses lois naturelles; l'autre, à des faits économiques, aux convenances de la société ou de
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Tindividu, à l'espèce des produits qu'on veut obtenir, à la destination qu'il est possible de leur donner.
Je sais que dans la pratique, parmi les considéralions qui servent à fixer l'âge de l'exploitabilité, celles qui se fondent sur les exigences de la végétation passent avant toutes les autres. S'il en était autrement, on s'exposerait à des travaux inutiles, en ce sens qu'ils pourraient reposer sur des hypothèses contradictoires aux conditions mêmes de l'existence des bois.
Mais la logique de la pratique n'est pas toujours celle de la théorie :
La culture forestière n'emprunte sa raison d'être qu'au profit qu'on la croit capable de fournir. L'appréciation de ce profit et de toutes les circonstances qui peuvent l'influencer, est donc celle qui se présente naturellement la première à l'esprit, quand on entreprend de classer les principes applicables à cette culture.
Cela posé, voici quelle sera la table des matières de cette étude: V de l'exploitabilité, abstraction faite des exigences de la végétation et de la culture ; 2*^ de l'exploitabilité dans ses rapports avec ces exigences; 3"* de l'exploitabilité dans ses rapports avec l'intérêt des diverses catégories de propriétaires, qui possèdent des forêts en France; 4* de l'exploitabilité dans ses rapports avec la richesse publique.