‹ L'aménagement des forètsChapitre 37 sur 74 · I. Voir la page · texte numérisé non relu

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DU PLAN D'EXPLOITATION. 2lî>

ce que comporterail Tapplication rigoureuse de la théorie.

En réalité, on ne s'attache pas, je l'ai déjà dit, dans la division d'une forêt en parcelles, h ces nuances à peine perceptibles qui résulteraient de Taccroissemenl d'une année, en plus ou en moins. En réalité, on fait ordinairement ces parcelles assez grandes pour que Ton puisse en former plusieurs coupes; on néglige, enfin, beaucoup de détails auxquels je me suis cependant arrêté. Ai-je eu tort d'agir ainsi? — Je ne le pense pas.

11 serait peu rationnel de voir la preuve d'un esprit minutieux, dans les soins apportés à Tétude d'une question. Tous les préceptes petits ou grands que Ton déduit de cette étude, apprennent, en supposant qu'ils ne trouvent pas leur application sur le terrain, à observer avec méthode et avec fruit, et h ne négliger, dans ses investigations, aucun point essentiel. — C'est un précieux avantage.

Ce n'est pas dans la théorie que l'on doit craindre les détails; ils ne sont jamais inutiles quand on les met à la place convenable, et ils sont même nécessaires pour l'enchatnement logique des idées, la force .du raisonnement . C'est dans la pratique seulement que les détails peuvent être regrettables ; mais je crois que c'est précisément quand on s'est appli que à ne pas les négliger dans le premier cas, que l'on s'en affranchit, avec le plus d'à-propos, dans le second.

CIIAIMTRE III

DU PLAN d'exploitation DANS LES FLTAIKS TRAITÉES PAR LA MÉTHODE nu RÉENSEMENCEMENT NATUREL ET DES ÉCLAIRCIES PERIODIQUES

En conlinuanl mon étude surlafonnalion du plan d'exploilalion dans les aménagements de forêts, je crois devoir prévenir que Ton tirerait peu de profit de ce que j'ai à dire sur les futaies, si Ton n'avait pas présents h la mémoire les principes et les considérations que j'ai développés, en traitant la même question pour les taillis. Je serai en effet obligé, d'abord pour éviter des redites fastidieuses, et, ensuite, pour mettre en relief les points essejitiels et fondamentaux de l'opération qui va faire Tobjet de ce chapitre, de sous-entendre beaucoup de points secondaires et beaucoup de détails qui ont été discutés dans le précédent.

Qu'on ne s'étonne pas de cet avertissement : si je me donne la peine d'écrire, ce n'est pas précisément pour les gens instruits, c'est pour ceux qui seraient embarrassés de donner une définition, exacte et complète des mots série, affectation y classe dâge, parcelles, etc., et qui procèdent à un martelage sans se soucier d'autre chose que de ce qui se trouve dans

Tenceinte de la coupe; sans songer qu'entre celte coupe et le surplus de la forêt, il existe une solidarité dont ils devraient tenir compte; sans se préoccuper enfin le moins du monde de subordonner leurs opérations à un plan d'ensemble, seul moyen pourtant de les faire concourir h un même but.

Ces erreurs, profondément regrettables, seraient évidemment moins communes, si la notion du plan d'exploilalion était plus répandue.

ARTICLE PREMIER

DES RAISONS CULTURALBS QUI s'OPPOSENT A CE QUE l/ON ADOPTE, POUR LE TABLEAU DES EXPLOITATIONS DBS FUTAIES, LE MÊME CADRE QUE POUR CELUI DE<$ TAILLIS.

Nous avons à régler la marche et la quotité des exploitations d'une futaie, dont la contenance est de 200 hectares, dont les parcelles sont toutes exploitables à 100 ans *; nous avons sous les yeux le cahier de la description spéciale, et le plan lopographique sur lequel chaque parcelle figure avec l'indication de son étendue et de son âge ; essayerons-nous, et suffirait-il, pour atteindre le but que nous nous proposons, de remplir un tableau semblable à celui que nous avons dressé pour le taillis simple et qui com-

1. Ce chiffre de iOO ans n'a aucune signification pratique. 11 est évidemment trop faible pour la plupart des futaies, et on verra plus tard qu'il convient d'ailleurs d'adopter autant que possibje, pour la révolulion, un chiffre divisible par un grand nombre de facteurs. (Note de la 2« édition.)

prendrait, en conséquence, aulanlde colonnes qu'il y a d'années dans l'âge d'cxploilabilité, ou, ce qui revient au même, dans la révolution?

Un semblable travail rencontrerait des difficultés mécaniques presque insurmontables, dans le grand nombre des colonnes entre lesquelles devrait se faire la répartition des parcelles; mais il y a, pour ne pas Tentreprendre, uneraisonculturale péremptoire, raison qui consiste en ce que Tapplication de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies périodiques, ne pourrait se concilier avec un plan dans lequel la contenance, remplacement et Tépoque des coupes annuelles, seraient préalablement et invariablement fixés.

Admettons en effet que, surmontant les difficultés mécaniques de la répartition des parcelles, on soit parvenu h classer ces dernières dans les cent colonnes du tableau d'exploitation; supposons que, la gradation des âges étant parfaitement régulière et les conditions de végétation uniformes, on ait trouvé une égale contenance pour le total de chaque colonne; faisons abstraction des règles d'assiette.

Nous serait-il permis d'affirmer, en présence de cet état de choses, que le plan d'exploitation ne laisse rien à désirer, et qu'il ne reste plus qu'à l'appliquer sur le terrain?

Nous n'y serions nullement autorisé ; et c'est ce dont on s'assurera facilement, si on se rappelle, d'une part, le troisième des principes que nous avons posés comme l'une des bases essentielles d'un bon plan d'exploitation, et, de Tautre, les règles de

culture relatives au traitement des futaies destinées h être régénérées par les semis naturels.

Que dit ce principe? — Que l'on doit établir, pour la répartition des produits à réaliser dans le cours delà révolution, un règlement qui, tout en se conciliant avec les exigences de la culture, soit de nature à assurer le rapport annuel soutenu.

Que disent ces règles? — Que Texploilation des massifs à régénérer doit être faite en plusieurs fois, si Ton veut procurer d'abord Tensemencement complet du terrain, placer les graines dans les conditions les plus favorables h leur germination, et ne livrer ensuite les jeunes repeuplements aux influences de Falmosphère, qu'avec les ménagements que réclame leur tempérament .

On ne saurait donc prévoir le nombre d'arbres que Ton abattra dans la coupe d'ensemencement; on ne saurait préciser ni Tépoque, ni Timportance, ni l'emplacement de la coupe secondaire et de la coupe définilive; on ne saurait enfin fixer le rang de chacune des coupes de régénération, lui donner un numéro d'ordre, et l'exploiter dans l'année correspondante ; et, par conséquent, un plan dans lequel ces différents points seraient arrêtés, violerait les règles élémentaires de la culture. Nous verrons plus tard que tous les efforts faits, pour concilier ces règles avec le rapport soutenu et les avantages inhérents k la détermination, par contenance, des coupes annuelles, n'ont abouti et ne pouvaient aboutir à aucun résultat pratique. Pour le moment, je me borne à constater qu'il n'est pas possible de régler d'avance

2H AMÈNAr.KMENT DKS FORÊTS.

dans une futaie, comme on a proposé de le faire dans les taillis, Tordre danslequel se succéderont les coupes principales annuelles.

Ainsi, pas de doute à cet égard : le cadre adopté pour la formation du tableau d'exploitation des taillis, est inadmissible pour la formation du même tableau, dans les futaies traitées par la méthode du réenseraencement naturel et des éclaircies périodiques. Il ne répond pas aux exigences de la culture, surtout quand on les considère dans leur application aux coupes principales.

ARTICLE II

DE LA DIVISION DE LA RKVOLUTIO.N PRLNCfPAI.E EN PKRIOOES, ET UV PAnTACtF. DE LA F0R6t en AFFECTATIONS CORRESPONDANTES

Le cadre dont nous nous sommes servi pour dresser le tableau des exploitations du taillis simple, offre cependant de grands avantages, au triple .point de vue de la simplicité, de la facilité et de la sûreté, qui en résultent pour la marche de ces exploitations. Il est désirable, en conséquence, que Ton s'en écarte le moins possible dans la formation du tableau d'exploitation de la futaie, et que Ton y apporte seulement, les modifications impérieusement commandées par l'intérêt de la conservation et de la régénération des massifs.

Si l'on ne peut prévoir l'année, dans laquelle devra se faire l'une quelconque des coupes de régénération, sur un point déterminé, on peut, sans se trom-

per, assurer que cette coupe aura lieu dans une certaine période de temps.

Étant donné un massif exploitable en vingt années, si on ne peut, sous peine de compromellre sa régénération, régler la contenance des coupes annuelles et fixer, en outre, Tordre dans lequel ces coupes devront se succéder, on comprend qu'en laissant à un forestier expérimenté la faculté d'exploiter ledit massif, de la manière qu'il jugera la plus convenable, il se charge de le régénérer complètement dans le délai voulu.

Ceci admis, il s'ensuit que s'il n'est pas possible d'arrêter, dans le plan d'exploitation d'une foret divisée en cent parties, exploitables en cent ans, Tordre dans lequel ces cent parties devront être successivement exploitées et régénérées, il est permis de demander et de prescrire que Ton coupe et que Ton régénère, dans un certain nombre d'années, préalablement fixé et obligatoire, un même nombre de parties prises dans leur ensemble.

Quel sera ce nombre d'années, quelle sera la durée de la période, pendant laquelle l'assiette des coupes devra rester indéterminée ?

Il est aisé de le deviner :

Celte durée sera au moins égale au double de rintervalle probable de temps, qui séparera, pour un même point, la coupe d'ensemencement de la coupe définitive. Si cet intervalle est de 10 ans, la durée de la période devra être au moins de 20 ans ; s'il est de 5 ans, la période pourra être réduite à 10 ans ; s'il était par impossible égal à zéro, ce qui

.\MK.NAGe3IBNT DES FOHÊTS. W)

22G aména(;emem des FORbrrs.

signitîerail que, par une seule el même coupe, on pourrait enlever tous les arbres exploitables el assurer le repeuplement, la période deviendrail nulle, et la fixation, par contenance, des coupes annuelles, possible.

Plaçons-nous dans la première hypothèse d'un intervalle de 10 ans, entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive. Supposons aussi, pour ne pas compliquer inutilement la démonstration, que les coupes claires ou secondaires ne soient pas nécessaires, et que les arbres exploitables dans une contenance déterminée, se distribuent par portions égales, entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive. Mettons-nous, enfin, en présence de la forêt que nous avons déjà prise pour exemple, laquelle serait une futaie partagée en cent parties, exploitables en cent ans. Cette année, nous nous transporterons dans la partie la plus âgée el nous y procéderons à une coupe d'ensemencement ; mais cette coupe ne devant nous donner que la moitié des arbres que nous aurions à prendre, si nous n'avions h nous préoccuper de la régénération, nous comblerons le déficit en pratiquant une autre coupe d'ensemencement sur toute la partie contiguë. L'année prochaine, nous ferons, par des raisons analogues, les premières coupes de régénération sur la troisième et la quatrième partie ; et dans dix ans, c'est-à-dire à l'époque ofi nous pourrons revenir au point de départ, pour commencer les coupes définitives, nous aurons les vingt parties les plus âgées de la forèlà l'état de coupes d'ensemencement. Or, il est clair

que celles de ces vingt parties, qui auront été mises les dernières en cet état, ne pourrcmt être exploitées définitivement que 10 ans plus tard, c'est-à-^îr^ dans 20 ans.

La durée de la période pendant laquelle Fassiette et la contenance des ooapas resteront inceriaîne^, dépend donc de la promptitude plus ou moins grande, avec laquelle les peuplements sont capables de se régénérer par les semences. Toutes les essences ne présentent pas, sous ce rapport, les mêmes propriétés. La nature du climat et la qualité du sol influent d'ailleurs beaucoup sur les repeuplements naturels. Toutefois^ on peut porter en général k une douzaine d'années, en moyenne, dans les pays de plaines ou de coteaux, le délai nécessaire pour la régénération suffisamment complète d'un peuplement quelconque, si l'on a soin, d'ailleurs, de venir en aide à la nature par des travaux intelligents. Les forestiers qui ne parvieoiteiit pas à obtenir des repeuplements naturels, ^i mbI disposés à les croire impossibles, et qui en accusent la forcenées cboses, devraient en accuser surtout leur incurie. Il est probable qu'ils changeraient d'avis, s'ils : prenaient quelques soins, pour faciliter ces repeuplements par des préparations de terrain faites en temps opportun, etc. Au surplus, si, malgré toutes les précautions prises, il devait s'écouler plus de 10 à i5 ans entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive, je conseillerais de recourir alors aux repeuplements artificiels, afin de ne pas être amené à prolonger la durée de la période d'exploitation. En eiïel,

il ne faut pas perdre de vue que tout relard, dans la régénération d*un peuplement exploitable, se traduit par une diminution dans le revenu, et qu'on méconnaîtrait les règles d'une saine économie, si on permettait que le chiffre de cette diminution, s'élevâl au-dessus des frais qu'occasionnerait le semis ou In plantation du terrain à régénérer ^

Une autre considération pour ne pas prolonger au delà de 20 hii ans, la durée de la période dont nous nous occupons, c'est qu'il convient de restreindre, autant que possible, la faculté de comprendre dans les exploitations, des bois qui ne sont pas encore parvenus h l'âge d'exploitabilité.

A ces principes, ajoutons-en un autre : il importe beaucoup que la période en question, contienne un nombre d'années qui soit une partie àliquote de la révolution. S'il n'en était pas ainsi, on se verrait obligé d'adopter, pour les périodes successives de cette révolution, une durée inégale, et on s'exposerait dès lors, soit à rester en deçà, soit à aller au delà du terme reconnu le plus convenable, eu égard aux exigences de la culture '.

Ces préliminaires posés, mes lecteurs doivent maintenant prévoir quelles sont les modifications que nous ferons subir au tableau d'exploitation du taillis, pour l'approprier à la futaie. Au cadre comprenant autant de colonnes qu'il y a d'années

1. Sur la durée do la pûriode, voir la note au bas de la page 220.

2. Quand nous aurçiis à Iraiter des conversion», on verra qu'il est utile en outre que la durée de la période soit divisible par le nombre dos périodes, et en général par le plus grand nombre de facteurs possible. ^Note de la 2« édition.)

dans la révolution, et précisant la partie de la forêt, la parcelle ou portion de parcelle à régénérer chaque année, nous en substituerons un comprenant seulement autant de colonnes qu'il y a de périodes dans la révolution, et précisant la partie de forêt, les parcelles et portions de parcelles à régénérer dans le cours de chaque période. Le tableau des exploitations ne fixera plus Tassielle et la contenance de chaque coupe principale annuelle; il fixera seulement l'assiette et la contenance des coupes principales, considérées en bloc, à faire dans chacune des périodes de la révolution. La révolution principale étant, par exemple, de 100 ans, et le temps reconnu nécessaire pour régénérer naturellement le peuplement, étant de 10 ans, il ne s'agit plus, en ce moment, de former un plan qui fournisse, chaque année, une coupe dont le produit soit constant ; il s'agit d'en former un qui partage la forêt en cinq parties, exploitables chacune dans une période de 20 ans, et qui soient telles qu'on en obtienne autant que possible des produits égaux.

Ces parties de forêt à régénérer successivemeni dans les périodes d'une révolution principale, ont reçu le nom ^ affectatiom . On les dislingue l'une de l'autre, par un numéro d'ordre différent , selon qu'elles correspondent à la première, à la deuxième, etc., ou à la dernière période ; on donne aux parcelles une désignation définitive qui permet, au moyen d'un indice numérique, de reconnaître à quelle affectation elles appartiennent ' ; et

i. Quand le? idées que je viens d'exposer sur la formation de»

230 AMÉNAGEMKNT 1>ES FORhTS.

oo dresse un labkau que l*oii appelle le tableau des a^ fec talions .

affeetatioDS ont été publiées pour )a première fois dans les Annales forestières, elles ont. soulevé des objeetions. Voici ces objections et la réponse que j'y ai faite. On verra que je suis d'accord avec mon contnadioteur, sur rinflaenoe que peuvent avoir les coupes secondaires, en ce qui concerne la durée de la période ; mais je ne peux rien concéder sur les antres points.

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