‹ L'aménagement des forètsChapitre 54 sur 74 · AMÉLIORATIONS RELATIVES AUX VOIES DE VIDANGE · texte numérisé non relu

AMÉLIORATIONS RELATIVES AUX VOIES DE VIDANGE

La facilité qu'on! les hommes de mettre à portée de leur main, les choses qui leur sont nécessaires,

utiles OU agréables , esl le principal fondemenl de leurs richesses.

Mais pour mettre les choses à la portée de sa main, il faut ou aller à elles, ou les faire venir à soi. Le premier cas se présente dans Tenfance des sociétés. L'homme va planter sa tente sur les points qui lui offrent le plus de ressources. Ces ressources épuisées, il va se fixer sur un autre point. Tant qu'il est condamné à cette vie errante, il progresse peu: les Arabes nomades en fournissent la preuve. Mais dès qu'au moyen des voies de transport, il est parvenu à déplacer les choses, son développement marche rapidement, et le beau idéal serait réalisé si, par des procédés quelconques, il pouvait réunir, à volonté, autour de son habitation, tous les matériaux propres à satisfaire ses besoins et ses goûts. Malheureusement, il est bien éloigné de ce beau idéal, surtout pour ce qui concerne le bois. Non seulement nous avons encore en France des forêls que Ton ne peut pas exploiter ; mais dans celles que Ton exploite, l'absence ou Timperfection des voies de vidange oblige de carboniser ou de façonner sur place une grande partie des produits, afin de réduire autant que possible leur volume et leur poids *. Or, la carbonisation n'est pas la meilleure manière d'utiliser le combustible ligneux, et le façonnage en forêt fait courir au fabricant le risque de ne pas donner aubois,

i La phiâ grande partie des bois de coostruction qne nous recevons de l'étranger, et nous en recevons chaque année ponr pins de 200 mil* Uom de francs, se consomment dans le Donbs, le Jnra, le Haut et le Bas-Rhin, c'est-à-dire dans les départements les plus boisés. (Note d^ la 2« édition.)

DES AMELIOHATIONS. 461

la forme qui conviondrail le mieux au consommateur.

Sur les cliemias viciuaux ou d'exploitation, les frais de traction par voilure peuvent être évalués, en moyenne, à 7 fr. 50 c. par mètre cube de bois, pour une dislance de20kilomèlres. lien résulte que si le mètre cube est eslimé dans la coupe 30 fr. pour le bois de service el 10 fr. pour le bois de chauffage (à raison de 2 slères de o fr. chacun par mètre cube), le montant des frais dont il s'agit est h la valeur du mètre cube de bois de service, dans la proportion de 25 pour 100, et à celle du mèlre cube de bois de chauffage, dans la proporlion de 75 pour 100, de sorte que quand le lieu de consommation est à 30 kilomètres de la foret, il n'y a plus aucun profit à y transporter le bois de chauffage.

On estime que les frais de transport entrent en moyenne pour moitié dans le prix du bois rendu au centre de consommation, et comme on a calculé, d'autre part, que ce prix, s'élevait, par année, à la somme d'environ 500 millions , il en résulte que le transport des bois, dans notre pays, occasionne une dépense annuelle de 250 millions. On voit par là combien la société est intéressée à l'amélioration des moyens d'exportation des produits forestiers. Quand on a élevé une statue à Jean Rouvel, l'inventeur du flottage sur la Cure (Yonne, 1549), on a reconnu el récompensé un des plus grands services qu'un citoyen pût rendre à son pays.

En définitive, les voies de transport font évidemment défaut aux bois, et pourtant ils en ont un plus

grand besoin que les autres produits, parce que les forêts ne sont pas susceptibles de se grouper, comme les cultures arables, autour des habitations. Et s'il est vrai, qu'à raison du morcellement des héritages, une grande partie des productions de la terre soit consommée par les cultivateurs eux-mêmes, il n'en est pas de même pour les bois, dont la moindre part au contraire reste au propriétaire ou au régisseur.

De toutes les voies qui peuvent servir au transport des bois, celle qu'il conviendrait surtout d'améliorer, c'est le cours d'eau. Un cheval traîne péniblement 1.000 kilogrammes sur une bonne route. D'après M. Michel Chevalier , un homme en peut tirer 150.000 sur un canal. Cet exemple suffit, pour prouver l'immense utilité qu'aurait l'appropriation de nos cours d'eau au transport des bois, et pour justifier les regretsque doit inspirer notre négligence à cet égard.

La France ne possède que 11.000 kilomètres, à peu près, de cours d'eau navigables, et sur les canaux, le transport des bois est entravé par l'étruitessc des écluses, le manque de profondeur, l'insuffisance de l'alimentation, d'où résultent des chômages prolongés. Quant aux cours d'eau flottables, qui, pour la vidange, sont d'une si grande ressource, c'est à peine si on en comple 3.000 kilomètres. Cette situation est assurément bien misérable, et, avouonsle, inexcusable , dans un pays qui, sous le rapport hydrographique, a été si admirablement doté.

Le perfectionnement des moyens de vidange, sur lequel j'aurai d'ailleurs l'occasion de revenir, est

donc une des amélioralions auxquelles les agents, chargés de faire Taménagement d'une forêl, doivent accorder le plusd'atlenlion.

Après avoir exposé l'insuffisance de ces moyens, ils indiqueront toutes les mesures qu'il y aurait à prendre pour y remédier.

Ces mesures consisteroul, pour les roules et chemins : 1** dans la rectification ou la réparation des voies existantes ; V dans la création de voies nouvelles, s'il y a lieu.

Dans l'un comme dans l'autre cas, il faudra rédiger un avant-projet des travaux à faire ; fixer la direction et les principaux points de passage des voies nouvelles; indiquer la largeur et la pente qu'il conviendra de leur donner ; justifier leur utilité et, pour cela, montrer qu'elles seront susceptibles de satisfaire \\ toutes les exigences de la vidange; établir leur degré d'urgence, d'après la marche des exploitations ; dresser enfin un devis approximatif de la dépense que les travaux nécessiteront.

En ajoutant l'intérêt du capital employé à l'exécution de ces travaux, aux frais annuels que leur entretien réclamera, et en retranchant cette somme, de celle représentant l'économie que les travaux permettront de réaliser sur le coût de transport, on aura la mesure exacte des avantages que TEtat en retirera.

Je dis rÉtat, car s'il s'agissait d'un autre propriétaire, le bénéfice que les chemins pourraient lui rapporter, ne se calculerait pas de la même façon. Ce qu'un particulier poursuit en effet exclusive-

164 AMÉNAGEME.\T DliS FOKÈTS.

menl, quand il ouvre un chemin pour la vidange de ses coupes, c'est Taugmentalion du prix de ses bois sur place. Il spécule donc sur celle considération, qu'à raison de la diminution des frais d'extraction , les adjudicataires lui donneront un prix plus élevé de sa chose; mais la diminution des frais de transport, qui est le résultat nécessaire de la création d'un chemin, ne tourne pas toujours seulement au bénéfice du propriétaire ; il y en a une part plus ou moins grande dont profile le consommateur, quand elle a pour effet de rendre le bois moins cher ; or, cette part, qui ne constitue pas un avantage pour le particulier, en constitue au contraire un pour rÉlat ; car son intérêt ne se sépare pas de celui du consommateur.

Si Ton a le choix entre plusieurs voies, et qu'on veuille comparer leurs avantages respectifs, on se rappellera que le prix de Tusage d'une voie dépend de trois éléments : 1" les frais de construction de la voie ; V les frais d'entretien ; 3° les frais de traction ou le prix de la force motrice.

L'effort pour tirer 1.000 kilog. sur une bonne route est huit à dix fois plus fort , que celui qui est nécessaire pour les tirer sur un chemin de fer ; mais la construction d'une bonne route coûte à peine 20.000 fr. par kilomètre, tandis qu'un chemin de fer coûte des centaines de mille francs pour la même dislance.

ARTICLE y

A3léU0RATI0.\S RELATIVKS A LA SURYEILLANCB ET A LENTRETIEN

Surveillance. — Le service des forêts relatif à la surveillance peut laisser beaucoup à désirer, soit à cause de Tinsuffisance du personnel, soit par suite de la mauvaise organisation des triages. Dans certaines localités, ils sont peut-être trop étendus; dans d'autres, ils ne le sont pas assez.

L'étude de l'organisation des (riages rentre en conséquence dans les attributions des aménagistes. Ils proposeront aussi, s'il y a lieu, une augmentation du personnel; ils désigneront l'emplacement le plus convenable pour les maisons forestières qu'il pourrait être nécessaire de construire, et ils feront connaître le chiffre approximatif de la dépense.

Entretien. — Il ne suffit pas de construire des routes, il faut les entretenir, sous peine de perdre rapidement tous les fruits d'une dépense considérable.

Suivant qu'un chemin empierré est en bon ou en mauvais état, la résistance qu'il offre à une charrette, peut varier du simple au quadruple et même plus.

Le meilleur moyen , le plus efficace et le moins coûteux, de tenir les chemins en bon état, c'est de réparer immédiatement les moindres dégradations qui s'y produisent. Pour cela, il faut des cantonniers. On en indiquera le nombre et on fera connaître aussi les frais qu'ils occasionneront.

AHÈNAOBHBKT DES FORÊTS. 30

Les roules el chemins ne sont pas les seules choses, qui demandent à être entretenues avec soin. Les fossés, les pépinières el les plantations réclament de leur côlé des travaux, pour ainsi dire incessants, pour lesquels, il est souvent nécessaire de recourir à des employés auxiliaires. Dans tous les cas, ces travaux enlrainent, chaque année, des frais plus ou moins grands. Les aménagisles en apprécieront le montant.

ARTICLE VI

Page 1