‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 10 sur 151 · LES FRANÇAIS AU CANADA · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS AU CANADA

« ... Ce fut à rétablissement d'une nouvelle France que la France employa la valeur de ses capitaines et les talents de ses administrateurs. Maintes fois elle s'émut au récit des aventures et des périls de cette poignée d'enfants que l'audace des marins et la sagesse d'un ministre avaient jetés par delà l'Océan comme Favant-garde d'une armée de pionniers.

Mais il faut, hélas! l'avouer, cette troupe, composée d'un petit nombre de marins et de soldats, de quelques artisans et de laboureurs, bien que vaillante et dévouée, ne disposa jamais des forces qu'exigeait son œuvre. Elle n'en soutint pas moins avec éclat, d'abord contre l'hostilité des tribus indiennes, plus tard en face de l'ennemi séculaire, l'Anglais, l'honneur et les intérêts de la métropole.

f ^a France, qui lui confia son drapeau, n'eut point lieu de s en repentir : jamais mains plus loyales ne le défendirent jusqu'au dernier jour avec plus de constance et de courage.

Il ne tint pas qu'à eux de conquérir cette partie de l'Amérique du Nord, comme les Espagnols l'avaient fait du Mexique et du Pérou. Les Cortez et les Pizarre ne manquèrent point à leur vaillance; ce qui fit défaut, ce furent les services de la métropole, et, aux moments critiques, décisifs, l'appui, la voix de cette patrie alors muette, et qu'en dépit de son indifférence et de son abandon ils saluaient, expirants, d'un dernier cri de fidélité et d'amour.

Cette époque, que nous appellerons héroïque, et qui embrasse entière la période coloniale française, est un tissu d événements merveilleux, où les prouesses, les combats, les découvertes et les aventures de tout genre se détachent, comme les têtes d'apôtres et de saints d'une fresque du moyen âge sur le fond d'or d'un portique. C'est une suite de courts poèmes dont la réunion forme une épopée1. Rien n'y

e& 1895 il a créé ceux de : Ungawa, qui comprend le Labrador; Franklin, qui comprend les îles Arctiques; Mackensie; Yukon.

1. « Un Virgile ferait une belle Enéide des héroïques aventures de ce Latiuni, „ a dit X. Marmier (En Amérique et en Europe, 1860).

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manque. Les découvreurs se nomment : Jacques Cartier, Champlain, Roberval, Joliet1, Lamothe-Cadillac2, Cavelier de la Salle, Bienville 3, de la Verendrye.

Les militaires : Tracy4, de Callières5, de Frontenac6, Lévis, Montcalm. Les héros : d'Aulac, d'Iberville, Sainte-Hélène; une héroïne, Mme de Verchères! Cherchez-vous un grand administrateur? Talon7! Un prélat illustre? Mgr Laval de Montmorency8 , la tige des archevêques de Québec. Faut-il ci 1er des martyrs? Les pères de Brébeuf et Lallemand9. Des victoires? des sièges? On devrait rappeler chaque engagement, chaque assaut.

Deux grandes figures, deux caractères résument cette épopée nationale.

L'un, le modeste pilote de Saint-Malo, représente la hardiesse d'esprit unie à la foi, la patience doublée de décision et d'audace, vertus qui semblent s'exclure, mais qu'on trouve à un haut degré dans cette bourgeoisie déjà virile de marchands et de marins du xvie siècle.

L'autre, âme généreuse, cœur intrépide, ayant servi sous le maréchal de Villars en Italie, porte sur le champ de bataille du nouveau monde le courage chevaleresque des soldats de Fontenoy. Chargé de livrer le dernier combat, et voyant la victoire infidèle, Montcalm sut ravir encore, par l'héroïsme de sa mort, une part de la gloire de son vainqueur.

C'est entre les lueurs des éclairs jaillis de deux épées françaises, presque aux mêmes lieux, bien qu'à deux siècles d'intervalle, que s'écoule cette légende qui a nom l'histoire

1. Louis Joliet, négociant de Québec, accompagna le P. Marquette au Mississipi en 1673 ; nous en parlerons plus loin.

2. Lamothe-Cadillac fonda la ville de Détroit, 1700; Dulhut y avait établi un poste appelé Saint-Joseph dès 1686. Lamothe-Cadillac y construisit un fort qu'il appela Pontchartrain ; il dominait un des principaux passages du Canada à la Louisiane; Détroit fut occupé par les Anglais en 1769, et cédé aux Etats-Unis en 1812; elle fut un instant la capitale du Michigan après 1837. Comme toutes les villes des lacs, elle a pris un grand développement; la langue française y est toujours en usage.

3. Un des huit frères de la famille Lemoyne d'Iberville; l'un d'eux organisa la Louisiane à partir de 1698.

4. Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, fut gouverneur de 1663 à 1665. .5. Fut aussi gouverneur de 1699 à 1703.

6. Deux fois gouverneur, de 1672 à 1682, et de 1689 à 1698. Voir le Comte de Frontenac, par H. Lorin, Paris, 1896.

7. Intendant sous de Courcelles et de Frontenac, de 1665 à 1672.

8. François de Laval, abbé de Montigny, arriva à Québec en 1659, mais l'évêché de Québec ne fut érigé qu'en 1670, et les bulles furent obtenues en 1674.

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