MINES
Diamants. — « Bernardo Fonseca-Lobo fut le premier qui découvrit des diamants dans le Serro do Frio, et il n'eut d'autre récompense que le titre de capitâo mor de Villa do Principe, avec la propriété de l'office de notaire dans la même ville. On ignora d'abord la véritable nature des diamants qu'avait trouvés Lobo; on se plaisait à voir briller ces jolies pierres, et l'on s'en servait en guise de jetons pour marquer au jeu. Cependant un certain ouvidor qui avait habité les Indes orientales reconnut que les pierres brillantes du Serro do Frio n'étaient autre chose que des diamants ; il en réunit secrètement un grand nombre et partit pour le Portugal. On ignore en quelle année se fit celte importante découverte; cependant on sait que le gouverneur D. Laurenço de Almeida, ayant adressé à la cour quelques cailloux transparents, disait dans une lettre du 22 juillet 1729 qu'il les considérait comme
1. « M. l'ingénieur J.-M. da Silva-Coutinho affirme, arec son autorité considérable, que l'arbre à caoutchouc commence à produire au bout de dix ans, et qu'il peut donner sa sèye pendant quatre-vingts ans, produisant en moyenne 4 kilogrammes de caoutchouc par an. Or un homme peut extraire 32 kilogrammes par jour quand il a les arbres sous la main. » (Ibid., p. 307.)
des diamants; Ton sait encore qu'on lni répondait qu'il ne s'était pas trompé dans ses conjectures, et Ton ajoutait que, depuis quelques années, il avait déjà été fait deux envois de pierres semblables de Minas à Lisbonne.
Par un décret du 8 février 1730, les diamants furent déclarés propriété royale. » (A. de Saint-Hilairb, Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, Gide, 1833, 1, 2.)
« L'existence de diamants dans les terrains aurifères du nord de la province de Mina-Geraes a été connue avec certitude en 1729. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, cette province n'a jamais cessé de fournir chaque année des quantités notables de cette pierre précieuse. Cette production a diminué pendant ces dernières années, surtout depuis 1870, par suite de la baisse considérable des prix produite par la quantité de diamants que les mines du Gap versent tous les ans dans le commerce. Ce n'est qu'à la qualité supérieure des brillants du Brésil, à leur éclat, à leur pureté, que leur valeur a pu se maintenir à un taux qui a sauvé d'une ruine complète les exploitations du pays...
... Les gisements les plus importants sont ceux de Cocaes, à dix lieues au nord de la ville deOuro-Preto; de Diamanlina, le plus important de tous, qui comprend une bande de terrain de plus de 200 kilomètres de longueur sur quelques lieues de largeur. » (F.-J. de Santa-Anxa Néry, le Brésil en 4889, Ch. Delagrave, p. 75 [art. de M. H. Gorceix].)
Or. — « 11 n'est guère de province de l'empire où l'or n'ait été exploité, et on peut citer comme ayant des mines en activité ou abandonnées depuis peu celles de Minas-Geraes, Rio- Grande-du-Sud, Goyaz, Bahia, Matto-Grosso, Parana, San- Paulo etMaranhâo; Minas-Geraes occupe la première place.
11 y a six grandes compagnies, dont une, la Compagnie des mines d'or de Faria, a son siège à Paris ; ses travaux préliminaires viennent d'être terminés. Le filon aurifère est situé dans le municipe de Sabara, à quelques kilomètres de celui de Morro-Velho. La gangue de Tory est constituée par des pyrites de fer qui ont été exploitées jusqu'à une petite profondeur par les anciens propriétaires, qui, à l'aide de procédés très imparfaits, retiraient 24 grammes d'or par tonne. Cette exploitation est remarquable par son installation, où se trouve une application, unique au Brésil, du transport au moyen de l'élec-
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tricité, de la force nécessaire aux principes d'épuisement et à l'extraction du minerai.
Les cinq antres ont leur siège à Londres.
D*Eschwege estime que de 1700 à 1820 Minas-Geraes a produit 534,403 kilogrammes d? or; de 1820 à 1860, 63,823 kilogrammes ; de 1860 à 1888, 60,000 kilogrammes, ce qui fait une somme de i milliard 843 millions, en estimant le kilogramme d'or 2,800 francs. » (F.-J. be Santa-Anna N&iy, le Brésil en4889,$.lS.)
de MnxTD-Velho. — « ... Elle est exploitée depuis soixante ans par une société anglaise qui jouit du meilleur renom... En 1868 l'exploitation fut interrompue par un incendie; à ce moment elle était à une profondeur de 300 mètres.
Un événement aussi terrible aurait pu décourager tous autres que des Anglais ; mais, avec la ténacité qui est le propre de nos voisins d'outre-Manche, ils se remirent avec hardiesse à l'ouvrage... Us calculèrent l'inclinaison de la cheminée allant de l'est à l'ouest et dont le feu semblait à jamais leur défendre l'accès, creusèrent à un point déterminé un puits vertical devant rencontrer le gîte aurifère au-dessous du foyer incendiaire, à 400 mètres de profondeur. Leur savoir, leur persévérance, furent récompensés; ils recoupèrent le filon en dessous des anciens travaux et reprirent l'exploitation comme si rien n'avait eu lieu.
11. Chalmers, directeur général, jeune homme de vingtsept à vingt-huit ans, à la physionomie agréable, énergique et distinguée, nous attendait. Fort aimablement il nous offrit de visiter la mine.
Il faut dire en toute vérité que, depuis quelques années, an far et à mesure que les travaux avancent et s'enfoncent (ils sont aujourd'hui à 650 mètres), laminedeMorro-Velho passe pour dangereuse, par suite d'éboulements assez fréquents. Une dizaine d'ouvriers y avaient été tués quelques jours auparavant, aussi nous étions-nous promis de n'y pas descendre. Mais, en présence de l'offre aimable qui nous en était faite, chacun de nous fut pris d'amour-propre, et nous acceptâmes sans hésitation.
Le capitaine général de la mine nous attendait» Nous revêtîmes le costume des mineurs, pantalon et veste de toile grise» chapeau de zinc; puis chacun fut armé d'une chaudeUft ^v
lourde de terre glaise; celle chandelle ainsi préparée nTintriguait beaucoup, n'en pooTant comprendre l'utilité. Je le sus bientôt. Arrivés an puits, nous montons dans une cage qui nous descend au fond, comme dans tontes les mines du monde avant un puits vertical pour issue. A 400 mètres on s'arrête et Ton se trouve sous une grande voûte avant environ 15 mètres de hauteur sur 50 de large. (Test là le centre, le rendez-vous général de toute l'exploitation intérieure. A partir de cet endroit, le tableau change, car dès lors la descente ne se fait plus que par des échelles, dont certaines sont très raides et ballottantes par le fait de leur longueur, de telle sorte que Ton a besoin de ses deux mains pour s y maintenir; la terre glaise sert à fixer au chapeau la chandelle allumée. C'est ainsi que nous nous enfonçâmes dans ce gouffre noir, profond de 250 mètres encore, et sur lequel les échelles sont suspendues dans le vide. Tout le long de ce parcours nous voyons des travaux de boisements, les plus considérables, les plus fantastiques que l'on puisse imaginer. Ce sont des arbres entiers, gigantesques, n'ayant pas moins de im,50 de diamètre, se croisant, s'entre-croisant, s'arc-boutant les uns sur les autres. Cfest inouï, vertigineux.
On ne peut s'empêcher de se demander comment de telles poutres ont pu être descendues et fixées contre les parois de cette énorme cavité, d'une inclinaison si considérable, et dont l'épaisseur presque constante n'a pas moins de 60 à 70 mètres sur une largeur de 150 à 170. Ce qu'il a fallu d'argent, de savoir, pour enfouir une telle quantité de bois, pour soutenir la muraille de ce gouffre qui s'approfondit chaque jour davantage, est vraiment prodigieux.
Après vingt minutes environ de cette descente qui nécessite sang-froid et présence d'esprit de la part de chacun, je m'arrête à 50 mètres du fond environ. Assis sur une poutre colosse à laquelle est maintenue par des anneaux de fer le bas de l'échelle que je viens de quitter et le haut de celle qu'il va falloir descendre encore, à la lueur de ma chandelle, paraissent des ombres qui se meuvent sur les boisements qui se croisent dans tous les sens au-dessus et au-dessous du point où je me suis are-bouté; ce sont des ouvriers; je les devine plutôt que je ne les distingue, grâce à la petite lumière vacillante qui brille sur la tète de chacun d'eux. Ils cherchent à fixer contre les parois souterraines un énorme madrier soutenu d'en haut par des cabestans monstres. Le bruit des chaînes, les cris sauvages poussés par ces hommes presque nus,
pour aider leurs efforts, le son strident des sifflets qui commandent la manœuvre, les coups sourds et réguliers des mineurs au fond des travaux, se répercutant ave sinistres dans la sonorité de l'abîme noir el béant »>i milieu duquel je suis resté comme suspemlu. Tout I sourd roulement venant des entrailles dp la terre se fait ta»tendre, grandit, augmente encore, semblable aui grondements du tonnerre, faisant trembler tout ce qui m'entoure, passe comme l'éclair dans les ténèbres près de moi et ta se perdre dans la région supérieure : r'est un immense sein rempli de minerai qui monte â la surface, courant au moyen d'une roue sur des barres de fer scellées dans les murailles de l'excavation: par moment des craquements sm:- • c: happent des lioixiiiiiits gigantesques, qui semblent l'Ire vaincus et ployés sous le poids formidable de (iOt) mMm de roches qu'ils ont mission de soutenir. On se croirait dans le sombre domaine dePlutonety voir des àuics M giter et gémir au fond de leur horrible demeure.
Tout cela est imposant et terrifiant à la fois.
Pour se faire une idée des sacrifices que la Compagnie est obligée de faire pour consolider ces travaux, il faut savoir qu'à l'heure actuelle on dépense pour 3,000 livres sterling (75,000 fr.) de bois chaque mois pour les besoins de la mine. Car, outre ce qu'il faut ajouter chaque jour au fur et à mesure qu'on s'enfonce, on doit encore remplacer les poutres colossales qui se détériorent et se rompent parfois comme des allumettes.
On ne se sert à Morro-Velhp que du bois le plus bwt, k plus rare, de fer, de rose, d'ébéne. Le comptable do la mine, chargé de leur achat, me disait : a Si on pouvait ùStt le OOBfc mcrce des matériaux que nous employons, la Compagnie lignerait bien plus d'argent qu'en broyant le minoi ni pour m retirer l'or. Le transport, malheureusement, coillr Lrup citer; tandis que sur place nous achetons ans Indiens CM UfcfM merveilleux absolument pour rien, ils nous reviennent, rendus ici, a plus de 1,000 francs pièce. Chaque année ils arrivent de plus loin, et à l'heure actuelle on ne les trouve, qn'.i M I iwi I de distance, traînes par des bœufs gui nult.-ut ipntqimfoil sis mois à faire le trajet. »
La visite aux pilons, au nombre de ISO, et colle d'un Htrl établissement très considérable et compliqué, où ou extrait pour la troisième fois la boue de laquelle l'oru fU HtnU déjà, constitue un ensemble d'oiploitaliciB Ml nw^Al
Les ouvriers employés & l'usine sont au nombre de 1,500 à 2,000, parmi lesquels beaucoup de Chinois et aussi près de 400 esclaves...
Dans ce grand centre de Morro-Velho tout marche militairement, et Ton peut dire que le village de Gougonas, qui touche rétablissement, est devenu une petite ville avec conforts et ressources de toutes sortes. L'élat-major de l'usine est très nombreux. On danse, on lunche, on chante à Gougonas comme dans tous les centres civilisés du vieux continent; le piano légendaire s'y est acclimaté comme ailleurs ; l'hiver y a ses five o'clocks, ses soirées, ses bals.
Pourtant les beaux jours de Morro-Velho ont disparu. Pendant un quart de siècle cette grande entreprise a fait la fortune de ses actionnaires, leur distribuant 100 p. 100 du capital social. Aujourd'hui il n'en est malheureusement pas ainsi.
Les dépenses annuelles sont excessives : elles dépassent l'énorme chiffre de 2,500,000 francs, et si la mine y subvient, c'est tout le bout du monde. »
M. de Courcy ajoute en note : « Ces lignes étaient écrites au mois d'août de la présente année 1886. Trois mois après notre visite, le 15 décembre suivant, une dépêche arrivait à Londres, annonçant une effroyable catastrophe. Tout l'étage de la mine de Morro-Velho, à 400 mètres de profondeur, s'est effondré, entraînant un matériel énorme, les pompes , les machines d'extraction, etc. Tout s'est précipité dans le gouffre, à 250 mètres plus bas, brisant dans sa chute tous les boisements gigantesques qui soutenaient les voûtes; trente-quatre mineurs y furent engloutis. » (E. db Courcy, Six Semaines aux mines d'or du Brésil, Paris, L. Sauvaitre éditeur, 1889, p. 173-186.)
Cette mine fut visitée par de Castelnau dans son voyage de 1843 à travers le Brésil.
« C'est la seule mine qui donne à ses actionnaires un intérêt du capital; on retire environ deux cents tonneaux de minerai par jour.
« La partie riche du filon forme une espèce de colonne inclinée de 45° sur l'horizon; sa puissance majeure peut être évaluée à 8 mètres, sur une extension de plus de cent mètres. Les travaux ont été poursuivis depuis 1835 et à peine interrompus en 1867 par un incendie, et en 1886 par un éboulement qui les a fait provisoirement suspendre, lorsqu'ils atteignaient une profondeur de plus de 600 mètres, jusqu'à l'achèvement de nouveaux puits. De 4835 à 1887 la quantité d'or fournie par cette mms &1\aycA. \tfv çfcÂGfce rond de 50,000