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LE CAFÉ A COSTA-RICA

« Les premiers grains apportés de la Havane furent semés à Cartago à la fin du siècle dernier, et l'on voit encore dans cette ville les troncs des plants qui fournirent les graines à tout le pays et même à toute l'Amérique centrale. Les haciendas de café que l'on trouve au Nicaragua et au Guatemala furent, à l'origine, l'œuvre de Costariciens. La propagation du précieux arbuste se fit lentement... C'est seulement à partir de 1840 que les plantations commencèrent à devenir nombreuses, grâce surtout au gouvernement, qui mit en vente certains terrains municipaux avec la condition expresse qu'ils seraient plantés en caféiers. En 1861, Gosta-Rica exportait déjà 100,000 quintaux de café, et dès lors sa production a été en augmentant chaque année. Aujourd'hui le plateau tout entier, de Gartago à Alujulla, est couvert de plantations du plus magnifique aspect en toute saison, mais principalement en avril, quand les arbustes montrent leurs fleurs blanches et odorantes, ou en décembre, quand leurs baies rouge-cerise brillent entre les feuilles d'un vert sombre.

C'est seulement au bout de quatre ans que l'arbuste a atteint la hauteur de deux mètres environ et est en pleine production. On sème en pépinière, et quand les plants ont un an, on les transplante dans l'endroit qu'ils doivent occuper définitivement. Les pieds sont généralement disposés en longues allées, et se suivent à la distance d'un mètre et demi à deux mètres l'un de l'autre. La plantation en quinconce est rare. Entre les arbustes on place des bananiers dont les larges feuilles protègent le jeune caféier des rayons du soleil. Ces bananiers, qu'on coupe tous les ans, sont d'ailleurs le seul amendement accordé au sol... Outre les bananiers, les plantations de café (cafetales) renferment d'ordinaire , bordant leurs allées principales ou s'élevant au milieu des caféiers, de grands arbres touffus, avocatiers, ficus, orangers, qui donnent

de loin au plateau central tout entier l'aspect d'un vaste verger éternellement vert...

... La récolte du café se fait au commencement de la belk* saison et dure de décembre à mars. Certaines années la maturité est plus hâtive pour une partie des baies, et il faut alors double cueillette. Les femmes et les enfants sont chargés de ce travail parfois pénible... On estime généralement qu'un arbre en bon rapport doit donner une livre et demie do café sec. » (P. Blolley, Costa-Rica et son avenir, Paris, A. Ciard, 1889, p. 62-66.)

L'exportation du café aété, en 1894, de 180,000 aacs de 60 a 62 kilogramme!;; [a cote normale pour le sac de 60 kilogrammes oscille entre 110 et 128 francs; Go»ta-iUca fait Ires peu il 'importations ou France; en 1893, sur une exportation du 12 millions Je kilogrammes la France n'a reçu que 22,1)00 kilogrammes. (Chavehi, consul de France, ta République de Costu-Rica, Paris, imprimerie Schiller, 1895.)

Caractères physiques et croyances. — « Les Guaymies sont en général petits de stature, mais d'une constitution robuste avec une tendance à la corpulence; la couleur de la peau varie d'un brun jaune au brun très foncé; quelques-uns deviennent même très noirs après un long séjour sur les eûtes. Les cheveux sont noirs, durs et lisses; la tête, grosse en proportion du corps, longue et ovale, la face parculièrement plate et large entre les arcades zygornatiques; le nez est proéminent, souvent épais à iabase; les yeux d'un rouge brun foncé, la bouche grande et les lèvres fortes; peu ou pas de barbe. Très indolent, même paresseux, le Guaymie, quand la nécessité se présente ou que l'appât du gain le meut, entreprend h pied des voyages dans la montagne, sous forêt ou h la côte, marchant nuit et jour, mangeant à peine, franchissant en peu de temps des distances incroyables. Il porte facilement, soutenus sur son dos par un fllel et une courroie passée sur le front, des poids énormes dans ces chemins exécrables de la forêt vierge où il est obligé de sauter comme les chèvre3 de racine en racine pour ne pas s'enfoncer dans le sol mobile et boueui : son agilité est surprenante. Le Guaymie croit, ainsi que la plus grande quantité des Indiens américains, à la religion des esprits et à l'animisme. La peut

%h Dioieh. — L'Amérique

est la base de sa religion : un Indien entend-il un bruit insolite sous forêt, une tempête a-t-elle renversé sa misérable hutte, son canot a-t-il été brisé dans un rapide, il voit dans tout cela l'agissement d'un mauvais esprit. 11 croit alors qu'à l'aide d'offrandes il pourra se le rendre favorable : s'il peut appeler le magicien ou sahia, il le fait et paye une forte somme pour que celui-ci le débarrasse du mauvais sort jeté contre lui par l'esprit; s'il se trouve seul, il jettera dans l'eau ou à l'endroit dont il a peur une des choses qu'il prise le plus, du tabac, du cacao, espérant par là détourner le mauvais sentiment de l'esprit. Nous trouvons aussi chez le Guaymie des traces manifestes du système totémique, chaque tribu, chaque famille, chaque individu ayant son animal tutélaire.

Balza. — Il y a chez ces Indiens différentes espèces de fêtes, mais je ne parlerai ici que de deux des principales. La plus importante est celle de la balza. Cette fête a lieu généralement au commencement de la saison sèche, elles invités s'y rendent en foule. Quand une famille a décidé de donner une balzeria et que l'époque en a été fixée, on expédie des messagers prévenir les maisons éloignées. Ces messagers portent des lianes auxquelles on a fait autant de nœuds qu'il y a de jours à courir avant le commencement de la fête ; on invite tout le monde, hommes et femmes, jeunes et vieux. Suivant les distances à parcourir, l'on se met en route afin d'arriver au lieu du rendez-vous deux jours avant; chacun apporte les provisions nécessaires, car les organisateurs ne fournissent guère que la chicha. Durant le trajet, les invités soufflent de temps en temps dans de grosses conques, dont le son doit faire connaître leur passage. L'endroit choisi pour la circonstance est généralement une savane près d'une rivière. Le jour désiré arrive enfin : tout le monde est debout à la première heure et se rend à la rivière pour s'y baigner. Le bain terminé, l'on se peint tout le corps d'une couleur unie, bleue ou rouge, la face seule décorée de figures très compliquées d'hommes, d'animaux ou d'arabesques telles que nous les rencontrons sur les vases tirés des Guacas. Les femmes sont les artistes. Le travail prend un certain temps, et le soleil est déjà haut avant que l'invité soit prêt: il se passe autour des reins un morceau d'étoffe faite d'écorce d'arbre battue {numi), puis il se coiffe d'une peau d'animal dont la queue et les jambes flottent sur son dos. Les animaux employés le plus communément sont les singes, le fourmilier, l'ours à miel, etc. Si la peau est trop grande, on n'emploie que la tête, à laquelle se trouvent pen-

dues la queue et les pattes. Chacun se rend alors sur le lieu désigné : les groupes se forment en silence. Peu à peu le tambour et les chants se font entendre , et l'on commence à boire la chicha ; durant ce temps les femmes, qui, elles aussi, se sont peintes pour la circonstance, rejoignent les groupes, et tout, en huvaul modérément, soutiennent léchant ou parlent entre elles en groupes animés. Au bout de deux ou trois heures la chicha a produit son effet; l'un après l'autre se lève, après avoir jeté un défi ri l'une des personnes du même groupe ; il est convenu que les personnes âgées doivent donner le signal. Le groupe suit alors les danseurs, el bientôt toute la savane est couverte de groupes; les femmes se joignent à celui où se trouvent leurs maris. Les deux danseurs sont maintenant en présence, à environ vingt-cinq pas l'un de l'autre. Celui qui a jeté le défi tient dans la main droite un bâton léger et spongieux lait en bois de (nrfza (bois-trompette des Antilles françaises) ; ce bâton a environ deux mètres de longueur, formant boule à une extrémité el diminuant graduellement en grosseur vers la poignée. Tout en faisant mouvoir son corps, le danseur imprime à ce bâton un mouvement de va-et-vient et de rotation, puis le lance de toute sa force, visant les jambes de son adversaire, de manière à le faire tomber. Durant ce temps, celui-ci danse en remuant les jambes avec une agilité surprenante, afin d'esquiver le coup; s'il est louché et qu'il tombe, le vainqueur proclame alors son triomphe en répétant vivemonl kac.a, caca (il est tombé) de toute la force de ses poumons, et, gesticulant furieusement, il se précipite afin de reprendre son bâton, et le public applaudit par un certain grognement, riant aux dépens de celui qui s'est laissé toucher. Si, au contraire, l'adversaire a esquivé le coup, alors les rôles changent, et celui qui tout à l'heure dansait pour éviter le coup prend le bâton : quand l'un ou l'autre se trouve trop fatigué ou blessé, il sa retire. Alors quelqu'un dans la foule s'avance et reprend immédiatement la danse, le bâton de balza n'étant jamais en repos tant que dura la chicha. 11 y a environ un bâton pour douze danseurs. La fête dure ainsi avec alternatives de danses et de libations jusqu'à ce que la chicha soit épuisée. A la suite de la fête, beaucoup des Indiens se trouvent blessés grièvement, mais ceuit qui peuvent résister le plus longtemps sont considérés comme les plus braves. 11 arrive souvent que cette fête se termine par une véritable orgie, dans laquelle s'engagent des riies personnelles où nombre de pauvres diables veitevA -sas

le carreau. La fête terminée, l'ivresse passée, chacun reprend le chemin de son habitation. Les Guaymies aiment passionnément le balza, et quelques-uns d'entre eux deviennent extrêmement experts dans l'art de jeter le bâton et de mouvoir les jambes afin d'esquiver les coups. Ils apprennent ce jeu dès leur plus tendre enfance, et il m'est arrivé de voir s'y exercer de jeunes enfants de deux ou trois ans. » (A. Pinart, dans Bulletin de la Société de géographie de Paris, année 1885, p. 438-441.)

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