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LA SOUFRIÈRE

charria pendant douze heures une bouc épaisse el noire, qui avait une forte odeur de gaz hydrogêne sulfuré.

La Soufrière f'L Its montagnes voisines, trois jours entiers, restèrenl plonges dans un océan d'épaisses vapeurs. Le volcan jetait une telle quantité de fumée que le solei! en était pâle; on le voyait comme au travers d'un verre de couleur. Les habitants, n'apercevant plus la montagne, croyaient qu'elle s'était abîmée pendant l'éruption.

En effet, lorsqu'elle se montra, on vit que la cou figuration n'en était plus la même. Outre les deux emmenées placées sur celui des bords de la montagne qui regarde la Uasse-Terre, il en existai! une nuire, que Labat désigne sous le nom de piton de ta Soufrière... Ce piton avait disparu et jonchait la montagne de ses débris. Dans certains endroits on évaluait que le terrain s'était abaissé de dente à quarante mètres.

Éruption de 1798. — Le 22 avril 1798, sur les deuï heures de l'après-midi, on compta une nouvelle éruption. Elle se manifesta par un bruit pareil à celui de l'explosion d'un caisson de poudre, bruit qui continua environ deux minutes. La montagne s'ouvrit dans le nord- ouest, et le volcan lança au loin une énorme quantité de pierres. Ces pierres furent lancées avec une telle puissance, que de petites éniiuencos trouvées sur leur passage furent emportées et devinrent des plateaux; elles broyèrent les plus gros arbres; le morne voisin, contre lequel elles allèrent principalement se heurter, fut dépouillé de sa verdure et comme labouré. La masse de ces pierres l'ut si considérable qu'elle combla une ravine profonde où la Rivière-Noire prend sa source. Celte rivière pendant trois jours cessa de couler. Le volcan resta tranquille jusqu'en décembre 1836, époque à laquelle il jeta encore des cendres. » (A. Làcouk, Hhioire iJï la GinhU'Liqi-', Basse-Terre, imprimerie du gouvernement, 1857, I, 407-69.)

La Soufrière en 1840. — " Je montai à la Soufrière, guidé par un intrépide chasseur des grands bois. Nous partîmes des Buins-Jaunes1 au lever du soleil, et nous gravîmes le morne

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Gouyavier pour gagner la savane à Cochrane. On appelle ainsi une assez vaste bruyère située au pied de la Soufrière, et couver te d'arbres rabougris dont les branches sont à demi brûlées par les cendres du volcan. Lorsque les Anglais occupèrent la Guadeloupe, l'amiral Cochrane alla visiter la Soufrière avec grand appareil; et, comme à cette époque les Bains-Jaunes n'existaient pas, il dressa ses tentes et passa la nuit dans cette bruyère, qui a gardé son nom. Elle est traversée par une ravine encaissée qu'alimentent les brouillards et où Ton trouve de l'eau glacée et bonne à boire.

A proportion que l'on s'approche du volcan, l'atmosphère devient chargée d'émanations sulfureuses, qui n'ont du reste rien de bien désagréable pour la respiration. La Soufrière a une forme à peu près conique, et ses flancs, dépouillés d'arbustes, sont couverts d'une végétation assez pauvre, parmi laquelle se distingue principalement une sorte d'ananas sauvage et parasite, comme ceux qui poussent sur le tronc et sur les branches des fromagers. On gravit par le côté qui regarde le sud, en suivant un petit sentier fort raide, où une seule personne peut se tenir et qui exige de fréquentes stations, à moins qu'on ne soit de la force de mon guide, qui le gravit tout d'une haleine. Après environ une demi-heure, en partant de la savane à Cochrane, on arrive au sommet du volcan.

Je ne me fais pas l'idée de quelque chose de plus labouré, de plus bouleversé, de plus effroyablement désordonné que le sommet de la Soufrière. C'est un plateau assez vaste, formé de roches volcaniques, sans terre végétale, et portant l'empreinte de plusieurs révolutions... Un immense rictus, qui va de l'est à l'ouest, et qui est formé de deux parois en roche perpendiculaire, de plusieurs centaines de pieds de profondeur, donne passage à un dégagement perpétuel de vapeur d'eau et de vapeur de soufre. La roche, si profond que l'œil ose descendre, est tapissée d'une belle couche jaune, toute scintillante de cristaux, et lorsqu'on lance d'énormes moellons dans le gouffre, on les entend rouler d'abîme en abîme, pendant plusieurs secondes, avec des échos sonores qui vont peu à peu en s'affaiblissant.

Celte fente redoutable n'a guère plus de deux cents pas de prolongement, de l'est à l'ouest, et c'est tout au plus si elle a cinquante pieds de largeur. Comme ses parois sont à pic, on peut s'approcher tout à fait sur son bord sans aucun danger. On la tourne sans trop de difficulté, soit par la droite, soit

LA SOUFRIÈRE par la gauche, et l'on peut même la franchir par un pon! suspendu, fort peu rassurant en apparence, et formé par d'énormes blocs de pierre qui, lors de la dernière éruption, se sont amoncelés et mutuellement accrochés le long du gouffre. La portion du plateau qui se trouve au delà du pont, dans la partie qui regarde le nord, a été bouleversée et mise en l'état épouvantable où elle se trouve par la dernière crise, survenue il y a cinq ou six ans. Cest l'image de la destruction dans ce qu'elle peut avoir de plus colossal et de plus lugubre. Des roches qui effrayent le regard par leurs proportions ont été culbutées et dispersées comme des crains de poussière. Le sol tremble sous les pas, et la chaleur qui en sort est si forte, qu'eu beaucoup d'endroits il faut souvent changer de place pour ne point brûler ses pieds. De tous côtés de petits cratères bruissent avec fracas, sous des décombres, au nombre de 50 ou 60; des fumerolles, à couvrir avec sou chapeau, distillent en sifflant la lleur de soufre, qui s'élage sous les formes les plus fantastiques; et, à considérer le sol bouleversé et brûlant qui craque, ces ouvertures qui mugissent, celte vapeur d'eau qui jaillit pn jels de 20 pieds de haut, et dont if est impossible Ji; s'approcher, ces fins cristaux de soufre qui tourbillonnent dans l'air, et qui vous dorent en quelques minutes la barbe et les habits, et surtout à entendre le mugissement perpétuel de l'eau et du feu, aux prises sous la montagne, et dont la lutte éternelle imprime au sol un continuel tremblement, on se ligure toutes les légions de diables nommés et passes en revue par saint Denis l'Aréopagite, et soufflant avec rage les cornues et les alambics gigantesques de quelque alchimiste d'enfer.

Sur toule cette partie si bouleversée du volcan, on marche dans le soufre sublimé et pur jusqu'à mi-jambe. Il y a des espèces de grottes, abritées par des roches monstrueuses, où l'on pourrait le piocher comme le sable et le charger en tombereaux; et des cloches en osier renversées sur les fumerolles en seraient remplies lous les deux ou trois jours. Pourquoi donc personne n'esploîte-t-il cette solfatare?

En descendant la Soufrière parla pente qui regarde l'ouest, on trouve à mi-côte un cratère singulier, ouvert depuis la dernière éruption. C'est un trou rond, fait dans la roche dure et perpendiculaire, comme le passage d'un boulet du plus gros calibre, et par lequel s'échappe, avec un sifilement effroyable, un énorme jet de vapeur d'eau. Sa force est. & L. Dnura. — L'Amérique. V%

considérable que les roches jetées dans ce soupirail sont lancées en Fair, et sa température est si élevée que les bouteilles exposées au bout d'un bâton à cette vapeur en sont immédiatement ramollies et tordues. Lorsque ce trou se forma, il en sortit, comme par un siphon, une quantité d'eau si considérable, qu'elle inonda pendant un jour des ravins de 100 pieds de profondeur. Maintenant la vapeur qui s'en dégage se condense par le froid de l'air environnant, et elle forme un nuage perpétuel qui se voit de la Basse-Terre, et qu'on aperçoit même de cinq ou six lieues en mer. » (A. Granier de Cassagnac, Voyage aux Antilles, Paris, Dauvin et Fontaine, 1842, I, 92-97.)

Le volcan après 1843. — « On trouve vers le milieu de la Soufrière un cratère singulier, ouvert depuis la dernière éruption (1843). C'est un trou rond, de deux pieds environ de diamètre, par lequel s'échappe en sifflant un énorme jet de vapeur d'eau. Lorsque ce trou se forma, il en sortit une quantité d'eau si considérable qu'elle inonda des ravins de 30 à 35 mètres de profondeur. Cette vapeur aujourd'hui forme un perpétuel nuage qui s'aperçoit de plusieurs lieues. » (La Guadeloupe, sans nom d'auteur, Paris, 1843, p. 18.)

Le tremblement de terre du 8 février 1843 renversa le piton le plus élevé de la Soufrière; cette masse de rochers de près de 90 pieds de haut traça, en tombant sur le versant qui fait face à la mer, un énorme sillon facile à distinguer à l'œil nu du champ d'Arbaud. Le volcan a surtout été étudié par Charles Sainte-Claire- Deville dans son Voyage géologique aux Antilles, 1848-1859; il donne plusieurs vues curieuses de la Soufrière et une carte de la partie sud-ouest de Basse-Terre.

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