‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 99 sur 151 · UNE RÉVOLUTION MILITAIRE · texte numérisé non relu

UNE RÉVOLUTION MILITAIRE

« Eh bien, vous n'espériez pas être témoin d'un pronui mento?

— Quel pronunciamento"?

— Celui de la garnison, qui a déclaré Noboa déchu du pouvoir, et le général L'rhina chef supi ême. Comment! vous l'iRnorn; *nror^! La chose a eu lieu à midi, et il esl cinq heure?.

— Si je l'ignore, c'est la faute de la population, et non la mienne, liu haut de ce balcon, je n'ai vu aucun promeneur plu? ému que les autres jours. Ni cris, ni groupes, ni gamins courant çà et là; rien de ce qui se passe dans do pareilles circonstances à Paris.

Ni bairicades m coups de fusil, ajouta M. Elvers. Les pronunciainentos st? font sans effusion de sang; ils se composent d'un petit nombre d'acteurs; ils n'excitent aucun enthousiasme et rencontrent rarement une opposition sérieuse. Le mouvement une fois accompli, le parti tombé et le parti triomphant commencent la guerre civile, s'ils se sentent à peu près de force égale ; dans le cas contraire, le plus faible cède au plus fort sans dégainer l'épée. Les bourgeois laissent les troupes décider la question; leur règle de conduite est de garder une altitude expeclanle; l'expérience les a rendus prudents. Personne ici n'est novice en fait de pronunciamento ; chacun, hormis les promoteurs et lus soldats insurgés, attend le développement do la crise pour exprimer son approbation ou cacher ses regrets. Pourquoi se compromettre inutilement?... »

... On reprochait à Noboa une entente cordiale avec les amis des jésuites dans la Nouvelle-Grenade, et des pourparlers secrets avec Florès (ancien président exilé) ;Noboa croyait pouvoir nier ces deux faits compromettants. C'est pour s'en justifier qu'il se rendait à Guyaquil; il devint la victime de sa propre duplicité. L'rbina s'était entendu avec les trois généraux les plus populaires de l'armée. Ceux-ci, au jour fixé, entrent dans les casernes, exposent aux soldats la trahison de Noboa, leur parlent de liberté et d'indépendance, et les engagent à conserver l'une et l'autre en confiant le sort de la patrie au gouvernement de Guyaquil. L'acte d'insurrection rédigé dans ce sens se couvre des signatures des officiers de lout grade. L'élu de la garnison accepte sou mandat et publie une proclamation adressée aux soldats...

En même temps le général Urbina envoyait un détachement de cinquante soldais au-devant de iNoboa. Celui-ci des-

cendait tranquillement la rivière, dans un bateau à rames, avec quelques amis. Une escorte de quarante hommes le suivait de près. Il ne se doutait de rien, quand l'officier de Guyaquil l'aborda en lui disant : « Président, je vous arrête. — Au nom de qui? — Au nom du chef suprême, le général Urbina. — Ohl j'aurais dû m'en douter! » Noboa ne songea nullement à opposer une résistance d'ailleurs inutile, et son escorte fraternisa avec le détachement des insurgés. A la tombée de la nuit, il passa comme prisonnier sous les mêmes arcs de triomphe qu'il s'attendait à traverser comme premier magistrat de la république. Au lieu des discours officiels et des acclamations de la foule, il ne rencontra qu'une froide indifférence et un mépris silencieux. On le relégua ensuite à bord d'un petit navire de guerre, qui fit voile, avec des instructions tenues secrètes, pour une terre lointaine, où le prisonnier devait être rendu à la liberté, mais condamné à l'exil 4. » (Alexandre Holinski, l'Equateur, scènes de la vie sud-américaine, Paris, Amyot, 1861, p. 32-53, passim.)

CHEMINS DE FER

Le Venezuela a ouvert sa première ligne de chemin de fer de Porto-Cabello à Palito en février 1866. La République possédait, en 1890, 800 kilomètres de lignes ferrées.

La Colombie a possédé une ligne dès 1855, celle de l'isthme de Panama, construite par les Américains du Nord; elle n'a commencé la construction de son réseau qu'en 1870; son premier chemin de fer réunit les deux ports de Sabanilla et de Baranquilla. Le gouvernement a concédé à des étrangers plusieurs lignes qui restent isolées et ont le grand défaut de ne présenter aucune unité, et surtout de ne pas se raccorder. Le géographe Vergara Velasco exprime à ce sujet des doléances justes, inspirées par un patriotisme éclairé. En 1890, la longueur de ces travaux atteignait 380 kilomètres.

L'Equateur n'est pas mieux partagé; mais son gouvernement procède avec plus de méthode et de suite. Garcia Moreno traça,

1. Le lieu d'exil choisi le plus souvent est la province de Napo. « Le Napo joue là le rôle de la Sibérie dans le code des châtiments politiques. Cette province, située sur le versant oriental de la Cordillère, peuplée de sauvages et dépourvue de toutes ressources, passe de plus pour être malsaine aux blancs, et beaucoup n'en reviennent point. La chaleur y est extrême; les forêts y dominent ;

lussi l'exil au Napo est-il regardé comme un acte de vengeance. » (V. Villamus,

Correspondant, 25 juillet 1874, p. 430.)

CHEMINS DE FEU

;ilfitad-

eo 1872, le programme des travaux rt se mit al' mettre cette idée très simple qu'il fallait réunir la capitale ; meilleur port de la République, Guyaquil. Le Ferrocartil du Sud comprend trois sections : la première, de Diirati, ru face de Guynquil, jusqu'il Puente-de-Chimbo. iiii pind de la Cordillère occidentale; la secoude, la plusdiflkika axéeutw, comprend lu pente des Andes jusqu'à. Sibumhé sur le plateau; lu grande difficulté est venue de l'excessive humidité du versant qui desagrège Its roches ; on a pu triompher de l'obstacle en suivant la vallée de Chanchan, et ces denï premières sections sont exploitées; In troisième doit suivre la vieille route des lucas, la route interaudine jusqu'à Quito; elle est a l'étude depuis 1892. L'Équateu mètres de chemins de fer eu 1890.

Découvertes des Espagnols. — Ce furent les Espagnols qui lui donnèrent son nom, celui d'une tribu indienne, les Ouyûnai, qu'i* avaient rencontres en re ru ou tant l'Orèuoque ; la découverte du IL toral est duc aussi à un Espagnol, \riu ce nt-1 niiez Pinçon, qui li suivit en 15(10 depuis le cap Saiut-Aui-'ustiu jusqu'à l'Amazone. L« rivière Araguari a porté longtemps son nom. Une légende, recueillie par Ii.m Esjiul'uoI*, prétendait qu'il i>\islait dans l'intérieur une ville dont le souverain, revêtu des pieds u lu tête de puillettes d'or, renouvelait tous les jours son riche vêtement en se plongeunt duns un bain ; on l'appelait ri hor/nlu. Les Portugais du Itrésil recherchèrent lu ville et le souverain dons la région de t'Amaiooie ; Watter Huleigh fut dupe de cette légende et fit quatre expédition* un bas Orénoque pour trouver le Dorudo, de 1L19j à 1617. En 1720, le gouverneur français d'Orvilliers envoyait encore une expédition i la recherche de l'Eldorado.

Voyage de l'Anglais Keymis. —Le premier voyage sérieux d'exploration fut celui de l'Anglais Laurent Krymia; eu 13% il longen la côte, pénétra dans l' Araguari et dans l'Oyapok; des légendes d'une autre nature se répandirent; on prétendit que Keymis uvuit entendu parler d'Indiens acéphales <]ui avaient le visage au milieu de la poitrine.

Colonisation anglaise. — Les [■'ruucais, les Anglais et les Holiainlai.- songèrent ;ï eoluniser lu Guyane uu commencement du XVIi* siècle ; l'An;'lais Charles Leigti occupa, du 22 luui 1601 ai mai îeuii, tu rive gauche de l'Oyupok, et itoliert d'tlarcourt fonda une colonie eu lCOsJes Hollandais reinpI-icéreiillesAnglniaeu 1027.

Colonisation française. — Henri IV demanda a Lu Kavnrdièn

de s'informer s'il était possible et utile de fonder une colonie en Guyane : le voyage de La Ravardière eut lieu en 1604, et la première compagnie ne fut organisée qu'en 1626 par Richelieu; elle échoua, ainsi que deux autres organisées en 1633 et 1643; la dernière fut dirigée par un aventurier violent, Poncet de Brétigny, qui fonda Cayenne. La Compagnie des Douze Seigneurs de 1652 échoua encore, ainsi que la Compagnie des Indes en 1664 : alors la colonie fut administrée directement par la métropole. Le plus célèbre gouverneur fut Pierre-Éléonor de La Ville, seigneur de Ferrolles, qui s'empara des forts portugais de l'Araguari et signifia au gouverneur Albuquerque que toute la rive septentrionale de l'Amazone appartenait de droit à Sa Majesté Très Chrétienne. On y renonça au traité d'Utrecht. Ferrolles fortifia les postes français, sut entretenir l'union avec les naturels du pays, et fut, pour ses grands services, bien traité du roi Louis XIV, qui lui donna le titre de marquis. Après lui, d'Orvilliers chercha à prendre connaissance de l'intérieur, et envoya de nombreux explorateurs, qui rapportèrent des renseignements peu précis et négligèrent de dresser des cartes de leurs découvertes.

En 1762 Choiseul voulut relever la colonie et y envoya le chevalier de Behague, qui donna de bons conseils. En 1763 et 64 Choiseul y envoya le chevalier Turgot et l'intendant Chauvelon pour y fonder une colonie agricole. On débarqua les émigrants à l'embouchure du Kourou : en juillet 1764 il y en avait 13,000 à 14,000. Rien n'avait été préparé pour les recevoir, ils moururent dans des souffrances atroces. Plus tard on y déporta les victimes de la Convention, du Directoire et du Consulat; c'est ce qui a contribué à donner une si mauvaise réputation à la colonie, dont on n'a occupé que la région maritime. Turgot avait cependant compris qu'il falait chercher à pénétrer dans l'intérieur; il envoya les voyageur» G. de l'Isle, Bellin, qui publia une Description géographique de la Guyane (1763), et Mentelle. Le naturaliste Patris y fit plusieurs voyages : en 1762 il découvrit des paillettes d'or, en 1769 il passa de TOyapok dans le Maroni, en compagnie du mulâtre Claude Tony, qui fut un guide intelligent.

En 1772 on créa des plantations de café à la Montagne d'Argent,, qui donnèrent de bons produits. L'introduction de cette nouvelle culture fut due au lieutenant de vaisseau de La Motte-Aigron, qui l'emprunta aux Hollandais de Surinam.

La Guyane française au dix-neuvième siècle. — La Guyane française, gouvernée par Victor Hugues à partir de 1800, fut occupée par les Anglais et les Portugais en 1809; elle fut rendue en 1815 et réoccupée en 1817 par le baron de Luussat. Son successeur, le baron Milius, qui arriva en 1823, combattit les Indiens de l'Oyapok, mais ne put revenir par l'Oyapok : il voulut fonder une ville dans l'intérieur, sur la Maua, à 60 lieues de la côte : il l'appela la Nouvelle- Angoulême, mais la peupla de gens de mauvaise vie ou qui eurent une conduite si scandaleuse qu'il fallut les renvoyer en France.

Principales explorations. — Peu de régions américaines ont été l'objet d'un aussi grand nombre du voyages d'exploration' ; nous ne pouvons ci torque quelques noms: Charles Watt cr ton, qui visita CaycEDC en 181(1, et l'ut éuiri'vtilli'' pur les belles plantations de girofliers, qui sont encore aujourd'hui une des ressources delà colonie; Thiébaut de la Manderie, 4. partir de 1819; Leprieur, 1831-33; E. Adam le Bauve et P. Ferré, de 1828 h 1833; Théodore rie Bagot, 1836-39. En 1834, !a Société de géographie de Londres envoya Koheil Si-liouiliur^k pour préparer l'extension île la Guyane anglaise sur l'Orénoque ; il fut un des plus remarquable a explorateurs de la Guyane anglaise; il lit plusieurs voyages rie 1834 a 1813, Toute eelte histoire de la Guyane est présentée dans sou ensemble dans un ouvrage de H. Ternaux-Conipansparuen J843 : Notice historique sur la Guyane française.

Nous arrivons aux voyagcurscoiiti-nipoiTiius, parmi li squelfi se détachent les noms devenus populaires de Crevaux et du II Coudreau.

Crevaux. — Crevaux remonta le Maroni en 1877, • I rraeoflM l'Indien Apatou, qui demanda a l'accompagner pourvoir l'Amaïone. Eu i878 et 187J il étudia les bassin? du Yury et du Para, affluents de l'Amazone.

H. Coudreau. — H. Coudreau s'est fait de la Guyane une nouvelle patrie. Nommé sur sa demande professeur au collège de Cayenne, il obtint une première mission en 1883 et visita la région contestée de la frontière du Brésil; il séjourna deux mois aCounani, qui occupe une excellente pnsiliiui à 'i'.\ kilomètres de la mer, visita la région de Mapa, où la France avait conslruit un fort en 183B, l'Ile Maraea, qui est déserte. Il crut pouvoir aflirmer que le cap de Nord doit être placé sur la rive gauche de l'embouchure de l'Araguari, et non au cap liruiap; derrière le cap est le grand Lago novo, qu'aucun Européen n'avait visité avant lui. Dans un second voyage, qui eut pour point de départ Guyenne (II) juillet 18o3), il voulut délimiter sou champ d'exploration, et atteignit les montagnes de la Guyane par l'Amadoue, et le rio Nègre. 11 étudia surtout le bassin du rio Branco.

Il obtint une deuxième mission en 18S7 pour étudier les montagnes de'i'umue-lluniae;iU'eu)!>nl.'i le Maroni, dont il trouva les sources; lesTuuiuc-Humacoutune altitude de tiOu aKUu m.; à l'ouest est uu plateau très sain d'envirou 301) mètres d'altitude. 11 s'Intéressa beaucoup aux tribus indiennes : les Ènn;ritlijiis, ^qai ne sont guère plus d'une centaine, population médiocre ment intéressante et complètemeut gâtée* »; les Houcouyenues, qui sont au nombre

1. 1. Il faudrait ciaqumte uni d'eiploralioo dnm ces contrée» pour les bien connuitrc, ■ i dit le meilleur juge en celte i|ui»tïon. II. Huudreau, Compte rend* de ta Société &e géographie, ISilt, p.Siî. Cm noinbreui eifiloratoure ont généralement dresse 1*9 cartes qui sont souvent d'uni e.actitude diseutalilc ; cela lient

i. Tour du monde, Wf, I» jcraostrc, p. «I;

de 4,000 environ; il décida leur tamouchi à venir à Cayenne, où il reçut l'investiture du gouverneur Gerville-Réache ; ils habitent le plateau et rallient autour d'eux les Indiens de la montagne : « C'est sur eux que repose tout l'avenir de la race indienne dans le pays. » Il découvrit de nouvelles tribus. Coudreau voudrait que l'on s'occupât d'eux, qu'on leur donnât des écoles : on pourrait bien imiter le Brésil, qui a nommé partout des directeurs d'Indiens*.

Dans un troisième voyage, de 1889 & 1891, Coudreau a exploré l'Oyapok, étudié les affluents, et a fait le levé du fleuve jusqu'aux sources. Les récits très intéressants, très vivants, de ces voyages fructueux qui se continuent se trouvent réunis dans deux ouvrages : Chez nos Indiens, quatre années dans la Guyane française, 4887-1891, Paris, Hachette, 1893; et la France équinoxiale, 2 vol. in-8°, Paris, Challamel, 1887. Dans un troisième, les Français en Amazonie, Paris, A. Picard et Kaan, 1887, il a surtout cherché à vulgariser, d'une façon très heureuse, la description des paysages amazoniens, en même temps qu'il a rappelé les entreprises françaises sur différents points de la région équatoriale.

Everard im Thurn. — Un Anglais a fait pour la Guyane anglaise (occupée en 1815) ce que Coudreau a réalisé pour la région française : c'est Everard im Thurn, qui a parcouru le pays pendant neuf ans depuis 1883; ses récits ont été recueillis dans les Proceedings de Londres '.

Guyane hollandaise. — Les Hollandais s'établirent à la Guyane en 1667 pour rechercher les mines d'or; leurs compagnies minérales ne réussirent guère au xvine siècle; mais en 1874 ils ont trouvé des gisements fructueux sur le Maroni; ils se sont fait adjuger la régioD contestée entre l'Aoua et la Tapanahoui en 1891; on comptait, en 1888, 3,000 personnes travaillant en permanence dans les placers de l'Aoua. Le dernier explorateur hollandais est le docteur Ten Kate, qui a étudié les Caraïbes jusqu'au Maroni, où il retrouva Apatou, le compagnon de Crevaux, devenu chef d'un village de Galibis qu'il a fondé. Son voyage eut lieu en 1885-86.

Description générale de la Guyane. — « Qu'on s'imagine un pays plein de forêts et vide d'habitants, entrecoupé d'innombrables rivières entrelacées, larges, profondes, semées de rochers, de rapides, de sauts, où les canotiers médiocres se noient, et où les excellents font 4 kilomètres par jour ; qu'on se figure des lacis de marécages pleins de roseaux

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