CHRIST
mille sept cent quatre-vingt-huit, la douzième année du Bien public.
Le général Washington revêtu du costume qu'il portait pendant la guerre de l'Indépendance est représenté de grandeur naturelle, Dans l'une des niches pratiquées dans le piédestal, on a placé le buste de La Fayette.
Parmi les curiosités que l’on montre en cet endroit est un vieux poëie anglais orné de bronzes fondus et d'inscriptions diverses, qui remonte à une date antérieure à la révolution. Il servait au chauffage de l'antique Virginia House où se rassemblaient les bourgeois de Williamburg à l'époque où les colonies anglaises étaient encore soumises à la mère patrie. C'est autour de ce « monument de fumiste » que se rassemblent encore de nos jours les politiciens qui discutent les intérêts du pays, comme leurs ancètres le faisaient à l'époque où ce poêle était placé dans la Virginia House.
La bibliothèque du Capitole contient de nombreuses reliques littéraires, quelques peintures de prix, ce qui la rend un lieu sacré pour tout vrai patriote virginien.
C’est dans cette salle que fut jugé et condamné pour crime de trahison Aaron Burr de triste mémoire : c'est là que La Fayette fut acclamé par ses compagnons de guerre; là fut tenue la Convention de 1829-1830, qui compta parmi ses membres Madison, Monroë,
RICHMOND. 455 Marshall, John Randolph, Leigh et bon nombre d'autres hommes d'État célèbres. Fhfin c'est encore dans cette bibliothèque que fut exposé le cercueil de Stonewall Jackson, sur lequel on jeta pour couverture le drapeau de la Confédération du Sud, lequel servit dans cette occasion pour la première fois.
Aune très petite distance du Capitole, on amène le touriste devant la statue équestre de Washington, dont l'auteur est un statuaire du nom de Crawford, Le cavalier et le cheval, coulés en bronze, sont d'une taille gigantesque : on les a hissés sur un piédestal de granit autour duquel se tiennent debout les figures, du même métal, de Patrick Henry, Thomas Jefferson, John Marshall, Georges Mason, Thomas Nelson et Andrew Lewis. Ces statues sont fort remarquables non seulement par leur pose, mais encore par leur ressemblance qui est parfaite. Henry parle avec animation, c'est l'orateur; Jefferson, la plume à la main, s'appuie sur un papier posé sur un socle, c'est l'homme d'État; Marshall, lui, a l'aspect digne et imposant, il représente la justice, car il fut un des magistrats les plus éminents du siècle passé. Quant au général Andrew Lewis, revêtu de son costume de pionnier, il rappelle au souvenir les exploits, marqués au coin de l'audace, qu'il accomplit de son vivant.
Sur des niédestaux minuscules, le sculpteur a installé des allégories civiles et militaires également coulées en bronze. On peut dire, sans être taxé d'exagération, que ce monument de la gloire nationale américaine est le plus remarquable de tous ceux que l'on rencontre pendant un voyage aux États-Unis.
Surunautre point du parc, au milieu duquel s'élève le Capitole &e Richmond, on passe devant la statue de marbre blanc de Henry Clay, — de grandeur naturelle, — une œuvre qui dénote un talent réel chez le sculpteur au ciseau duquel elle est due.
Les grands monuments publics de Richmond oflrent par eux-mêmes un assez grand intérêt, Nous citerons l'Hôtel de Ville, la douane, la demeure du gouverneur, le pénitencier, le collège médical, l'arsenal d'Etat, qui tous méritent d'être visités.
Les églises ne manquent point à Richmond; la plus importante est celle qui a été bâtie sur l'emplacement du théâtre brûlé en 1811 : de gouverneur et soixante autres personnes périrent dans cet incendie.
Le bâtiment connu sous le nom de « Old Stone House » —la Vieille Maison de Pierre — est très prisé par les citoyens de Richmond qui se plaisent à vous apprendre qu'il fut le premier édifice public bâti dans l'enceinte de la ville.
L'historien Lossing, qui a écrit un volume intitulé : Field Book of the Revolution — les Champs de bataille de la Révolution, — parle de ce monument en ces termes :
« Lorsque je visitai le « Hall House », j'y trouvai établi mistress Élisabeth Welsh, dont le grand-père Jacob Ege, originaire d'Allemagne, avait construit le logis bien avant l'époque où la maison de Byrd avait été élevée à Richmond. Le propriétaire de cette habitation qui se nommait Samuel Ege, et était le père de mistress Welsh, avait tenu l'emploi de commissaire de l'armée américaine pendant les guerres de l'Indépendance. La dame du logis me raconta qu'elle se rappelait avoir entendu dire à sa mère que Monroë demeurait chez elle et y prenait pension, à l'époque où il vint à Richmond pour prendre part à la Convention de Virginie, en 1788. »
Dans le paysage que l'on aperçoit du sommet de Hollywood, on remarque forcément un clocher blanc qui se dresse au sommet d'une montagne. C’est celui de la vieille paroisse de Saint-John's à Henrico, Il est certain que cette église fut la première de quelque impor-
tance qui fut bâtie dans les Himites colles de notre époque, bien entendu de la ville de Richmond, Elle se trouvait autrefois complètement enfouie au milieu des bois, au-dessus dés magasins à remiser le tabac élevés à cet endroit de la rivière
\ quelle date remonte cette construction? Nous n'en avons pas trouvé la moindre trace dans Phistoire du pays: mais, comnu on peut bre, dans le Cimetière qui entoure, des inscrip
tions qui datent de 1751, et comme il est probable que Fon n'enterrait pas dans ce lieu avant
l'époque où l'on pouvait célébrer les prières du rite en en cvelissant les morts, tout porte à croire que cetemple fur achevé vers 1750. Dans l'origine, Farchitecte n'avait nullement songé à embellir cette chapelle sans prétention, lieu de réunion des fidèles puritains du siècle passé; mais, 11 y a trente ans, la Chapelle fut restaurée ct agrandie, et on la surmonta d'un clocher
Certainement l'église primitive était moins belle extéricurement et intérieurement que ne l'est celle de la Trinité à Newport, à laquelle elle ressemblait par la disposition des
stalles et de l'auvent placé au-dessus de la chaire, mais l'édifice allait s'écrouler et il fallait
HICHMOND 157
recourir à une réédification indispenable
Cest dans cette église de Saint-John que se réunit la seconde Convention de la Virginie, dans laquelle on décida la queston de paix où de pucrre entre les colo
nics et la Couronne d'Angleterre; C'est là
re RES que lon prit la résolution formelle de RAR 0 DR nt DR up) LM s'opposer au « Vieux pouvoir, » — Old Do. 4 82 ; 2: . , , TELE A Î MON, et de résister à la tyrannie de
l'Angleterre. Les délibérations de cette con-
LA OMIVIÈMR JAMES, VU DU FONT DE MAGA vention forment à elles seules un chapitre
des plus intéressants de l'histoire de la Révo-
lution des Etats-Unis, et sont connus de tous les gens instruits du pays. Dans le nombre des
citoyens réunis se trouvait le plus marquant, ceux qui devaient devenir célèbres dans les
annales de lac Liguedu Bien Public » : Peyton Randolph, füchard Bland, George Wythe et
Richard Henry Lee, Le délégué d'Albemarle était ‘Thomas Jefferson, et celui de Fairfax
George Washington; mais le premier instigateur, l'homme dirigeant se nommait Patrick
fenrv: est lui qui fit retentir les échos de la petite église de Suint-John de sa voix mâle
ct éloquente, en s'écriant
« La vie est-elle donc si Chère et la paix si douce qu'on doive acheter Fun et l'autre
au prix de chaines et d'esclavagez Dieu nous préserve de penser ainsi? Quant à moi, si
vous me donniez à choisir, saus me préoccuper de la façon de voir des autres, je dirais: « Donnez-moi la liberté où sinon je demande la mort, »
Depuis longues années, le Cimetière qui entoure l'église de Saint-John ne sert plus aux inhumations et les tombes qui se trouventau milieu de ce champ du repos tombent en ruines, L'herbe et le lierre couvrent la terre et les Cippes placés au-dessus des fosses; la plupart des inscriptions sont effacées. ‘Tout porte à croire que les tamilles de ceux qui gisent en cet endroit n'existent plus à Richmond; sans cela, les petits-fils de ces aïeux du siècle passé ne négligeraient point ainsi leurs sépultures,
ss
Du haut de la colline sur laquelle l'église de Saint-John est bâtie, aussi bien que du sommet de toutes celles qui s'élèvent autour de Richmond, on peut suivre des yeux la rivière James, qui se montre dans ses sinuosités à 5 où 6 milles de distance et égaye le paysage verdoyant, En amont de la ville, on indique au touriste les rapides qui moutonnent sur le lit rocailleux du courant d'eau et alimentent des moulins à farine trés 1mportants,
Lorsqu'on est parvenu de l'autre côté du pont, le James River est bien plus tranquille: on voit, sur ces caux qui coulent lentement, des steamers se rendant d'un port à l'autre pour favoriser le commerce intérieur, À vrai dire, les désirs ambitieux de ceux qui voulaient que Richmond organisât des transactions régulières avec les Grandes Indes n'ont pas été réalisés, mais on se contente de ce que l'on à, lorsqu'on est sage. N'est-ce pas déjà quelque chose que de voir voler sur les eaux ces blanches voiles qui portent la richesse, où du moins le bien-être, d'un État dans un autre ?
Si nous remontons au dela des rapides, nous trouverons un pont couvert qui sert de passage au convoi du Chemin de fer de Richmond à Danville, Dans les caux de la rivière, les pécheurs tendent des filets pour s'emparer des aloses très nombreuses dans ces parages, pendant la saison du printemps,
On comprend que la navigation de la rivière soit très difficile, eu égard aux rapides et aux rochers qui se trouvent dans le cours du James, mais les bateliers nègres sont très adroits et l'on a plaisir à les voir traverser le courant dans des esquifs légers qu'ils dirigent avec la plus grande dextérité, d'une île à l'autre, Un petit bateau à vapeur emporte les visiteurs le long des rivages en aval de la rivière.
Le canal de navigation est relié à la mer par un grand nombre de barrages qui, les uns sur les autres, remontent à go pieds sur les montagnes,
La population nègre, qui fournit des bateliers aux navires Caboteurs, habite le long de ce canal, où elle élève des poulets et autres oiseaux de basse-cour, pour les vendre. Les maisons où résident Ces « peaux noires » ont un aspect sui generis et ne ressemblent en rien à ces cottages badigeonnés de blanc, aux volets peints en vert qu'on aperçoit aux environs. Du reste, il y a la, dans un des coins de ce Canal, une vicille construction démantelée qui fut brûlée par un incendie au mois d'août de l'unnée 1865, laquelle construction à l'aspect d'un vieux Château du moyen âge et donne au paysage une physionomie complétement fantastique.
La récolte et la manufacture du tabac sont très curieuses à observer dans les environs de Richmond et dans la ville. I nous souvient avoir visité la maison de MM. Grand et C", où 250 nègres étaient occupés à la fabrication du tabac à « chiquer », — che tobacco, — une des curiosités de Richmond, Les peaux noires, à cette époque, étaient esclaves et on les nourrissait aux frais de la fabrique, Cette dernière payait aux maitres, à qui elle louait les ouvriers, de 75 à 125 dollars par an. Chaque noir devait préparer une quantité de tabac que l'on nous dit étre de 25 livres par jour, Ce que le travailleur faisait en plus lui était payé à part, et le produit de cette tâche supplémentaire était sa propriété. Des ouvriers adroits pouvaient, de cette façon, gagner de 4 à 5 dollars par semaine, et ils employaient cette somme à se procurer une nourriture plus confortable, et des vêtements meilleurs.
Les machines de cette fabrique de tabac, eu égard aux progrès de la mécanique,
HICHMOND, 459 laissaient beaucoup à désirer elles Consistaient en un grand nombre de presses tout à fait rudinentaires, destinées à mettre le tabac en tablettes et a lui donner la forme marchande; mais tous ces ustensiles primitifs nous semblaient exiger beaucoup de dépense de temps, et de forces, Depuis quelques années, le travail des esclaves ayant cessé, il a fallu recourir à des machines sérieuses, et cles fonctionnent au grand ébahissement de la race nègre, qui comprend enfin ce qu'elle a perdu, car elle n'a plus d'occupation, en admettant qu'elle en cherchàt, ce qui se présente rarement : tous les « affranchis » sont, à peu d'exceptions prés, d'une paresse exceptionnelle,
nous souvient aussi avoir assisté, à Richmond, à une vente d'esclaves à la criée. Dans un des nombreux locaux où ce trafic de chair humaine avait lieu, nous vimes, assis sur une éstrade, un jeune homme, une jeune femme, une femme plus âgée et deux enfants de Cinq à sept ans.
Le Commissaire-priseur, avec un cynisme qui nous répugnait, expliquait à MM, les gentlemen Les « avantases » de la jeune femme, qui ne semblaient pas séduire beaucoup les acheteurs. Néanmoins, comme elle était forte, robuste et paraissait « solide » pour le travail, elle fut » poussée » et « adjugée » sur la somme de 566 dollars — 2,500 francs, — à un planteur, qui l'enimena séance tenante,
Pendant tout ce « marchandage », la malheureuse créature manifestait une certaine émotion, Était-ce le sentiment de l'humiliation qu'elle subissait où l'incertitude sur le sort que lui réservait son nouveau maitre? Nous ne saurions le dire; mais dés que le marteau eut retenti sur le bureau de l'auctionner, l'esclave se releva, rajusta sa cotte et son fichu, ct parut satisfaite.
En somme, Kichmond offre au visiteur des sites tellement beaux qu'on oublie facilement quelque ruine restée ça et la, Comme pour rappeler le grand désastre arrivé pendant « l'année terrible n,
Lorsque la rivière James aura été endiguée et qu'on aura utilisé ses eaux pour alimenter les machines à vapeur des grandes usines projetées, Richmond deviendra la ville la plus manufacturière de toutes celles du sud,
Les environs de ftichmond sont également trés remarquables, I faut aller visiter les sources minérales que lon appelle dans le pays: White sulphur springs, où se rend le monde élégant, non seulement pour y rétabir sa santé, mais encore pour s'y récréer. Le prétexte, C'est la maladie; le but, c'est le plaisir.
Perchée à 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, au milieu de la chaîne des Alleghanies, ces sources d'eaux sulfureuses étaient d'abord à peine fréquentées par des malades obstinés, se cramponnant à la vie et ayant fait acte de courage pour se rendre à cheval, où en carrosse, jusqu'à la fo taine où ils devraient retrouver leurs forces, Mais, de nos jours, les Chemins de fer silonnent le pays, abordent la montagne et « il est permis à tout le monde d'aller à Corinthe ». Le Old White, comme les Virginiens ont nommé ce coin de leur territoire, est en effet la terre bénie des souffreteux : on trouve réunies dans un périmètre d'un demi-mille des sources brülantes, chaudes, respirables, douçeàtres, salées et sulfureuses, rougeâtres et ferrugincuses, etc., etc., où l'on boit à volonté et avec lesquelles on prend des bains, Ce qu'il y a de particulier dans ces liquides bienfaisants, C'est qu'ils sont les uns bouillants, les autres glacés. Cette région des sources est réellement un site bizarre, car tout en admettant le terrain volcanique dans lequel elles