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L'ENTRÉE DE LA GROTTE

les parties nord-ouest du comté d’Augusta à 17 milles au nord de Staunton et à quelques milles vers l'ouest de la chaîne des Montagnes Bleues. La découverte de cette curiosité extraordinaire est due à un chasseur du pays, nommé Bernard Weyer, qui, poursuivant un opossom, voulut, avec l’aide d'un furet, faire sortir l'animal du terrier où il s'était glissé.

Lorsque M. Weyer parvint vers l'ouverture de la grotte, elle était à peine assez large pour qu'il pût s'y introduire, en se glissant à genoux, et en s'aidant des mains. Une fois dedans, il se trouva tout à coup, à sa grande terreur, dans une obscurité complète, Il va sans dire que le chasseur n'attrappa point la bête qu'il cherchait, mais il avait fait une trouvaille bien autrement importante. C'était une merveille.

A peine entre-t-on dans la grotte que l'on éprouve un double frisson: le premier -ccasionné par le froid; le second par une sorte de terreur causée par l'obscurité profonde.

Mais le guide ne laisse pas les visiteurs s'appesantir sur ces bagatelles: grâce à son verbiage, à ses plaisanteries, à sa bonne humeur, il rend l'esprit à celui qui l'a perdu: il

encourage celui qui regrette de s'être aventuré dans ce souterrain, Cet homme, portant une torche, vous montre des stalagmites étranges et l'on croit voir errer le long des murs des fantômes qui ne sont réellement que des pierres blanches.

En avançant ainsi on pénètre dans la « Statuary Hall », — Salle des Statues — offrant une ressemblance assez frappante avec les galeries du Vatican vues par un beau clair de lune, ou plutôt à la lueur des torches. Si on lève les yeux au plafond, on aperçoit un trou circulaire d'environ 15 pieds de diamètre, autour duquel des statuettes sont suspendues comme une frange autour d'une colline. Au-delà de ce trou se dresse une colonnade fantastique que l’on dirait créée par un architecte d'i diable. Vers l'un des côtés de la salle on vous montre un autel surmonté d'un dais, orné de candélabres, tandis que, sur l’autre paroi, on distingue un orgue de cathédrale avec ses tuyaux étagés.

On continue à marcher et le guide vous prie d'admirer la « Cataracte, » ou plutôt ce qui ressemble à une chute d'eau en pétrification, C'est là une des curiosités les plus remarquables de la grotte. Le silence de ce Niagara de pierre ramène jafailliblement le touriste à la pensée de cette chute d’eau tonitruante, qu'il a visitée quelques semaines auparavant.

Au-delà de ce site souterrain on parvient à la « Chambre du Sénat », une tribune, devant laquelle sont placés les sièges et les pupitres des sénateurs... absents.

On pénètre ensuite dans une grotte que l'on a nommée la « Cathédrale », du plafond de laquelle retombe une stalactite ayant l'apparence d'un lustre. Au fond est une chaire sur les côtés de laquelle se projettent des pétrifications ayant la forme de draperies blanches. Du côté opposé, on montre un baldaquin dont les franges sont d'un cristal aussi brillant que le mica, et si l'on examine avec soin ce dôme, on est étonné de le voir entièrement festonné par des stalactites de toutes les formes aiguës, courtes, longues et offrant une teinte aussi belle que celle de la neige. Quelques-unes sont bordées de rouge, d’autres offrent une couleur plus foncée.

Ce qu'il y a de particulier dans cette Grotte de Weyer, c'est que la lumière des torches donne la transparence de verre à toutes ces fantaisies pittoresques. Lorsqu'on les frappe avec un bâton, une simple badine, ces produits de la pétrification rendent des sons qui rappellent ceux d’un orgre et l'écho répète aussitôt cette harmonie.

Dans le voisinage de cette salle, on parvient dans une autre, au centre de laquelle le touriste se trouve en présence d'une colonne de couleur cornaline, veinée et mouchetée de blanc, comme de la pierre suisse, On l'appelle « l'Aiguille de Cléopâtre ». Tout à côté on arrive devant une pyramide constellée de mica qui se perd dans les hauteurs de la voûte : elle porte, naturellement, la qualification de « Pilier d'Antoine », ces deux noms ne pouvant pas être séparés l’un de l'autre.

À partir de cette section de la Grotte de Weyer, on descend un escalier construit par le travail des hommes aboutissant à une partie inférieure du souterrain. Ces marches ont été appelées « l'Échelle de Jacob », On trouve en bas un rocher carré couvert d'incrustations multiples, qui ressemble iort à une nappe: c'est la « Table à thé de Jacob ». A deux pas de là, on fait voir aux visiteurs un abîme sans fond: la « Glacière de Jacob », et lorsque nous disons que ce trou est insondable, c'est qu'en y jetant une pierre, aucun bruit n'est perçu par ceux qui écoutent, Une torche lancée dans ce précipice disparaît au milieu d’un brouillard épais, C'est dans cette section de la Grotte de Weyer, que l'on passe devant le « Geyser », une immense stalagmite dont la forme atfecte celle d'une source bouillon

LA GROTTE DE WEYER,. EUR nante, En avançant encore, on atteint le « Washington's Hall », où plutôt le « Palais des Gnômes, » dont la hauteur est de go pieds et la longueur de 150,

Tout à couples lumières s'éteignent, l'obscurité la plus profonde règne autour de vous: chaque visiteur saisit ce qui se trouve à sa portée, mais c'est une plaisanterie du guide, qui bientôt a rallumé les flambeaux et les torches pour conduire les visiteurs à la « Chambre à coucher delady Washington », au long de l'une des parois de laquelle il leur montre une sorte de « couchette » d'une blancheur d'albâtre, ornée de franges également laiteuses.

Plus loin c'est « le Voile de la Mariée ». Nous dirions plutôt une grande plume d'autruche à bouts prolongés qui retomberait d'un chapeau de femme.

Traversant ensuite quelques passages étroits, franchissant des précipices, gravissant des amas de décombres, pilastres, colonnes, frises, chapiteaux, — on se croirait en présence d'une ruine babylonienne, — on se trouve au pied de « la Montagne diamantée ». Au sommet, on aperçoit une cigogne géante qui semble regarder « une lune » vissée au plafond.

Les visiteurs continuent leur marche et reviennent à l'entrée de cette caverne devant une source dont l’eau glacée leur est plus agréable à boire que le verre du plus délicieux « splendide champagne » de Mercier, ou d'Ay crémant de Moët Chandon.

En retournant du côté de la sortie, on passe devant la « Tour de Babel », ou plutôt la « Tour magique », une immense stalactite de 30 à 40 pieds de hauteur, autour de laquelle une voie praticable semble avoir été creusée en spirales, comme la devise d'un mirliton.

Cette « construction » bizarre est du reste la plus régulière et la plus symétrique de toutes celles que l'on exhibe aux touristes dans la Grotte de Weyer: elle mérite vraiment la qualification qui lui a été donnée.

L'on fait remarquer aux visiteurs deux vastes coquillages, — ou du moins des pétrifications, — qui ressemblent aux coquilles d'une huître géante. C'est à s'y méprendre.

Il y a là également la « Boucherie de Salomon », ainsi nommée parce qu'à la voûte de la salle est suspendue une stalactite affectant la forme d'un gigot.

Voici, à quelques pas plus loin, le « Temple » du mème roi cité par sa sagesse... et le nombre …. de ses femmes, le chef des Mormons de son temps, selon toute probabilité, si l'on en croit l'Ancien Testament. Au milieu de cette vaste enceinte souterraine, on frôle un énorme pilier, blanc comme une colonne de neige, cannelé, tors, ciselé et constellé d'étoiles brillantes.

I y a en outre un lac, que l'on va visiter quand on le demande expressément, mais il faut être très hardi, car, paraît-il, il y a quelque danger à parvenir jusque-là.

Encore cinq ou six pas, quelques marches à gravir et le touriste revoit la lumière du jour ; il prête l'oreille aux bruits de la vallée, et se réjouit d’être hors de ces catacombes curieuses, mais effrayantes.

Cette Grotte de Weyer est une des plus grandes merveille: du nouveau monde, On évalue à 16,000 pieds la longueur, en droite ligne, de tout le parcours : cet endroit mérite vraiment la réputation dont il jouit,

Il est à présumer que la montagne entière est une immense boursouflure et que toutes ces salles communiquent les unes dans les autres. Un jour viendra où quelque hardi pionnier découvrira complètement ce labyrinthe, où l'on se perdrait sans le fil conducteur d'un guide patenté qu'il faut toujours largement récompenser.

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