MARG À SAINT-AUGUSTIN
de 160 milles du Savannah, dans la direction HRRONT RE ALES du sud.
Les Espagnols, en 1565, v'urent fonder une ville en cet endroit, un siècle avant l'arrivée des Pèlerins à Plymouth, Dès son origine, Saint-Augustin fit parler d'elle et devint le théâtre d'événements importants.
Son fondateur, don Pedro Menendez, était un des hommes les plus éminents d'Espagne, un chef renommé de l'armée de Philippe I. Ce roi l'envoya dans la Floride à la tête d'une expédition composée de trente-quatre navires, montés par six cents marins ou soldats. Menendez avait ordre de coloniser le pays et d'étoutler dans l'œuf une association de huguenots qui s'était déjà établie dans la Floride en 1564, à l'embouchure du Saint-John.
L'envoyé du souverain d'Espagne débarqua à Saint-Augustin le 28 août 1565, et, après avoir installé les pionniers qu'il avait amenés, marcha contre les huguenots, qu'il dispersa et qu'il mit à mort, chaque fois que l'un d'eux tombait en son pouvoir, «non point par cette
raison qu'il appartenait à la nation française, mais bien parce qu'il était hérétique et ennemi de Dieu ».
Deux ans après ce massacre cruel, un aventurier français, nommé Dominique de Gourgues, vint attaquer le fort de Saint-John, dont il s'empara, et fit pendre ceux qui s'y trouvaient, « non point à cause de leur nationalité espagnole cette fois, mais parce qu'il étaient tous des traîtres, des voleurs et des assassins ».
Du reste, l'envoyé de la France ne fit aucun eflort pour conserver le territoire conquis, car, dès que sa vengeance eut été accomplie, il mit à la voile et retourna dans son pays.
Menendez était en Espagne, à l'époque où de Gourgues avait opéré son coup de maîn, et quand il fut de retour, l'ennemi n'était plus là pour lui livrer bataille. Il resta encore quelque temps en qualité de gouverneur, et repartit ensuite pour son pays, où son habileté comme marin était si haut prisée, qu'il fut nommé capitaine général de la marine. Quelque temps après cet événement, Menendez mourut à l'âge de cinquante-cinq ans.
La gestion de ce capitaine dans son gouvernement, quoique entachée par des actes de cruauté, ne fut pas moins remarquable par l'énergie et la persévérance qu'il montra, et c'est à lui que revient réellement l'honneur d'avoir installé d'une façon stable la première colonie en Amérique.
Tout d'abord il avait fait preuve d'une grande capacité en choisissant l'emplacement où s'élève Saint-Augustin, car le site était très important, Non seulement la rade offrait un abri excellent pour tous les navires qui apportaient des vivres et des munitions à ses troupes, mais encore, grâce aux abords de la plage, défendue par des bras de mer et des marécages, les ennemis d'Europe et les aborigènes ne pouvaient rien contre la ville.
Nous ajouterons que ces palus étant remplis d'eau salée, les fièvres intermittentes n'occasionnaient pas la mortalité, comme cela arrive dans certaines localités de la côte floridienne,
L'an 1586, le célèbre flibustier anglais Francis Drake, revenant d'une expédition contre les colonies des jies espagnoles, dans le golfe du Mexique, jeta l'ancre devant Saint- Augustin, Les soldats qui devaient protéger le fort et la ville furent tellement épouvantés, qu'ils se sauvèrent, sans avoir même la pensée de se défendre. Ils se retirèrent vers les fortifications élevées le long du Saint-John.
Drake descendit à terre, et, après avoir saccagé la ville, y mitle feu. Nous ajouterons qu'il avait fait porter sur son bord tout le butin qu'il avait ramassé.
Les principaux monuments de la cité, à cette époque, se composaient d'une cour de justice, d'une église et d'un monastère, Dès que le flibustier eut remis à la voile, les Espagnols rentrèrent à Saint-Augustin et se hâtèrent de reconstruire leurs maisons. Mais le travail avançait lentement, si bien qu'en 1647 on comptait à peine trois cents feux, ce qui représentait quinze cents habitants, dans le nombre desquels se trouvaient cinquante moines franciscains.
Vers 1665, un corps de crrtains boucaniers anglais, ayant à leur tête un capitaine nommé John Davis, parut devar.: Saint-Augustin, à bord d'une flottille composée de grandes embarcations, et réussit à la piller. Quoique la garnison fût composée de deux cents hommes, elle ne fit rien pour protéger les habitants.
En 1702, lors de la guerre entre la France et l'Espagne, le gouverneur Moore, de la Caroline du Sud, organisa une expédition contre les gens de Saint-Augustin, qui se compo-
sait de six cents blancs et d'autant de Peaux-Rouges dévoués à leur cause. Il fut décidé que, tandis que l'armée de terre marcherait à travers le pays, la flotte s'avancerait du côté de la mer. Le premier corps avait pour chef un nommé Daniel, ayant rang de colonel, et les troupes de mer marchaient au combat sous les ordres du gouverneur Moore lui-même.
L'armée de terre devança la flotte et opéra, sans son aide, un coup de main sur la ville. Tous les résidents s'étaient réfugiés dans les forts, où ils trouvèrent des provisions de bouche et des munitions en quantité suffisante pour prolonger la défense; mais l'imprévoyant gouverneur Moore, n'ayant pas amené des pièces de campagne dont la portée fût capable d'ouvrir une brèche, dut s'abstenir de canonner Saint-Augustin. Il dépêcha un des siens à la Jamaïque pour se procurer ces canons, et, pendant l'absence de cet agent, deux navires espagnols survinrent dans la rade de Saint-Augustin.
Moore, en homme prudent, crut devoir s'éloigner au plus vite, de peur d'être fait prisonnier par des forces supérieures aux siennes, Mais, avant de partir, il se débarrassa des munitions qu'il ne pouvait emporter et mit, à son tour, le feu à la ville. Cela fait, il se retira par la voie de terre, en abandonnant ses vaisseaux, tant il craignait de tomber au pouvoir de la flotte d'Espagne.
Quelques jours après, le colonel Daniel revenait de la Jamaïque, d'où il rapportait les mortiers et des fusils de rempart. Quel ne fut pas son étonnement, lorsqu'il apprit que Moore s'était éloigné ! 11 fut lui-même à la veille d'être surpris. L'expédition rentra donc dans la Caroline avec la honte d'avoir peu réussi, mais sans avoir perdu un seul homme. Cette chauffourée manquée coûta 6,000 livres anglaises à la Caroline du Sud et donna naissance à la première émission de papier-monnaie qui fut mise en Circulation ‘n Amérique.
Le colonel Palmer, en 1727, entreprit une Campagne contre Saint-Augustin. En homme d'adresse et de grand courage, il se mit à la tête de trois cents hommes de la milice de la Caroline et s'avança contre la ville, mettant tout à feu et à sang sur son passage. Quel que fût le succès de son entreprise, il n'osa pas attaquer la ville elle-même et se contenta de s'emparer du village de Yemassee, situé à 1 mille au nord de la ville.
En 1740, les hostilités entre l'Angleterre et l'Espagne n'ayant pas cessé, un général célèbre à cette époque, qui se nommait Oglethorpe, gouverneur de la Georgie, conçut le projet d'organiser une expédition contre Saint-Augustin. Avec l'assistance des troupes de la Caroline du Sud et de six navires expédiés, à sa requête, par la Grande-Bretagne, il se mit en route et le 1° juin se présenta devant la place, défendue par son gouverneur don Manuel de Monteano, homme d'une énergie et d'une habileté consommées.
Après un siège qui dura six semaines, pendant lequel les Anglais, retranchés dans l'île Anastasie, bombardèrent Saint-Augustin, Oglethorpe comprit qu'il lui serait impossible de s'emparer de la ville. La flotte, dont il s'était fait accompager, avait dû s'éloigner, eu égard au mauvais temps; aussi le général anglais crut-il prudent de reprendre le chemin de sa colonie.
Deux ans après ce coup manqué, don Monteano, ayant reçu des renforts venant de l'île de Cuba, s'éloigna de Saint-Augustin, suivi par trente-six navires, à bord desquels se trouvaient trois mille hommes et s’en alla attaquer les établissements anglais de la Georgie. Les premiers combats livrés par lui furent couronnés de succès. Mais, peu à peu, la chance tourna, eu égard à la ruse et au courage de ses adversaires guidés par Oglethorpe : il se vit donc contraint de repartir au plus vite pour la Floride.
L'année suivante, en 1743, ce même général anglais revint encore dans la colonie espagnole avec une telle rapidité, que les Indiens qu'il avait à sa solde purent s'emparer de quarante soldats de Monteano. Ils les scalpèrent sous les murs du fort Saint-Marc, lequel était le point de défense le plus redoutable de Saint-Augustin.
Enfin la paix se fit : le traité de 1763 amena la cession de la Floride à l'Angleterre, qui donna en échange l’île de Cuba, dont la Grande-Bretagne avait réussi à s'emparer pendant la guerre. Cet arrangement était loin de plaire aux Floridiens, qui, pour la plupart s'éloignèrent, les uns au Mexique, les autres dans les Iles sous le Vent. C'est en vain que l'Angleterre chercha à arrêter cette émigration : il fallut que le gouvernement promit d'immenses avantages à ceux qui voudraient coloniser dans ce pays conquis. On fit publier
à cette époque des brochures, des livres, des