LE HIGH BRIDGE ET SES TOURS
peine.
Voici plus loin Madison Square, entouré d'hôtels et de magasins achalandés: d'un
côté et de l’autre, des résidences particulières habitées par l'aristocratie de New-York.
Enfin nous visiterons Union Square, orné des statues du grand Washington et du président Lincoln. C'est à ce point de la ville que finit Broadway, ou plutôt que cette ruc se sépare en deux parties se dirigeant vers le nord, Là commencent la quatorzième rue et la quatrième avenue, bordées d'habitations princières, de vrais palais où résident les républicains les plus aristocrates qui soient au monde.
Gravissons, à la suite de nos dessinateurs, la tour orientale de la synagogue qui se dresse à l'angle de la quarante-deuxième rue et de la cinquième avenue. C'est la route piétinée par la haute élégance de New-York; elle s'ouvre, comme nous l'avons dit plus haut, à Washington Square et va déboucher — après deux milles et demi de parcours — à l'entrée du Central Park. Des deux côtés de cette rue monumentale s'élèvent des habitations luxueuses où le marbre, le porphyre, les brèches de toutes couleurs enchantent les regards. On peut faire la même remarque au sujet des artères aboutissant à cette rue unique dans son genre.
Pénétrons dans le Central Park, situé à l'endroit où commence la cinquante-neuvième rue et où aboutit la cinquième avenue. Cette promenade grandiose, qui s'avance jusqu'à la centième rue vers le nord, et sur la dixième rue à droite de la ville, constitue Forgueil de la métropole américaine.
I y a vingt ans à peine, ce parc, devenu célèbre, n'était qu'un entassement de rochers où végétaient des arbres rabougris et des herbes desséchées. Toutes les immondices de la ville étaient transportées en cet endroit, et, quand on songea à faire un lieu de plaisance de ce terrain jusque-là déshérité, il fallut se livrer à un travail homérique pour enlever tous les détritus entassés sur le sol. Lorsqu'on fut parvenu à la surface de la terre végétale, l'art dut s'industrier de toute manière afin d'embellir ce séjour destiné à devenir l'Éden de toutes les Éves de la ville impériale, On créa artificiellement des forèts, des bosquets, des pelouses, des grottes, des lacs, des routes, des avenues, des ponts, des kiosques, des ruines même, et l'on parvint à faire de Central Park une des merveilles de la nature inventée par l'homme. M. Alphand, notre illustre Constructeur du bois de Boulogne, n'eût certes pas mieux fait : il est vrai que les architectes-jardiniers de New-York avaient tout simplement copié le bois de Boulogne et son auteur.
Comme dans cette promenade, qui est un des honneurs de Paris, comme à Hyde Park de Londres, le Central Park est sillonné du matin au soir par mille voitures élégantes appartenant aux heureux de la terre new-yorkaise. On trouve dans ce jardin, qui deviendra un bois, une volière très remarquable, une ménagerie contenant des animaux de différentes espèces, et enfin un Muséum d'histoire naturelle. Des embarcations fort éligantes, des gondoles vénitiennes sillonnent les eaux des lacs, et, deux fois par semaine, un orchestre, Composé de musiciens artistes, se fait entendre dans le Kiosque élevé à leur intention. Les enfants n'ont pas été oubliés dans ces plaisirs agrestes : ils ont pour eux des laiteries, des voitures trainées par des chèvres, des promenades à dos de chameau, des balançoires et des chevaux de bois.
Au delà du Central Park, les terrains vagues commencent; mais les rues sont tracées, les avenues percées, et les cavaliers peuvent prolonger leur promenade jusqu'à la rivière de Harlem, dont les rives, élevées au-dessus du courant d'eau, sont couvertes d’une superbe végétation. De distance en distance on a construit des ponts, et c'est au début de
cette limite aquatique de l'ile de Manhattan que s'élève l'aqueduc monumental — un pont du genre moderne — servant à amener à New-York les eaux limpides du Croton. Le High 3ridge est un travail de géants, surmonté par deux tours de Babel qui, heureusement, ont cte terminées jusqu'au paratonnerre.
A l'endroit d2 la rivière de Harlem appelé Spuyten Duyvil Creck, on trouve King's
Bridge, — le pont du Roi — trait d'union entre la rivière de Harlem et le fleuve Hudson. Ce pont historique est célèbre dans lhistoire de l'indépendance américaine par plusieurs événements qui se sont passés dans les environs. C'est un lieu enchanteur, pittoresque et tout à fait sauvage, dont l'horizon est formé par les Palissades, sortes de falaises qui s'élèvent de l'autre côté du fleuve, dans l'État de New-Jersey, le long de la route liquide remontant vers Sing Sing, West Point et Albany.
Redescendons vers Brooklyn, ce faubourg de New-York bâti de l'autre côté de l'East River, sur Long Island; nous trouverons sur notre chemin Hell Gate — la porte de l'Enfer —un récif des plus dangereux, placé presque vis-à-vis de l'endroit où la rivière de Harlem
débouche dans la rivière, et qui a été cause de nombreux naufrages. Il y a deux ans, une