LA PROPAGANDE D EUGENIO GARZON III
J'ai dit le plus hospitalier, c'est trop peu, puisqu'on sait très bien que les Français s'en vont dénicher partout, des célébrités étrangères pour les amener dans la lumière rayonnante et leur offrir le sacre de cette ville, sans lequel toute couronne de gloire reste obscure et suspecte.
Nous voici enfin, grâce à l'effort de M. Garzôn et à la bonne volonté de la direction du Figaro^ favorisés par la meilleure propagande qui ait jamais été faite pour nos pays en Europe. Et il faut le dire bien haut: il ne s'agit pas d'une réclame, nous n'en avons pas besoin, mais d'une propagande sobre, digne, aux beaux chiffres, faite dans ce journal d'une tradidion illustre, miracle quotidien de la presse contemporaine, où l'on lit de simples aperçus aussi finement ouvragés que les pages d'un beau livre, dans ce journal, enfin, rédigé par des penseurs et des artistes. Des hommes tels que M. Gaston Galinette,avec son style concis et puissant et tant de bon goût dans le courage, des hommes comme Loti, Vogiié, Gapus, Vonoven, Beaunier, Ghevassu, Huret, Bourdon, Zamacoïs, Glaser, Ballot, Berr, Lautier, et tant d'autres, font de l'admirable journalisme avec la facilité dont un grand peintre ferait des affiches ravissantes.
Ge n'est pas mépriser le joui'nalisme, oh ! non. J'admire la presse, et surtout la bonne, étant un
IV LA PROPAGANDE d'eUGENIO GARZÔN
auteur; mais j'avoue que je me plaignais autrefois, par fidélité et par élégance, de ce qu'elle enlève à la littérature. Vous le savez très bien, le journalisme fait d'une source naturelle une fontaine publique, la forçant à remplir indéliniment le gobelet municipal et populaire, sans la laisser féconder librement les terres de l'esprit ou former le lac intime oii la nature se regarde. Est-ce un bien? Est-ce un mal? Je n'en sais rien et n'aime pas philosopher sur les choses du présent; car l'homme n'a jamais rien compris de ce qui se passait en son temps, devant ses yeux.
Mais je ne veux pas couper court à cette divagation sans déclarer que la lecture du Figaro est pour moi un des plaisirs les plus grands de ma journée. J'y vois Dame Littérature s'amusant à la tâche journalière. Elle ne quitte pas chez vous, messieurs, sa robe des grands siècles. Les torchons sont en soie.
11 me reste à vous dire que nous reconnaissons tous, les hautes qualités intellectuelles et morales de M. Garzôn, et qu'il aurait été très difficile de trouver parmi nous une personne aussi apte à remplir la tâche que lui-même a conçue. Quoiqu'il ait du talent comme écrivain et comme homme du monde, tout le monde l'aime. A Buenos- Ayres, on l'entourait d'autant de sympathie qu'à Montevideo, sa ville natale.