IV. NOTIONS STATISTIQUES
Snperfloie : 307000 kilom. carrés. — Population : 1004000 habitants ^ans compter les Indiens de Test et da Tersant oriental des Andes, dont le nombre est estimé à 200000). — Haoes : Trois éléments de population : Blancs, descendants plus ou moins purs des Espagnols conquérants et colons; Indiens^ descendants des peuplades indigènes; Métis, issus du mélange des autres races. Cette dernière classe est la plus nombreuse (un demi-million); on la distingue des Cholos, métis de blancs et dlndiens; Mulatos, mulâtres, métis de blancs et de nègres; Zambos, métis de nègres et d'Indiens; le nègre pur et Tlndien sauvage sont peu nombreux; les Indiens se rattachent à deux grandes familles, celle des Quichua, celle des Antisana, — D'après M. Francisco Léon, ministre de Tintérieur et des affaires étrangères de Quito, les étrangers sont au nombre de 8400 environ (230 Européens, surtout Espagnols, 100 Chinois, les autres Américains).
— Dialectes : Les créoles parlent l'espagnol plus ou moins pur; les Indiens ont gardé Tidiome quichua. — Instmotion publique : Université à Quito, et, suivant la statistinue officielle, 37 écoles secondaires, et 805 écoles primaires avec 60000 élèves; institut scientifique à Quito. — On cite l'observatoire astronomique, une école polytechnique, une d'arts et métiers, une de jurisprudence, une de sciences, une de médecine, une académie des beaux-arts, un conservatoire de musique; la plupart de ces établissements n'existent que sur le papier, et la republique est en général peu éclairée. — Justice : Cour suprême à Quito ; cours supérieures à Quito, Guayaquil et Cuença ; cour provmciale dans chaque chef-lieu de province; tribunal de commerce à Guayaquil. — Cultes : la religion catholic[ue est celle de l'Etat; un archevêque à Quito; évêques à Loja, Ibarra, Riobamba, Cuença, Guayaquil, Manabi. —Armée : environ 5000 hommes.
— Marine militaire : 3 petits vapeurs. — Monnaies, poids et mesures :
= 10 fir. ; peso fuerte ou sucré (argent) := 5 fr. ; peso sencillo := 3 fr. 75. — Budget (en 1898) : Recettes, 9093 000 sucrés; Dépenses, 11005000 sucrés. Dette totale en 1898 : 17^33000 sucrés.
2« EXTRAITS ET ANALYSES Qullo.
« Quito, résidence des derniers Incas , est située sur le premier degré de latitude méridionale et sur le 81* degré de longitude occidentale, à 3000 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Assise sur le plateau des Andes, entre le
deux cratères du volcan de Pichincha, cette ville domine les cours d*eau et les grands bassins des deux versants qui descendent dans le Pacifique et dans l'Atlantique. Parmi les hautes collines qui l'entourent, la principale est le PanaciliOy où l'on voit encore les ruines du temple du soleil. En face, et tourné vers le levant, s'élevait celui de la lune, construit précisément à la place qu'occupe aujourd'hui la chapelle de Saint-Jean-l'Évangéliste.
))I1 suffit de songer à cette situation de Quito, accrochée, pour ainsi dire, aux flancs d'une montagne, pour se faire une idée de l'irrégularité de ses rues. L'usage des voitures y est absolument impossible, et Ton se demanderait comment les indigènes ont choisi, pour y fonder leur capitale, un lieu qui semble mieux approprié à la demeure des aigles et des chamois, si l'on ne savait que les premiers quiténiens durent se préoccuper fort peu des obstacles qu'un site semblable apporterait un jour à la circulation et aux transports. Plus d'un avantage compensait cet inconvénient, assez léger d'ailleurs pour d'agiles Indiens : par exemple, la position stratégique qui était d'une si grande importance. Ê est en effet aussi facile de descendre de la ville, à l'aide des cours d'eau navigables, pour envahir d'autres régions qu'il serait difficile aux nations voisines de venir attaquer les habitants sur les hauteurs où ils sont retranchés ; la violence des courants que l'ennemi aurait à surmonter avant d'atteindre la Cordillère orientale suffirait seule à le mettre en déroute.
» Mais aujourd'hui ce sont là des considérations de peu de valeur, et pour les bons Quiténiens qu'aucun ennemi ne menace, il est dur d'avoir toujours à monter et à descendre à pied ; le luxe d'une voiture, je dirai même d'une charrette, leur est tout à fait inconnu, et lorsqu'ils viennent à sortir pour la première fois de leur pays, ils éprouvent à la \Tie d'un de ces véhicules une surprise non moins grande que celle des Péruviens lorsqu'ils entendent gronder le tonnerre.
)) La difficulté des communications entrave le commerce. Quito est une ville triste, sans industrie, et peu avancée en civilisation. Ses rues sont presque désertes dès huit heures du soir; il ne s'y est jamais établi ni théâtres, ni concerts,
et, chose preisque incroyable dans un pays si riche en souvenirs historiques, il n'y existe pas même un musée. On y avait bien réuni, il y a déjà longtemps, quelques médiocres tableaux, mais l'incurie des dernières administrations les a laissés en proie à la moisissure. Quand je visitai Quito, la vue des salles de peinture était le plus triste spectacle qu'il soit possible d'imaginer; un grand nombre de toiles, à demi détachées de leurs cadres, pendaient comme les haillons d'un mendiant; d'autres gisaient à terre, si souillées de poussière qu'on ne pouvait en distinguer le sujet. Un beau matin, l'autorité s'avisa que ce local désert pouvait être employé utilement : elle en fit un pigeonnier.
» Moins favorisée que la plus pauvre bourgade de France, la capitale de la république équatorienne n'a pas de promenades publiques et nulle fête ne vient jamais l'égayer, à moins qu'on n'appelle fêtes les interminables processions auxquelles prennent part presque toutes les femmes de la viUe. Cependant le peuple a si grand besoin de plaisirs bruyants que ces pieuses cérémonies se terminent presque toujours par des danses ; il n'est même pas rare de voir un moine oublier sa robe, ou plutôt la lever jusqu'aux genoux, pour montrer avec quelle grâce et quelle souplesse il exécute les figures de la zamacuéca.
» Quito néanmoins a des attraits naturels qui en rendent le séjour presque digne d'envie, un air pur, un site admirable, une température douce et agréablement rafraîchie par la brise des montagnes, une abondance et une variété de vivres extraordinaires que leur bas prix met à la portée des plus pauvres ; enfin et surtout l'aménité des habitants, leur humeur bienveillante et hospitalière. En somme elle serait peut-être une des villes d'Amérique les plus charmantes, si son sol volcanique et le voisinage du Pichincha ne donnaient à réfléchir. »
Ernest Cuarton, Quito [république de r Equateur),
{Tour du Monde, 1867, 1" semestre, Paris, Hachette.)
▲UÉHIÛtiE DU SUD.
Cnayaqitil,
Le port de Quito est Guayaquil, ville maritime située à 265 kitomètres sud-ouest delà capitale,à laquelle elle est reliée par des routes absolument impraticables dorant la moitié de l'année, La rivière de Guayaquil est formée par la réonioo du Banle et du Babahoyo. La viLI»* est la deuxième de la république par sa population, et laprèmièrepar son commerce.
tt L'arrivée devant Guayaquil, écrit M. Onfiioy de Tboron, m cause une impression qui réjouit Tàme» et Ton ne cesse d'en » admirer le charmant panorama. La ville se déroule sur le » quai, et les maisons qui font face au fleuve ont une Me de 9 colonnades sous lesquelles sont les magasins les plus riches > de la cité. Sur la rive opposée^ les plages soat verdoyantes » de prairies et de bois, et au fond du port^ sur la rive droite, 9 s*éiève une rangéede collines qui ferme laplaineoù Guayaquii » est bâtie. Dans son ensemble, ce port a l'aspect pittoresque et w à demi agreste; mais les navires et la grande quanuté de
* barques, de radeaux et de pirogues qui bor<:ient sur trois » rangées ses quais, lui donnent une pliysionomie commer- » ciale pleine d'animation* Ce port est très fréquenté par les
* navires venant du Havre, de Bordeaux et de plusieurs ports 9 de TEspagne ; ils apportent des effets manufacturés et un m grand nombre d'articles d'Europe, et ils s'en retournent n généralement chargés de cacao. Le cabotage du Pérou y » envoie beaucoup de navires, qui échangent aussi quelques w produits» et emportent des bois de couslroction de première 9 qualité et d'une grande durée; enfin Guayaquil, qui a un 9 arsenal, est un lieu de ravitaillement et de radoub pour les
* navires, et il s'en construit aussi avec des bois très solides m et presque incorruptibles. »
[l'Amérique équatoriaîe, in-S*», iR06.)
ti La ville neuve se compose de quatre oa doq ^aadea rues parailèks tu rivage, et d'uo nombre plus considérable de mes moiiis larçes cou* pant les premières à angles droits et allaat du p^^rX vers Lluténeur. U vieille viDe, adossée à la colline de Santa-Anna et habîlée par Icâ classet
EauvreSt a des rues étroites, sales et puantes. Devant le quai se rassi^ raient des bâtiments de tout tonnage et de toute forme; la [)luoarl sont les imûds, embarcations indigènes, sortes de radeau i de bois ue balia$^ légers comme le Jîêge, surmontés d'une cabane couverte de feuilles de palmier et ée bananier, où grouiHent péle-mèle^ sioges, cocbouà, euranti
414 LECTURES ET ANALYSES DE OÉOOfîAPHIB.
nus, parmi les ananas, les oranges, les bananes. Ce sont les balsas qai. remontant et redescendant sans trêve les rivières, apportent au marché ie Guayaquil les fruits exquis des riches plantations des provinces de Gaayas et los Rios, et Teau potable dont la ville est à peu près dépourvue, h (Dictionnaire de Vivien de Saint-Martinf art. Guayaquil.)
Presque tout le commerce extérieur de la République se concentre dans ce port; et, dans le chiffre des exportations, le cacao figure pour les deux tiers*. M. Wiener, vice-consul de France à Guayaquil, qui a accompli récemment un voyage d'exploration scientifique pour rechercher une voie commerciale conduisant sur les hauts plateaux des Andes, affirme que rétablissement d'une communication entre le versant équatorial et le versant amazonien donnerait à Guayaquil une imnortance égale à celle de la ville de Para, située sur TAtlantique, à 1 embouchure du Maranon, comme Guayaquil Test près du Pacifique et non loin de Tembouchure du Guayas.
lie lleawe Ouayas.
c( Je voyais pour la première fois un cours d'eau de TAmérique équatoriale, un des plus humbles en vérité, dont la trace s'aperçoit à peine sur les cartes. Cependant l'impression éprouvée fut très vive. Je connaissais plusieurs grands fleuves : le Mississipi, pour l'avoir parcouru depuis son delta jusqu'au Missouri, le Saint-Laurent et, dans les contrées intertropicales, le Gange, l'Iraouaddy, le Salouen. Aucun ne pouvait être comparé à ce que j'avais sous les yeux: le flot, les rives, le ciel, la lumière elle-même, rien ne remuait en moi le souvenir d'une chose déjà vue. C'était sur la terre, sur l'eau, dans les parfums épars, la pâleur lactée des nuées courant sur un ciel rose, les frissons, les lointaines rumeurs de cette nature à peine éveillée, je ne sais quoi de magistral, de doux et de menaçant tout à la fois, la manifestation tranquille de la grandeur et de la force.
» Le majestueux Guayas n'est pas long. Son cours n'excède guère une cinquantaine de milles, à compter du point où il reçoit le dernier de ses tributaires. Ses affluents, dont les principaux sont les rios Vinces, Palenque, Daule, Zapotal,
1. Le cacao de l'Equateur, dont la f>aveur est franche, mais forte et d'an arôme un peu trop prononcé, est inférieur au produit du Mexique et du Venezuela (cacaos de Soconuzco et Caraques). II est employé surtout à la pré-
Saration des chocolats à bon marché, comme ceux de la Guyane, du Brésil et es Antilles. Il ne saurait lutter davantage contrôles cacaos de l'Amérique centrale, notamment ceux de Gosta-Rica et de Nicaragua, dont Texcellence est aujourd'hui démontrée, grâce surtout à l'énergique initiative de notre compatriote, M. Ménier, et aux qualités d'ordre, de libéralité et de justice qui ont présidé au développement de la magnifique plantation du Valle-Ménier. (V. Amérique centrale^ p. 389, et le substantiel ouvrage de M. Arthur Mangin.)
Caracol et Yaguachi, n'ont eux-mêmes, comme toutes les rivières qui sous cette latitude descendent au Pacifique, qu'un développement assez restreint. Mais ils amènent de la Cordillère des courants énormes alimentés tant par la fonte des neiges que par les orages quotidiens qui crèvent sur les hauts plateaux. Confondus dans un même lit, ils forment un fleuve aussi large que le Mississipi à la Nouvelle-Orléans, aux rives plates couvertes de jungles et de forêts presque toujours inondées, au point de rendre incertaine la ligne de démarcation entre la terre et les eaux. Toutefois, ce qui le distingue, c'est moins son volume et l'exubérante végétation de ses bords que le nombre et la nature des épaves charriées par ses flots jaunes. On le croirait moucheté d'îles : il semble que Ton s'engage dans un archipel inextricable, et l'on se demande comment le navire parviendra à s'y frayer passage. Mais celui-ci poursuit sa route, sans jamais dévier pour éviter l'obstacle. Nul risque de s'échouer. Tout cela flotte. Le chenal tour à tour s'étrangle et s'élargit ; les îles s'égrènent, s'enchevêtrent et se débrouillent, l'archipel entier tourbillonne au gré du courant. Ce sont là autant de parcelles du continent, débris de hallier, lambeaux de prairie arrachés au passage par la rivière dans sa partie torrentielle : le réseau serré des racines en prévient la dislocation, les soutient comme une corbeille posée sur l'eau, et par milliers, ces esquifs singuliers descendent lentement vers la mer pour aller se perdre au large avec tout ce qu'ils portent : buissons fleuris, herbes et lianes, arbustes encore droits sur leur tige, branches chargées de fruits, nids pleins d'oiseaux. »
(Marcel Monnier, Des Andes au Para, p. 13.)
lies tortues des îles Galapagos.
Situé à 500 ou 600 milles du littoral de l'Equateur, Tarcbipel volcanique des Galapagos est sillonné de montagnes que couronnent de nombreux cratères : sur les coulées de lave basaltique, de misérables arbrisseaux brûlés du soleil ont des feuilles microscopiques qui ne donnent point d'ombre.
« Le Beagle * fait le tour de Tlle Chathain et jette l'ancre
1. Beagle etl le nom du navire à bord daquel, sous le commandement du capitaine Fitz-Koy, rémioent naturaliste Charles Darwin accomplit son voyage scientifique autour du monde.
dans plusieurs baies. Je passe une nuit à terre, dans une partie de Tile où il y a un nombre extraordinaire de petits cônes noirs tronqués, peu élevés; j'en compte soixante, tous surmontés par des cratères plus ou moins parfaits. La surface entière de cette partie de l'île semble avoir été trouée comme une écumoire par les vapeurs souterraines ; çà et là, la lave, malléable encore, s'est boursouflée en bulles immenses; ailleurs, le sommet des cavernes ainsi formées s'est écroulé, et on voit au milieu un puits circulaire avec des côtés perpendiculaires. La forme régulière de ces nombreux cratères donne au pays un aspect tout artificiel, qui me rappelle vivement celui des parties du Staffordshire où il y a beaucoup de hautsfourneaux, n faisait horriblement chaud. J'éprouvais une fatigue incroyable à me traîner sur cette surface rugueuse; mais l'aspect étrange de cette scène cyclopéenne compensait, et au delà, mes fatigues. Pendant ma promenade je rencontrai deux immenses tortues, chacune d'elles devait peser au moins 200 livres; l'une mangeait un morceau de cactus; quandje m'approchai d'elle, elle me regarda avec attention, puis s'éloigna lentement ; l'autre poussa un coup de sifflet formidable et retira sa tête sous sa carapace. Ces énormes reptiles, entourés par des laves noires, par des arbrisseaux sans feuilles, et par d'immenses cactus, me semblaient de véritables animaux antédiluviens. Les quelques oiseaux aux couleurs sombres que je rencontrai çà et là n'avaient pas plus l'air de s'occuper de moi que des grandes tortues.
)) Le Beagle se rend à l'île Charles. Depuis longtemps cet archipel est fréquenté ; il l'a été d'abord par les boucaniers et plus récemment par les baleiniers ; mais il n'y a guère que six ans qu'il s'y est établi une petite colonie. D y a 2 ou 300 habitants * ; ce sont presque tous des hommes de couleur, bannis pour crimes politiques de la république de
1. « L'essai de colonisation tenté par l'Ecuador en 1832, à la suite de la prise de possession de l'archipel, ne donna point de résultat : les 300 ou 400 hommes, établis par le général Villamil (de la Louisiane) dans l'ile Charles se dispersèrent bientôt. Une seconde tentative, en vue de transformer l'archipel en colonie pénitentiaire et lieu de détention politique, n'a pas eu plus de succès. > {Dictionnaire de Vivien de Saint-Martin^
rEquateur. La colonie est située à environ 4 milles et demi dans l'intérieur des terres, et à une altitude de 1000 pieds. La première partie de la route qui y conduit traverse des buissons d'arbrisseaux sans feuilles, semblables à ceux que nous avions vus à l'île Chatbam. Un peu plus haut, les bois deviennent plus verts, et dès qu'on a traversé le sommet de l'île, on se trouve rafraîchi par une belle brise du sud, et
les yeux se reposent sur une belle végétation verte Les
maisons sont bâties irrégulièrement sur un terrain plat, où l'on cultive la patate et les bananes. Bien que les habitants se plaignent incessamment de leur pauvreté, ils se procurent sans grande peine tous les aliments qui leur sont nécessaires. On trouve dans les bois des quantités innombrables de cochons et de chèvres sauvages ; mais les tortues leur fournissent leur principal aliment. Le nombre de ces animaux a considérablement diminué dans cette île; cependant on compte que deux jours de chasse doivent procurer des aliments pour le reste de la semaine.
» On trouve, je crois, des tortues dans toules les
îles de l'archipel, mais très certainement dans le plus grand nombre. Elles semblent préférer les parties élevées et humides, mais on les trouve aussi dans les parties basses et arides. Le nombre de tortues capturées en un seul jour prouve combien elles sont nombreuses. Quelques-unes atteignent une taille considérable; M. Lawson, vice-gouverneur delà colonie, m'a dit avoir vu des tortues si grosses, qu'il fallait six ou huit hommes pour les soulever de terre, et que quelques-unes fournissent jusqu'à 200 livres de viande. Les vieux mâles sont les plus gros, les femelles atteignent rarement une taille aussi extraordmaire ; on distingue facilement le mâle de la femelle, en ce qu'il a la queue plus longue.
» La tortue aime beaucoup l'eau, elle en boit des
quantités considérables, et elle se vautre dans la boue. Les îles un peu grandes de ce groupe possèdent seules des sources, qui sont toujours situées dans la partie centrale et à une altitude considérable. Les tortues qui habitent les régions basses sont donc obligées, quand dles ont soif, de
4t8 LECTURES BT ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
faire de longs trajets. A force de passer par le même chemin, elles ont tracé de véritables routes qui rayonnent dans toutes les directions depuis les sources jusqu'à la côte; c'est en suivant ces sentiers que les Espagnols ont pu découvrir les sources. Quand je débarquai à Tue Chatham, je me demandais avec étonnement quel était l'animal qui suivait si méthodiquement les sentiers tracés dans la direction la plus courte. Il est fort curieux de voir auprès des sources une grande quantité de ces immenses créatures, les unes se dirigeant rapidement vers Teau, le cou tendu, les autres s'en allant tranquillement, leur soif étancbée. Quand la tortue arrive à la source, elle s'inquiète peu qu'on la regarde ou non, elle plonge la tète dans l'eau et avale rapidement d'immenses gorgées, environ dix par mmute. Les habitants affirment que chaque tortue reste trois ou quatre jours dans le voisinage de l'eau, puis qu'elle retourne dans les parties basses du pays; mais il est fort difficile de savoir si elle
renouvelle fréquemment ses visites Il est certain que
les tortues peuvent vivre même dans les îles où il n'y a pas d'autre eau que celle qui tombe pendant les quelques jours pluvieux de l'année.
» Les habitants croient que ces animaux sont absolument sourds; il est évident qu'ils n'entendent pas une personne qui marche immédiatement derrière eux. Rien d'amusant comme de dépasser un de ces gros monstres qui chemine tranquillement; dès qu'il vous aperçoit, il siffle avec force, retire ses jambes et sa tête sous sa carapace, et se laisse tomber lourdement sur le sol comme s'il était frappé à mort. Je montais souvent sur leur dos : si l'on frappe alors sur la partie postérieure de leur écaille, la tortue se relève et s'éloigne ; mais il est très difficile de se tenir debout sur elle pendant qu'elle marche. On consomme des quantités considérables de la chair de cet animal et comme viande fraîche et comme viande salée ; les parties grasses fournissent une huile admirablement limpide. Quand on attrape une tortue, on commence ordinairement par faire une ouverture dans la peau, auprès de la queue, pour voir si le gras, sous la carapace, remplit tout l'espace vide. Si la
AMÉlîlOUE DU SUD, 419
lorlue n'est pas assez grasse, on la laisne aller, et ou dit qa'eile ne se porte pas plus mal après celle étrange opération, » Charles Darwin %
Voyage d'un naluraiisie autour du monde, trad. de M. Ed. Barbier*
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