‹ L'AmériqueChapitre 81 sur 113 · IV. NOTIONS STATISTIQUES · texte numérisé non relu

IV. NOTIONS STATISTIQUES

Population. — En 1776, 1900 000 hab.; en 18 '0. 5 millions; en 1893, 15100 000 bab. — Superficie. 8 337218 kilom. car. (1,07 bab. par kiloin.car.]. — Raoes. caucasienne (3 787 000), in<lieiine (1 million), nègre (1955 00U), métis (3''00 000), Américains (387 000). - Immigration en 18y6, 158000 indivi.lns, dont 96000 Italiens, 24000 Portugais, 1070 Altemands, 11300 Autrichiens, etc. — Dialectes, portugais et français, sans compter les jargons indiens. — Instruction publique. 8000 écoles publiques et privées, 292 collèges d'enseignement public secondaire, 226 d*en-

1. M. l'abbe Durand, dans le récit d'une Excursion à la êerra de Caraça (Minas Guraes) énnnière les incomparables richesses de ta laiine et de la flore brésiliennes: W-s pantliôreset lescouguars, qui habitent l<sri|)Nires inaccessibles des forêts, les re|itilKs de toute grosseur, les oiseaux ifi^^antesques comme l'aigle gaviaô «tt le VHutdurf/ruôu, délicats et éclatants ciiiniiie le colibri, appelé du nom poétique de b fi jn- flore, baise-fleur, les fougères arborescentes qui tapissent le fond des précipices et des ravins, les palmw-rt* ^énnls, citrooniers, orangers, paliHr«Hiidres. et les fleurs innombrables aux couleurs brillantes et diaprées de pourpre ei d'or, a Le roi de ces végétaux ent le quateléon setpucàta. » Il atteint les plus grandes dimensions et semble pruié/er par son feuillage

• ro»é les auire!« artiret» contre les rayons brûlants du «oinil. Son calice charnu,

• monosépale. couleur rhamois, a tout à fait la forme d'un vrai calice; à l'époque

• de la ûoraisou, sou couvercle, retenu par deux tthre^ a longés^ saute en

• faisant retentir une petite détonation; une quantité d'etainmcs frisées te dé- > roule en Inrmani autour du calice une couronne rose; du centre s'élève une

• longue Aigreite d etr«niines nombreuses, semblables a dec fllt» d'argent ■oudét » à des fila d'or. • (Bulletin de la Société de géographie, lévrier 1869.)

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seignement privé avec 220 000 élèves; 2 écoles de médeciiie, à Rio-de- Janeiro el Bahia; 4 écoles de droit et 4 tnililaires; ecule polvlechnique,

école navale, inàti lui c raercial| afadémîe des beîtux-arls, conâervaloire

de musique €l ob-^eivabire ù Bio-de-JaTieiro; école ûei mines à Ouro- Prelo; H fflniltés de Ihenlosie; tm inslitut historique et geogra|ihique (budget de riiir^hnclifiD publique, ISBBfîOOO). — Jastioe. 1 Iribmial supérieur à Uio-d.;-Janeiru. il cours d'appeï, 4 tribunaux de commerre. — Cttlles. La relÈi-'iipu caibulique romaine est la religion île TElat ; les aulres cultes s<mt tidéié^i. - ârtnée permaneate^ service obli^ïaluire avec faculté de rempli] Ci^raenl;:i ans, daas farinée aclive, 3 ans dans la réserve; 30 000 hommes en lemps de paii, 45000 en temps de guerre (butlKet de la guerre, :i7 180 000 Tr.)- — Marine de gB«rrc, 52 navires à vapeur, 3 à voiles, avec 354 Crin-ns, 9000 marins. — Mû» naît; s. Le réui, au pluriel rds, n*a qu'une eiislencc ficlive; la monnaie réelle comoience à la pièce de 10 rcjs et de 20 reîs. En or» SU 000 rtis^tiù fr. 511; IJOOO rei» == 14 fr. 15 ; 1 000 >eiA = 2 fr. 30 ; 500 rm — 1 fr. 25. Le rmdù tk reh vaut 1 Bûdlion d»j reîs =^ 1 CflO milreis = 2500 fr. — Poids et mesure» : système mélri que rendu nbhfîaloire en 1872. — ludgt i des rec^Hes, 344 millions de milreis; tféi>t'meSf 324 millions de milreis; âtUe, de 734 millions de milreis (en 1S95),

Eie Qeuve des Amaseotiefii,

« Le fleove des Amazones fûniiej avec le long soulèvement de la chnine des Andes, le grand trait géographique du continenl colomLien, Celte mer d'eaa douce en mouve* ment, qui prend sa soiiree à une petile distance du Pacifique, et s'onit aux eaux de l'A tkn tique par un estuaire mesurant 301* kilomèires de promontoire à promontoire, sert de ligne de partage entre les deux moitiés de TAraérique du Sud, et, comme un éqnaleur visible, sépare l'iiémisplière du nord de celui du midi sur une longueur de 5000 kilomètres environ ^ Tout est colossal dans cette artère centrale de T Amérique, qui rend à l'Océan Timniense quantité de pluie et de neige reçue par un Liassin de 7 millions de kilomètres carrés, comprenant k la fois les lia nos de la Colombie, les solitudes inconnues de la tirande-Forôt

1. Ed çQtiifjtJiiit t(jus les méftodre* du Oeuve, k lonpueur da cours est de 3 3î3 kilomèirua sur la «cul tr^rriLoire bréailieD, de Ia mie du Para ou BeJeiQ à ti ville da IsibaUD^-a, t^iUiée [ttèn du la froatière du Pènm -, la JargeurronyâDOti 8 à 9 miite», de im niiika à J'embouoLiure. Il y & &G0 Usa depuis Tab«tiog* ÎTisqu^â la mûr.

OU MaitO'GrossOy elles sommets des Andes, du 20* degré de lat. S. au 3* de lat. N. Ce fleuve, auquel on a donné dans les diverses parties du territoire qu'il arrose les trois noms de Maranon, Solimoens, Amazones, comme s'il se composait de trois fleuves distincts et mis bout à bout, peut offrir à la vapeur avec ses affluents, ses furos ou fausses rivières, ses igarapés ou bras latéraux, plus de 50000 kilomètres de navigation. Il est si profond, que les sondes de 50, de 80 et même de 100 mètres, ne peuvent pas toujours en mesurer les gouffres, et que les frégates peuvent le remonter sur plus de 1 000 lieues de dislance ; il est si large, qu'en certains endroits on n'en distingue pas les deux bords, et qu'à l'embouchure du Madeira ^ , du Tapajoz, du Rio Negro et d'autres grands affluents, on voit l'horizon reposer au loin sur les eaux comme si l'on se trouvait en pleine mer. Il reçoit par dizaines des fleuves qui n'ont pas leurs égaux en Europe, et dont plusieurs, encore inexplorés, appartiennent au domaine de la fable * . Comme la mer, il est habité par les dauphins; comme elle, il a ses tourmentes, et lors des grandes marées, les trois vagues successives de son pororoca ^ se dressent à plusieurs mètres de hauteur; ses deux

1. D'après l'abbé Durand, le Madeira est le plus considérable des affluents de l'Amazone. Son nom (rivière des bois) lui vient de l'immense quantité de cèdres et autres conilere» arrachés aux flancs des montagnes par ses torrents et charriés par ses eaux. Il reçoit plus de quatre-vingt-dix tributaires et verse dans l'Amazone 6 870 mètres cubes d'eau par seconde. Son bassin total mesare 244 420 kilomètres de superûcie. Le Madeira est la grande voie de cqmmerce de la province de Matto-Grosso. Jadis les péniches portugaises employées au service du fleuve mettaient un an à faire le voyage d'aller et de retour. Aujourd'hui les bateaux à vapeur abrègent la durée du parcours ; mais les marchandises mettent encore quatre mois à franchir les 390 kilomètres de chutes, de cascades, de rapides et de tourbillons qui interceptent la navigation en amont de San-Antonio. Le projet d'un chemin de fer du Haut-Madeira est encore à l'étude.

2. Dans son dernier voyage de Guayaquil au Para, accompli de mars 1880 à septembre 1881, à travers les Cordillères des Andes et l'immense bassin amaronien, M. Ch. Wiener, vice- consul de France à Guayaquil, a exploré dix affluents du Napo et de l'Amazone supérieur, inconnus ou à peine entrevus jusque-là. Parmi eux sont le Tigré parcouru par l'explorateur pendant 1 066 kilomètres, et le faute. Il a donné des noms à d'autres non mentionnés sur les cartes et les Indiens reconnaissent aujourd'hui un Rio Creuaux, un Bio Marchey un Rio Brazza. (V. sur le Fleuve des Amazones, un art. de M. Rafaël Reyesi Bulletin dp la Société de géographie, 1876, t. II).

3. C'est l'appellation qu'où a donnée, à cause du grondement des eaux, au redoutable courant de marée qui se produit à l'entrée du fleuve. Ce phénomène qui se produit aussi dans l'Hougly, la Stine, la Gironde, l'Elbe et le Weser, où il

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bords servent aussi de limites h deux faunes distmctes, et mi^me de oombreuses espèces d'oiseaux n'osent franctiir sa large nappe d'enu pour se rendre d'une rive à Tautre. Certes, le Mississipi est un fleuve puissant, mais ce père des eaux dewait s'unir k huit ou dix autres aussi considérables que lui pour oser se mesiu-er avec FAmazone*. Quand on navigue dans TesLuaire de l'emboucliure sur les eaux grises roulant rapidement vers FAllantique, on se surprend à demander si la mer elle-même ne doit pas son existence à ce fleuve qui lui apporte incessamment l'immense tribut de ses flots.

j> L'Amazone n'est pas seulement le plus grand cours d^eau de notre ^lobe, il est également celui qui arrose les contrées les pbis fertiles et les pkis riches en produits de toute espèce. L'interminable foret qui en couvre les bords n'offre pfis de clainère; des deux cfités du fleuve, elle dresse en palissade ses troncs presses comme des épis et droits comme des colonnes, engloutis par la base dans une éternelle obscurité, tandis que le feuillage épanoui des cimes s*étale avidement à la lumière. Des bateaux qui voguent au milieu du courant on ne peut distinguer aucune forme précise dans ce rempart de végétation; pour se faire une idée de Timmense variélé des arbres et des arbustes que gonfle la sève intarissable de la nature tropicale, il faut pénétrer dans un de ces canaux tortueux qui circulent entre les Ilots des mille archipels sernés sur l'Amazone. Penchés an-dessus de la rive, se succèdent les arbres les plus divers, dressant leurs panaches, déployant letu's éventails, développant leurs ombelles de feuQIes, balançant au-dessus des

eit connu BOU9 la nom d& harre on éc^ma^earett n'^at nulte part corn put rnb le aa tiororu* a dt^ l'Amazona, qui M druMse «n trok vAt^ues haulpis da it k 1j mètre«, DriBAnt et cn^iloiilà^KiaDl lett cmharL'fîlionu surprt»efl par |6 Ûut.

1. FcndAnl les riu«-'at le Minei^aipi débile JUOOU mètrea cubes d'eau pcir seconde. An <i«lro)t d'Ohidoi, qtii eat la partie U pUiH ôlranglêe d« st-to tit, le flonvo àf'i Ameizonet avait, h répoque de la crue, uno largeur de 1 3:1:0 mèlrea, I1110 pi-ofotuleur rooyenno de 7G roèlrc», et coninit avec uds vi^iitciié de 7 400 nH>lpMs pnr heure, i] débitait doDCï43S75 mètre» ciiVbet par teconde, c'està-dire Irub lin lie iînMX ceut dnquante blii plua c^ue la Stiine à t'étiagn, et cepcudaiil à OlMdM« il n'a p&« encore n^u le TAp^jûZ, la Xitigu. nt ne B'esl pAS uni 4 l én*>ruie fleuve dei Tocanliiitt, qui roule re^rLAÎuâinonl nuInLit d'eau que l<e phra des douves dû l'Acaériqua tepleDlrionale. {NoLej du l'auteur.) f

flots leurs guirlandes de lianes fleuries. Et que de plantes utiles dans cet immense fouillis de verdure, où Ton compte jusqu'à mille espèces appartenant à la famille des papilionacées I Ce sont d'abord vingt-trois sortes de palmiers, toutes bienfaisantes par la sève, Técorce ou les fridts; puis viennent le cacaoyer, le caféier, le cotonnier, Toranger, l'arbre à pain, le manguier, le bois du Brésil, qui a donné son nom à l'empire, le rocou, le cèdre, le jacarande, le seringa, la salsepareille. A côté de ces plantes connues de tous, il en croît d'autres par centaines qui ne sont pas moins utiles pour l'alimentation ou la guérison de l'homme, la construction des navires, la confection des meubles précieux et les innombrables besoins de l'industrie. »

Et pourtant ces régions fertiles sont inoccupées ; ce magnifique bassin fluvial est le plus désert de l'Amérique I II faut en chercher les raisons dans le climat trop souvent mortel à l'Européen, dans la présence des bfttes sauvages, des reptiles et des moustiques de mille sortes qui en rendent le séjour intolérable, enfin et surtout dans l'exubérance même de cette richesse et les violentes manifestations de h nature tropicale.

« .... Terrible par son courant de 4 à 8 kilomètres par heure, le fleuve brésilien ne l'est pas moins par l'intensité de ses crues périodiques. Régulier dans ses allures comme le Nil, il commence à croître vers le mois de février, alors que le soleil, dans sa marche vers le nord, fond les neiges des Andes péruviennes, et ramène au-dessus du bassin de l'Amazone la zone de nuages et de pluies qui l'accompagne. Sous l'action combinée de la fonte des neiges et des pluies torrentielles, la crue s'élève g aduellement jusqu'à 12 mètres au-dessus de l'étiage; les îles basses disparaissent, le rivage est inondé, les lagunes éparses s'unissent au fleuve et forment de véritables mers intérieures ; les animaux cherchent un refuge au haut des arbres, et les Indiens qui habitent la rive campent sur des radeaux. Vers le 8 juillet, lorsque le fleuve commence à baisser, les riverains ont à lutter contre d. nouveaux dangers ; i'eau, rentrant dans son lit, mine en dessous ses bords longtemps détrempés, les ronge lente-

i masses de terre de plusieurs centaines ou de plusieurs milliers de mètres cubes s^^^croïileiii dans les flots^ entrcaînaut avec elles les arbres et les animaux

qu'elles portaient Les îles mêmes sont exposées à une

deslrucliofi soudaine; qimnd les rangées de troiîcs échoués qui leur servaient de brise-lames viennent à cMer sous la violence do courant, il surfit de quelques heures ou même de quelques minutes pmir qu'elles disparaissent, rongées par le flot; on les voit fondre à vue d'œil, et les Indiens qui s'y étaient installés paisiblement pour recueillir les œufs de tortue ou séctier le produit de leur pêche, sont obligés de s'enfuir précipitamment dans leurs canots pour échapper k la mort. C'est alors que passent au fll du courant ces longs radeaux de troncs entrelacés qni se nouent, se dénouent, s'accumulent autour des promontoireSj s'entassent eu plusieurs étages le long des rives. Autour de ces immenses processions d'arbres qui roulent et plonc^ent lourdement sous le poids du courant, comme des monstres marins, ou comme de» carènes renversées, flottent de vastes étendues d'herbes qui fout ressembler certaines parties de la surface de l*eau à d'immenses prairies.

n Il n'est pas jusqu*à la fécondité même des rives

qui ne soit redoutable. Les terres d'alluvion qui bordent le fleuve ont une force de production telleuienl exub<Tante, qu'eOes mettent un obstacle à toute colonisation. Trop fécond, le sol qui se couvre spontanément d'une si riche végétation ne se l)orne pas à nourrir les germes qu'on lui confie, il développe aussi des plantes sauvantes en abondance, et les pousses tiarbres et de lianes obligent à une lutte de tous les instants l'agriculteur qui veut sauver le fruit de son premier travaO. On ose à peine s'aventurer dans cette nature, où les sentiei^ rarement pratiqués se changent en forêts, oh les arbres pressés les uns contre les autres for* ment une muraille qu'il faut saper comme celle d'une forteresse, où des fruits semblables k des boulets de canon se détachent avec fracas, et s'enfoncent dans le sol à plusieurs ceiitimètres de profondeur. Ainsi Factivité prodigieuse, la grandeur des phénomènes naturels qui se manil estent dans

le bassin de l'Amazone, tendent à restreindre considérablement le domaine de la civilisation... Pour le colon, le fleure est trop large et trop rapide, les terres sont trop fertiles, les pluies trop abondantes, les chaleurs trop intenses ; il préfère de beaucoup un climat plus sobre, un terrain moins fécond, une nature moins riche et s'abaissant à sa fai-

blesse*... »

Elisée Reclus, Le bassin des Amazones.

{Revue des Deux- Mondes, 15 juin 1862.)

Baie de Rio-de-Janeiro.

lie Brésilien.

(c Le voyageur se rendant d'Europe au Brésil éprouve à son arrivée, s'il ne gagne directement la capitale, une série

1. La navigation fluviale a été ouverte en 1866 à tous les pavillons. L'Etat subventionne de nombreuses lignes de bateaux à vapeur, et y dépense 9 à 10 millions par an. Mais c'est par la construction des routes et des voies de fer que les infrénieurs tourneront les rapides et les chutes des cours d'eau brésiliens, et épargneront aux trafiquants et aux colons les dépenses ruineuses occasionnées |)ar le transbordement des marchandi^^es.

Sur le bas Amazone, dit M. Wiener, l'Anglais est le maître. Ses lignes entre Liverpool, le Para et Manaos, ses lignes fluviales, établies sous pavillon brésilien, pour ne pas froisser les susceptibilités nationales, mettent entre ses mains les moyens de locomotion.

d'impressions semblables à celles des voyageurs dîins le Le%^anl. Tant qu'il n'a pas quitté le hord, radmiraliou pour lamaj^ifîcencc du paysage tropical qui se déroule sous ses yeux domine toutes les autres sensa tious. Aussitôt qu'il met à pied à terre, ses dispositions à Feulhousiasme se modifienl. Pour s^itisfaire chacune des exigences de la vie, uoe lutte commence. S'empresse-t-il de réclamer ses bagages à la douane, des employés, parfaitement polis, le remettent au jour suivant, et, le jour suivant, ouwent chaque colis, eu fouillent le coniemi, retournent chaque objet, et lui font avec insouciîince perdre son temps, sa patience et sa belle humeur. Cherche- t-il un hôtel, il trouve une anlierge mal tenue. Veut-il manger, la viande est avancée. Veut-il dormir, les lits ofTrenl des draps douteux. Un compatriote compatissant lui oiîre-t-il Thospitalité, on lui fait remarquer que, dans la maison, les meubles viennent de Londres ou de ^^ew-York, la vaisselle de Paris, le vin de Cordeaux, la farine de Trieste, les pommes de terre d'Irlande, le fromage de Hollande, llien ou presque rien n'est foiu^ni par ragriculture ou l'industrie locales, et pomiant toute denrée pourrait Ûtre produite sm' place, toute plante pousse presque sans culture dans ces contrées favorisées, mais il faudrait semer et récoHer, et pour ces travaux, les étrangers ne sont ni assez nombreux, ni assez acclimatés, et les indigènes sont trop indifférents.

» Tout aussi bien que le Portugais, son ancêtre, le Brésilien, tient de l'Oriental. Le C'mt écrit I du second correspond au i^tmencfa! du premier. Chez Tun comme chez l'autre, la résignation est la même à subir ce qu*un peu de prévoyance pourrait éviter. Chez Ton etTautre, les besoins sont presque nuls et rorgueil excessif. Pour subsistance, un peu de poisson ou de viande séchée, des bananes, de Teau pure; comme friandise, des pois noirs, du manioc et de laguardiente; une cabane sans propreté pour gîte; la poche de temps en temps, la discussion poh tique, un coup de couteau par-ci par-là, et le far mente ^ telle est la vie de l'homme dit commun* Si Ton songe qu*avec un caractère pareil chez les créoles, le Brésil compte un habitant par

Jfî DU SU&.

80 heclaros, et dans certaines provinces à peine un habitant par 2000 el même 3000 bectares, on s'explique facilement que le sol soit encore presque paHoot en Té ta t où Dieu Ta formé, et que la majeure partie du territoire n*ait pas encore été explorée.

V Les grandes villes offrent un contraste frappant avec le reste du pays ; des lignes de tramways * sillonnent leurs rues ; des files de becs de gaz s'allongent jusque dans Im campagnes ; des gares de cbemins de fer, des édifices publics, une multitude d'églises se dressent de tous côtés. Rio-de-Janeiro % e*ipitale de l'empire, peut soutenir la comparaison avec be^LUCoup de villes d'Europe» Curieuse anomalie : partout oh 1* action du gouvernemeot central se fait

K L'ilo dea Serp^pta pa des Chèvres tûaa Cobras) fait parllû dû l'arclilpâ) da k Taslo hiiiti do Rio-de-ianeiro, à iBonelle les anciepa Taniayos avAitint dopnè Le noifl caracléciatique <ltà NieUieroy (Eau eachég). Lorsque Je chevalier du Villagagapa y dèbnrqua au SËisième tîècle avefi leu qoIods (iroUstapts qui y coostmi* flireat l& fortColigny^ rila èlait cotiverte d'piae magniflique végétation h i'ùmbm de laquelle a'ètaiecil multipliés das reptiles de toute eâpèûe. C'eal ta qu't;o ITlt Dug^uay-Trouîin élablii Ip-9 bvttterfeaè l'aide duaquellefl il bumbarda Ria-dei'Jauetro, L^iie daa Serpenla, aujourd'hui peuplée de 400 Itabilupta, cat défQpdaQ par une forteresse armée de 100 cunacLi, et muniie d'une garnison.

3!. t. Le liréâil est vraiment la pairie dea tramu'aya^ op les rencoatra parLout, » Ite maroli«tUavâc nao régularité parfaite;, et l'on ne peut que a'i ne Eiuor devant

• la façop dont eât comprise l'adminiatraiion. Rio d^abord, puis Buepoa-Ayres et A New-Yurk sunt i&<i tiuis rilles du monde où t^oo en. voit le plu«. Ces vmtnrea

■ sont attôlèea da [ortes maies que aègresct miilâitres mauCBUTrtJDt avec une re-

■ marquahlQ ndrease, CoqueltemenL ioala liées fit uoDstruites^ ouverte», fermée*,

> pour Fumeurâi pour nop fumeuraf ee flpivao.t aaps iatervalle apiprétciable^ elles

• roulent sur dophlij voie partoul et eouvoiil toulo la muit* Elles devaient obteuir

> UQ immensti iiiccès dans une ville où ta cbaleur et le pavé rendent la mn.rij;he

■ pénible, et fyù l'habiliiQtT naturdlemuntmou, a horreur de la moindre Fatigue.

■ Aofai eeâ omaibiis iM)ol-iJi remplis d'échantillouâ de toutes lea cLassfis de la aot ciiété : oa y caudai^ des né^j^resses opinme den ambassadeurs. Mais que les ^eni . économes et rangea ne a^avieuni pae d'y itionter si la distance n'en vaut j,'nère

> la peine, car le système adopté est le prix uniforme^ quoique piluime, «ur tout

■ le parcours^ lequel embrasse parfois jn^q u'& buit etdj?c kiloniètres. Ce système

■ est-il le meilleur? ie Tigaare; mais Ces eut repreneurs des tr&mways de Rio

• font de brlUaules atfarres i ainsi, les nctiop^ primLtîvea de la principale aecttua,

• émises àoGU francs, en valept jsujourd'bui ±500 et duoment un intérêt moyea » de I6â •/, à leurs hfîurenx. mais rare» détenteurs. > {E. oe Rooiako, Diîa huit moisdtîHâ l'Ami^rique du Sud,)

a.LWiKiuedu nom dts Rio dn-Janeiroremcmte. dit-ou,au3t prcrniera Portu^li uoe le bsaard coadufsit, en 1559. dans la magnifique bnie dont la capitsie de r empire occupe le fond. Les naTigalenra crurent qu'ils étaient à l'em bouc bure d'an grand Deuve (rie], et nomme on était a,u moin de janvier U'ineirtj), ils rioanérent à la ville qu'ils fondèrent le nom de Riu-de-Janeiro. Celte appeltatinn erronée et bizarre s'est maintenue; bien plus, le» habitants actuels de fUo doonenl k tr>ut ce qui • at dans Rio le qŒaliùcatif de f'minenxe fluvial |. Les citadins de Rio «ont d<is /luminensB» : il y a In Casino fiuir,ùtffn$e^ de» oompaicoies et dea eociélés /fum/K^^ni^^s; des entreprises, des banquets, des cosiumet ^uvnmffmrs^ vir, ; maie le fleuve est une flction.

sentiF, la vie, le mouvemetit, le progrès se révèlent ; sup tout ce qiti échappe à cette action, Finertie native se répand..., n

Paul BivRENGEH,

Le Brésil en 1879.

iltevm du DmtX'Êionda, iS jaoTÎer tB80.)

A narra do Kio Mei^ro.

t Nous sommes arrivés au confluent du Rio Negro.

ÏM rive gauche de T Amazone (dont la lar^^eur atteint presque deux lieues) slnterrompL pour faire place à une vaste baie formée par la jonction du fleuve et de son affluent*. Nous traversons cette baie, et ralliant le bord, nous remontons pendant trois heures dans le N.-N.-O. pour atteindre la barre de la rivière et la ville qui ra\'oîsijie.

n La lenteur avec laquelle nous avançons permet d'étudier le paysage dans ses momdres détails. Deux talus d*ocre rouge qui se développent parallèlement jusque d:ms les profondeurs de la perspective forment les doubles rives du Rio Negro, large à cet endroit de près d une lieue. Sur ces talus se dressent les plans des forçats dont le vert, assombri par le reflet des eaux noires, passe dans FéloignerDent au bleu d'indigo et se Gxe à l'horizon dans une teinte neutre d*un velouté exquis. Un ciel de cobalt que ne voile aucune vapeur, que ne traverse aucun nuage, étend sur le décor sa splendide coupole.

ïï Rien de plus bizarre et en môme temps de plan magni*

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Bqiie qne ce vaste panoraoïa peint avec quatre couleurs distinctes et superposées, qui se joi^neiit sans se confondre et se font valoir Tune l'autre ; reprodoiles par Tartiste sur une toile, ces zones de bleu crUj de noir d'encre , de rouge étrusque et de vert sombre^ fûnueraienl une gamme de tons fausse, criarde, épouvantable à roeil; mais la nature qui se ril des tentatives de l'artiste el des combinaisons de Tart, n*a eu qu'à rapprocher ces coulem^s disparates et à prononcer sur elles son magique fiât /wjl-, pour que la lumière et Tair les enveloppassent d'un double lluide, et qu'une harmonie souveraine résultât de leur désaccord apparent. ))

C'est en 1 639 que l'embouchure du Rio Negro fut découverte par le capitaine Pedro da Costa Favella, qui accompagnait Texpédition entreprise par le capitaine portugais Pedm Texeira sous les auspices du vice-roi de Quito, Le nom de Rio Negro, ou Rivière Noire, lui fut donné à cause de la couleur sombre de ses eaux, qui, suivant les Portugais ^ rencontraient des sources de bitume dans leur trajet du nord au sud. En 1669, une forteresse en pisB fut construite près de la barre du lleuve pour protéger contre les pirateries des Indiens les villages portugais bâtis sur ses rives. En 1720, à la forteresse fut jointe une bourgade, Moiira, En 1758^ elle comptait 6 000 habitants portu,qai8 et indiens mèlùs. Mais une épidémie de petite vérole la dépeupla; les rartis Indiens de la tribu des Manaos qui survécurent démolirent la ville de Moura, et de ses matériaux, sur le même emplacement, élevèrent Manao-

<( Cette viDe de leur façon n*eiit que trois rues, syniboliant la Sainle-Trinité. Une très longue en Thonnenr de )ieu le Père, cette première se dirigeant au Nord; deux itres moindres» une au levant, une au coucliant, en soutenir du Fils et du Saint-Esprit. Une église carrée, dont la ^ile étfiit tournée au sud, fut le moyeu auquel se ratta- Kiles. A en juger par son dessin géomévol iV lau, dut ressembler étonnam- . sens inverse* T \^i n '>Ui cernent qu'occupa

la cité est reconnaissable à des excavations circulaires (jiiî s'étendent jusqu'au pied de la forteresse. Ces excavations sont des sépultures. Quelques-unes gardent encore, intactes ou brisées, les jarres en terre cuite dans lesquelles les Manaos déposaient leurs morts. Ces vases, d'une pâte grossière et d'une couleur rouge-brun obscur, sont à rez du sol. Leur hauteur varie de 0°',70 à 1 mètre ; le diamètre de leur orifice est de 0"*,40 environ. D'informes dessins, losanges, zigzags, chevrons, biUettes, sont tracés en noir sur leurs flancs. Certaines ont un couvercle; mais la plupart sont béantes et vides. Des corps qu'elles ont contenus, il ne reste, pour l'enseignement des curieux, qu'un mélange de cendre humaine et de poussière apportée par le vent.

» La ville moderne où nous abordons est appelée par les Brésiliens : A Bm^a do Rio Negro, Elle est située à l'est de la forteresse. Une distance de mille pas géométriques sépare ses dernières maisons de l'emplacement qu'occupait Manao. Son assiette est très inégale. Sur quelques points, les renflements du sol dépassent en hauteur le faite des toitures, ce qui serait pittoresque si ce n'était absurde. Une rue artérielle, longue, large, onduleuse, accidentée çà et là par l'empiétement d'un mur de clôture ou la saillie d'un mirador, partage la ville du sud au nord. A cette rue se rattachent quelques ruelles qui aboutissent dans l'est à des pelouses nues, dans l'ouest à de grands espaces arides. Trois ruisseaux pourvus de passerelles serpentent à travers cet ensemble et servent de docks ou bassins à la flottille commerciale du lieu. Goélettes, sloops, égariteas, viennent s'y radouber, attendre un chat'gemeiit qiU'Jconque ou s'a-briler contre les trêvoadas^ tempêtes bn^i^iliBnites qui se déchaînent sur la bas Amamtie et dont Pinlluence sa fait sentir h plasie^irs lieues dans Tintérieur du Ilio Ne^ro.

ï> Ces navires locîmx, assez mal conBlniil^» mais enluminés do vert gai, d« blmi céksle et de juiHfiiîlle, portent, au lieu de u" ' ' niint^, rl(.*s nori*s de

saints et d*^ -■■■i i'-:- 'n- -ir ' ' ' ' pr»r!,i];r?tts. Pareil

usa^equin'<

rhabitanl du ciel robligatîon de veiller sur la coque de sou homonyme terrestre et de le préserver des coups de vent, des bancs de sable et des écueîls. Au reste, il est sans exemple qu'un de ces patrons vénérés adt laissé perdre le bateau placé sous sou invocation. Ajoutons qoe la pacifique flottille fait merveille dans le paysage et distrait agréablement les yeux de la monotone répélitlon des façades blanches, des toitures routes et des pelouses jaunes,

» La ville de la Barra est peuplée d'environ 3O0O habitants, dont les deux tiers constituent sa population sédentaire, et l'aulre tiers, sa population flottante. On y compte 147 maisons ^ . C«*s maisons sont vastes, bien aérées, mais généralement dénuées de confort et de meubles meublants. Toutes ont des jardins ou des jardinets mal entretenus et fort peu sarclés. Les mauvaises herbes y abondent et les serpents y sont assez couamuns. Ce n'est qn*en tremblant qu'on y cneiUe des roses et des haricots. Si nous disons rose plutôt qu 'œillet, et haricot plutôt que lentille, c'est que la rose à cent feuiUes ou le haricot blanc ou rouge, sont la fleur el le légume qu'affectionnent le plus les deux sexes de la Barra. La rose est cultivée par la femme qui en respire le parfum et en orne sa chevelure; le haricot est cultivé par Tbomme qulTaccommode au lardetle donne en pAlureàson estomac* Ge mets siil)stantiel figure chaque jour, et plutôt deux fois qu'une, sur les meilleures tables.

î) Les habitants de la Barra sont exclusivement voués au commerce. Les uns le font eu gros, les autres en détail. Les commerçants en gros reçoivent du Haut-Amazone du cacao, du café, du rucou, de la salsepareille, des graisses de tortue et de lamautin, des huiles d'andiroba, de copahu et autres denrées. Ces produits leur arrivent par lots minimes et sont emmagasinés par eux, en attendant qu*ils aient pu

\m L'&apect de Mntuios & bien chan;;6 depuis quo M* Marcoy Va viBJiée. Bo Duinst» «tis, ctitU villa ^^ett ir^naïwméa^j M. Wiecier qiu y a séjourné eo 18B1, WV&IU0 I& poiïolAtlun acluoHe k 15UUU' tiabiliints. Le cïnÏÏte dm maiBOnB i dénupLé; ' - *. ^g( {j^jt* considérable, la navtgslioci fiovialû «i^tjvû, les trafl-

I Od V trouve dea comploirs, dea baniiues etpêroejJD tbèitre

ilO

LKÇTtJBRS ET AHikLTSSS BB GtCIRAPHll*

compléter le diargemenl d'un pelil Davire. Alors ils les expédient aa Para^ où quelques-uns de œs produits sont oon> sommés sur place et d'autres exportés en Europe.

B Lesoranmerçants en détaQ ont des caves-boutiques qui rappellent les Tlendas-Bodeffom des vill^ du Pérou. Au volet extérieur de leur devanture pendent un mouchoir à caireaax, on rouleau de cordages, une botte de paille, dfôtinés à sen ir d enseigne et à attirer le r^ard des passants. Comme VoUa podrida des Espagnols, ces boutiques réunissent les choses les plus estimables et les moins iKmogènes. On y trouve des étoffBs et du saindoux, des saucissons et des rubans, de la viande salée et de^ chapeaux de paille, du tafia, des souliers h clous, des lé^nanies secs, des clous à bordage et cent autres artides d^une utilité reconnue.

» Malgré ce que nous a\oiis pu dire en commençant du plan géomémî de la T>arra, de Tondulation de sa grande rue et de se- aspect de celte ville ne laisse

pas d'împre --■... M, -'"* i ;>».^;i;,Tn n,i; r ,v»Y^eau

sortir des villages du - dans

une pénomhjM!* ' '^*e

que lui doqi^Bl m

àmiradc] mercial i luxe de i en arriv bourge

Mà'emcigkva^e et les eselaires ^ .

L'Angleterre alUra la première ratieûtion du Brésil sur la gneslion de Tesdavi^ge, el codiIliI avec Templre, en 18:î6, une convention pour Tabo- Ittion de h tratle des nègres. La canvcDlioa ne fui pas observée, et les cFoisenrs nn^lais peodunt plus de trente aas ârent la cbas^e au^ négriers brésilienâ. Suiv^int les cakuls du ministère des alfa ires éirangéres de Londres, le Brésil a importé 325615 noirs en vingt ans, de 1832 à 1851; en 1851, un membre du Congrès de Rîo-de-Janeiro, le baron de Mana^ avoua devânl ses coltëEÇues, sans qu'aucun son>^t^âL à prole^ler, que le nombre des Afriniins transportés au Brésil avait été jusqu'en l^^Sl d'environ 54UI)0 par aul A celle date, le Ë^onveraement bi vuler une loi qui assimilait Timporlalinn des nègtes à la piraterie ; mais le* ronctiunnaires, les compngnies^ les propriétaires Jes négriers la tournèrent avec habileté ou b vil lièrent avee audace. Enfin, en 1811, les représentante de la nation s'acciirdëreot à elTcicer cette honte, et le principe de raliolilioii de rescbvagË fut adopté à runanimUé; on ne discuta dans ïes Chambres i\m sur ropporlnniti! de riieure choisie. L'empereur, qui avait été FiDStigateur le plus ardent de cette grande réforme, donna reiempfe en libérant tous les esclaves appartenant à la couronne ou personnellement à la maison du ^onveruin.

La lui Q"204Q, apjielée communément au Brésil la loi du imiin libre^ déclara libres les entants oui désormais naîtraient d'une femme esclave, et elle s'occupa d'assurer 1 affranchissement par différentes mesures, aÛQ de hÂler le plus possible reitinction de resclavafre. Ainsi furent affranchis les esclaves appartenant ant successions en déshérence, et cens qui étaient délaissés par liîur maître. On créa, en otilre, un fonds d*éroancipalion {fimdo dt emmci[taea6} qui dépîissa bientôt lû millions, mais le gouvernement hésita à Tutiliser dans ta crainte de Ironhler la sécurité des planteurs. La loi pourvut au surt deseoTanls émancipés, en obligeant les propriétaires d'enclaves à les garder auprès de leurs mères jusqu^â l'A^e de huit ans; mais les propriélaires, que la loi autorisa pourtant k wtiliseï Juïîqu'â la viugtet unième année le travail des enfants nés libres, coiiJpt;ii<Mi1 peu sur ce concours, n'avalent aucun soin des nouveau-nés, et leur nèj^ligence coupable avait pour conséquence nue effroyable mortalité. Lnijo la loi 335a du 13 mai 1888 abolit définitivement lYsclavage au n'a pas seulement rendu lu liberté aux noirs qui restaient [ encore en servitude, et dont le nombre s'élevait à 723419. évalués à la [80iM(«ti^ de 1 milliard 213 millioas de francs. La hi d'or a aussi rr^mpu '-" ^Ticiens maîtres et les affranchis ou ingenuos nés libres 28 septembre 1871, mais qui devjnent leurs ser- ■ vin^r et un ans accomplis am malives de leur t les derniers eiîclaves et en faisant Lchis^ a établi implicitement nue tes '-. u.M:iiuii iM 1 11 vfti?. brésiliens parle fuit même Je leur

{lû-8», PlLTlB,)

4 ('.l'un luttr'^'l, hir.'l^ïfh

ti]iui<i la loi du ^lirnier Elat il fi proçlamiè

■'. socialo eaire

toutefois, il est détaché pendant le jour, et envoyé comme les autres au travail. Au nombre des fautes punies le plus sévèrement, les tentatives de fuite sont classées en première ligne. Cependant, leâ exemples d'esclaves fugitifs sont fréquents, quoique le sort de ces malheureux soit des plus tristes. Traqués hors de tous les lieux habités, ils n'ont d'autre ressource que d'errer dans les bois, d'où ils s'échappent la nuit pour vivre misérablement de vols et de rapines. Ces fuyards s'appellent quilomboSj ils sont un dangereux voisinage pour les gens paisibles ; parfois ils se réunissent et forment une redoutable bande de brigands, que la police hésite à affronter. Mais le vagabond finit toujours par se faire reprendre, caria loi pur nit sévèrement celui qui lui donne un refuge; il entre alor? dans une période cruelle d'expiation, et, pendant de longues années, il porte, même en travaillant, soit une chaîne aux pieds, soit un anneau de fer au cou. J'ai rencontré maintes fois des esclaves ayant le visage couvert d'un masque de fer, prudemment cadenassé; cette précaution était prise dans le but de les empêcher de manger de la terre, moyen de destruction employé par quelques-uns d'entre eux pour mettre fin à leur exécrable existence...

)) ... Cependant l'esclave ne travaille pas uniquement sous l'action du fouet, et on le stimule aussi par la récompense. Souvent, lorsqu'il accomplit bien sa tâche ou qu'il la dépasse, son zèle se trouve rémunéré par une petite gratification pécuniaire. 11 paraît que, pour un travail assidu, il peut arriver à un chiffre d'«'Conomies considérable, soit environ 125 000 reis, ou un peu plus de 300 francs par an. Mais généralement cet argent, aussitôt reçu, a disparu dans racquisition de cachaça (eau-de-vie de canne), ou d'une foule d'inutilités. Ces dépenses leur sont d'autant plus faciles que les planteurs ont d'ordinaire dans leur f'azenda même une vendu , ou boutique, fournissant tout ce dont les noirs peuvent avoir besoin, et où, suivant sa générosité, le senhor leur vend toute espèce de marchandises, soit au juste prix, soit do façon à s'assurer un certain bénétice...

»... Après avoir essayé de dépeindre l'esclavage sous son côté rigoureux, je manquerais d'exactitude en ne disant pas aussi combien, dans beaucoup de fazendds, l'esclave est heureux, et jouit même d'un bien-ôtre et d'une sécurité dont plus d'un travailleur européen serait jaloux... Le lien existant entre le maître et son esclave est d'une nature bizarre et difficile à

déâDir^ c'est peut-être uq sentiment du genre de ceux qui unissent Vnn à l'autre rhomme et les aniniaox destinés à l'aider dans BOû travail, et partageant pour amsi dire son exis^ tence. »

Comte Charles d'Ursel * , Sud-Amérique,

(Paria, tSSO, in-lS, Pion.)

Oq a fiouTent constaté que l'esclave deTena libre ces3e de travsniler. Le nèfîTe vît de peu; el quelques fruits recuetllis sur ce sol qui en produit eu abondance et sans cutture suDlsent à sii nourriture quotidienne. LefarnieitU est pour lui Tidéal; et la paresse le conduit â l'ivrngnerie. Aussi la loi de ISlî a-t-elleouvert au Brésil une crise agricole ; les blancs ne peuvent Inivaîllersous le soleil des tropiques, et le momeul viendra où ks noirs ne travailleront plus. Le gouvernement se préoccupe de supplocr à Fiîisifrisanr e de la majn-d'œuvre* Il fonde des colonien, clierche à altirer des étnîprntuts; mais le triste sort des éLabFisàemeDts allemands du Mucury ne semble pas fait pour enetmrager les éi rangers. Legouvernemenl a pris la résidulioii d*al)er chercher eu Chiae les travailleurs qui font défaut à lempire, et il a demandé aux Cbambres des crédits p[mrles frais de mission d un agent chargé de négocier avec la cour de Pékin, l'importation des coolies au Brésil. Ce projet a renconlré dans le Congrès une vive opposilionj mais le président du conseil des minislres, M. de Sinimbre» a répondu victorieusement aui objertlons el obtenu gain de cauie. John CÎiinaman, repotissé de San-Franciisco, trouvera peut-être dans les faï^endas brésiliennes le libre et fécond emploi d'une aclivilé qus ne rebutent ni le climat ai les hommes.

EiBm Immiffranlji au Brénil.

L*aboUtion graduelle de Tesclavage au Brésil ne semble pas, jusqu'à présent, ouvrir àU racejauue un nouveau champ de colonisalion; mais l'immigration des Allemands et surtout des ILa liens y cruit chaque année dans des proportions surprenantes. Elle était» en ÎSodj de 11 5ÛD individus de toute untionalité : descendue en 1863 à 7 000, vers ISlO à 41300, elle s*élev.iit en IS74 à 19000, en 1S80 à 22 0QÛ, en iS85 à 29 000, en 1FÎR7 é 5i 000; elle alleignit en IRlMi le tolal de IHSOOO, Longtemps a dominé Télément allemand^ mais depuis quelques annéE!S llTumigniUon italienne remporte sur toutes les autres, Baprès les calculs de M* Oollet dans lAtlgmeùfs Z^iUing^ en 1887, la province d'Espîrito-Saoto renfermait 6 à fîyoo pnrsiinnes de langue allemande, fort disperséei*, ouvriers ou uiarcbîinds d;ins les villes, colons dans les campagnes, mais ayant à Ititter contre les Indiens et les Italiens. rCuUe part ils ne forment une

1. M. d'tJrwl fClifirlea, comte de), né ea tS43, «fierétAire d'^amhAfisade belgf*» a ^éf pendant dix-huit mots la légatîoa da Belg^iqup à Hio-dfiivIaQeiro. kn 1876, i) Tut chargé de riuspecttou de» cnnaulata beliiPH dnn^ T Amérique du Sud. Il a résume a&n obsormlion» dans Tourrago plein do Uncsae et d esprit,

masse compacte, et leurs enfants «s'indianisent » enliërement. Dans Minas Geraes, 3000 ouvriers urbains sont de souche allemande, la masse des colons est faite d'Italiens et d'Açoriens; dans la province de Saint-Paal, 17000 Allemands sont dissémines à travers un million de Purtu^rais. La race teutonne est plus vigoureuse et plus dense dan? les provinces de Parana ('20 000 sur 150000 hab.), de Santa-Catharina (60000 sur 200000), de Rio Grande-d«>-Sul (80000 sur 700000): a en somme, 220000 Allemands environ, menacés dans Tavenir, comme n*élant que des ilôts dans un océan étranger. » Le voyageur qui par'onrt les provinces du Rio-de- Janeiro et de Sao-Paulo, s'en aperçoit vite. Il recunnait les enfants delà blonde Germanie à leurs yeux oleus, à leurs cheveux dorés, il leur demande leurs noms ; ces noms sont allemands, mais ils ne parlent pas la langue de leurs pères, ils ne la comprennent même plus. (E. Bulle.)

Les Italiens étaient 2500 en 1871, 6000 en 1873, 83000 en 1881, plus de 560000 en 1895; ils se portent en masse chaque année dans le Kio-Grande-do-Sul. Leurs colonies sont prospères; iKma-îzabel compte 12 000 personnes; Santa-Cruz, 14000; Cascias, 15000. On évalue i 720 millions le capital des Italiens établis au Brésil, à 30 millions le commerce d'exportation du Brésil pour l'Italie. Ils sont piuimiers, terrassiers, défricheurs, agriculteurs, mineurs, petits marchanus dans les villes, balayeurs et quelquefois mendiants.

La province brésilienne de Rio Grande-do-Sul pRratt être aujourd'hui particulièrement recherchée par les immigrants. Séparée de TOcéan par d'immenses lagunes, comme celles de los Patos, de Viamâo, de Vairim, elle cherche à se séparer des Etats-Unis brésiliens, et à s'isoler, ou à se rattacher à l'Uruguay, qui est le véritable débouché de ses produits et de son commerce vers le Rio-de-la-Plata, soit par les rivières, soit par les voies ferrées. Le sol est riche et fertile, le climat tempéré, les montagnes couvertes de belles forêts, les eampos fertile^, les pâturages abondants. Les Allemands y ont fondé les premiers une Germanie nouvelle, et y comptent encore 100000 nationaux sur 700 000 habitants. Mais les Italiens les ont déjà supplantés; il en arrive 40 à 100 pour un Allemand.

Productions du Bréi»tl«

Le Brésil est un pays essentiellement agricole, dont la fertilité est peut-être uniijne au monde. Cet immense empire qui possède un développement de côtes de plus de 7 000 kilomètres, et des ports capables d'abriter tous les navires de TEurope, semble avoir été créé pour approvisionner de matières premières et de produits naturels les autres contrées du globe.

« En raison du climat et de la situation ^éo^i^raphique, les zones végétales n'y sont pas aussi manju^^e? que celles d'autres contrées; cej»endant il ne serait p.is impossible de diviser le territoire de Tempire, sous le raf)p<)rl agricole, en trois grandes régions. La première s'étendant des fron-

tières de la Guyane jusqu'à Bahia, le long des grands fleuves, est spécialement caractérisée par les produits sauvages de la forêt : caoutchouc, cacao, vanille, salsepareille et une variété infinie de gommes*, de résines, d'écorces, de fibres textiles, encore inconnues au commerce des deux mondes, et auxquelles il serait très facile d'ajouter les épices dont le monopole appartient aux îles de la Sonde. La seconde région, de Bahia à Santa-Catharina, est celle du café. La troisième, de Santa-Catharina à Kio-Grande do Sul inclusivement, en y ajoutant les hauts plateaux de Tintérieur, est celle des céréales, et, en connexion avec leur culture, de rélevage du bétail. Le riz, qui vient facilement dans tout le Brésil, et le coton, qui partout donne de belles récoltes, relient ensemble ces trois zones ; le sucre et le tabac comblent les lacunes et complètent Tenchaînement. Une chose importante à laquelle on n'a pas assez songé, c'est la mise en rapport des terrains de la chaîne des Orgues, de la Serra do Mar et de la Serra do Mantiqueira. Sur ces hautes terres pourraient venir tous les produits des contrées chaudes appartenant à la zone tempérée, et Rio-de- Janeiro pourrait recevoir chaque jour des montagnes qui s'élèvent dans son voisinage immédiat, tous les légumes et tous les fruits de jardin qu'il tire, en petite quantité et à grands frais, des provinces riveraines de la Plata. Les pentes de ces serras pourraient être aussi converties en plantations de cascariilas (arbre à quinquina), et, comme la production de la quinine diminuera infailliblement tôt ou tard par la dévastation des cinchonées* sur les bords des hauts affluents de l'Amazone, il serait très important d'introduire cette culture largement dans les hautes montagnes qui entourent Kio. »

M. et M"** Agassiz, Voyage au Brésil, trad. de Vogeh, abrégée par J. Belin de Launay.

(Paris, Hachette, 1872, in-lS.)

I. Les gommes élMtiqoei wê tirant yrindylemeot de la province la pins septenirionaJé, do Pftra» bmitraplit éê U Onyan*, et troot en Angleterre ou aax Ktato-Unis.

S. Triba BwnfWi— * •- «-^Ote âm nULwêm oi m ttownai kt avbr«s qui ' tu M»-'

AMÈRLO^iil DU SUD.

Le sacre a été lotij^ttsmps la grande suarce de revontis au Bi'ésil; mais la [vro^iuriion du cette tltnr e est en décadence, et les plaritatiûits de cannes ont fait place dans un grand nombre do disait icts à ci'lles des caféiers. De mauvais procédés de fabrication» des lîubituilesde fraude inqu;ilî(iiibles, une négligence incroyable des piu|irictaires ont valu au sucre brésilien une détestable réputation sur les marchés élrangers. A la PJata, pays limitrophe^ on fait venir ie sacre du Pj'iou. La production sucrièie est êviiluée tri moyenne à 200000 totineiij valant 80 milliûiiH dGlr*j l'eau-de-vie distillée à 100000 bectolilres.

Et pourtant tujt le sol dôremi>ire se prête merveillensemeat àlacylture de la canne; les provinces où elle est le plus répandue Sont celles de Bahîa, de Pernambuco, d'Alag-oas, de Sergipe et de Uio-de- Janeiro. Un document officiel^ publié ià Foccasion de rE\|>osition oniverselle de Philadelphie en 1876, dit que « lians la province do Matto-Giosso, la canne se déve- » loppe Itdlement sur le bord des rivières, qu'il est souvent né- » cessairo d'émoruler les plantations, afin de combaUre cette » exubérante production. On y voit des champs de cannes qui » ont quarantt- armées d'eiistiince, et qui conservent une vi- » gueur suflisarjte. » Le gouvernement a tenté de porter remède au mal. Pour favoriser l'établissement d'usines pourvues des moyens de fabrication les plus perfectionnés, l'État ou les provinces garantissent un intérêt de 7 Yo 8^lii capitayi engagés dans la construction de ces usines, et soumettent en échaoge ïes ejtploitanls h certaines obligations en faveur de ragricalture ou de l^instruction primaire, La Compagnie française des ateliers de Fives-Lille a entrefuis la création de cinq usines de ce genre dans les districts de Pernambuco et de Bahia>

Dès la un du dix-lniîtième siècle, quand le coton devint une matière première de haute importance peur rindusirie anglaise, le Brésil devint nainrellement le principal pourvoyeur des marchés de laOranib-Bretagne. Malgré la formidable concurrence des Etats-Unis ijui, par l^eitraordinaire bun marché de lenrs produits, rendirent toute compétition impossible, le Brésil persista, et sa production annuelle ne se ralentit pas. Lor&qn éclata la guerre dw îiéc«^ssion dans les Etats-Unis, en 1861, et que les marchés du Sud se fermèrent, le Brésil se trouva tout préparé i donner une iui|oji.siou considérable à la culture d'un produit rechepcbé alors comme le pain en temps de famine. Des provinces entières, où jamais nn pied de coton n'avait été planté.

en fournirent à l'Europe des quantités énormes; deux lignes de navigation à vapeur, établies entre Liverpool , Céara-Parahyba et Saint-Paul, prospérèrent, grâce au fret payé par le coton. A l'Exposition universelle de Paris, en 1867, un prix spécial fut décerné à l'empire qui, en approvisionnant le marché européen d'une matière première indispensable, avait contribué à l'affianchir de l'ancien monopole des Etats-Unis.

L'année 4 868 marque l'apogée de cette fortune inespérée. Depuis cette époque, la culture du coton a cessé d'être florissante; les produits des Etats-Unis et de l'Egypte, dont les ports d'exportation sont de dix et quinze jours plus rapprochés des marchés anglais, font aux cotons brésiliens une rude concurrence.

L'exportation de l'empire s'élevait, en 1869, au chiffre de 329''2 000 kilogrammes; il n'était plus en 1875 que de 220000 kilogrammes. On comprend le découragement et les déceptions des planteurs. « Comme je rentrais à cheval avec » Vadministrador (directeur de la plantation), écrit le comte » d'Ursel, il m'énumérait complaisamment les qualités des » difiTérentes plantations que nous parcourions. « Ceux-là, me » disait-il en me désignant de magnifiques caféiers, sont de » bons serviteurs ; ils ont trente ans, et rapportent chacun un

» demi-arrobe (8 kilogrammes) Voilà la vraie richesse du

» Brésil ! » Et comme nous traversions en ce moment une » plantation de coton, dont les capsules entr'ouvertes laisy> saient échapper leurs flocons blancs comme neige, il en dé- » capita avec colère quelques branches du bout de sa cravache, » voulant témoigner par là du peu de cas qu'il faisait de ces » produits. »

Parmi les plantes d'une prodigieuse variété qui couvrent le sol du Brésil, il en est une essentiellement indigène, très semblable au coton, qui est appelée, suivant M. d'Ursel, à causer une véritable révolution dans l'industrie manufacturière du pays. C'est le cipo-seda, ou liane-soie, plante textile, dont la fibre d'une blancheur admirable et d'une grande résistance, expérimentée en Belgique et en Angleterre, est estimée déjà presque à l'égal des cotons de belle espèce. Les tabacs du Brésil sont estimés (Biihia et Goyaz) ; la production est de 50000 tonnes valant 30 millions. Le cacao de l'Amazonas et de Bahia fournit 6 000 tonnes; les orangers croissent librement, et déjà la vigne de Sao-Paulo et de Minas-Geraes produit 10 000 hectolitres par an.

AMÉTKOL'E DU SUD. 521

La principale richesse agricole du Biésil résitle actuellement dans ses plantations de café. Les immenses lUmmines des fazendciroB, diii^f-s parleurs ingénieurs et adminislradores, surveillés par les feitores^ et cultivés par les esclaves, ont fourni à reiportation» en 1878^ 226 millions de kilngrammes, valant plus de 3îH millions de francs, c*est-à-dire plus de la moitié des eiporliiriûTrs générales. En i892, elle s'élevait à 444 000 t.

Sans parler des mines de ditimant et d'or de la province de Minas-GetriBS, îesol brésilien contient des gisements de houille assez abomlants dan» la province de Santa-Catliarinael sur les rives du Rio Benito. Les mines de fer existent partout dans les districts «le Maranhao, Sao-Paulo, Minas-Giiracs ; elle.s sont si riclies qu'elles pourraient « fournir du fer pendant des siôctesà la consommation du globe entier sans que leur rendement diminuât d'une manière appréciable. » Ces mines ne sont pas encore explnifé''8; c'est l'Angleterre qui fournit au Brésil presque toui le charbon qui s'y consomme I

Une plantation de café t la fasEcnda de iiete-'lliiedas.

« La fnzenda proprement dite, c'est-à-dire le corps de logis principal, se compose d'une vaste omifton à un étage, sans architecture et sans élégance ; là se succèdent de grandes solleSj dont le plus souvent quelques fauteuils à bascules et des cbaises en Jonc forment tout le mobilier. Derrière ce bâtiment établi sur mi point culminant, sont rangés les magasins où s*en tassent les récoltei?, et tout autour les séchoirs j grands carrés de vingt à trente mètres de côté, sur lesquels on étale les baies fraîches du café pour les faire sécher au soleil, k droite, on aperçoit les hangars abritant les machines qui, toutes mises en mouvement par une forte chute d'eau, sont destinées, soit à soulever les pilons qui opèrent la décorticalion, soit à mouvoir la scierie dont l'usage est indispensable pour débiter les arbres de ïa forêt voisine. A gauche s'étendent les dépendances j c'est-à-dire les habitations des esclaves; et plus loin, sur le versant de la colline, on remarque une agglomération pittoresque de pauvres ^îabanes entourées de jardinets. Ce coin de terre

est abandonné aux esclaves; ils y contruisent de modestes réduits, où ils vont jouir des heures de liberté qui leur sont accordées de temps à autre. A cinq cent? mètres de là, on aperçoit le village où notre hôte vient de faire un essai de colonisation.

» L'œil du maître peut donc surveiller tout, et c'est là le caractère distinctif de ces établissements; rien n'y est sacrifié à l'agrément, au luxe, ni même à la fraîcheur ; tout y est aménagé en vue de l'utile. L'aspect général manque de gaieté, et cependant, avec un peu de goût et une faible dépense, on pourrait rendre ces habitations élégantes et confortables. Mais si le bien-ôtre du planteur est négligé, du moins des soins minutieux sont-ils apportés aux opérations délicates et multiples par lesquelles il fait passer sa récolte dans la période qui sépare la cueillette de la vente. Nous ne nous doutons guère, en effet, en dégustant en Europe une tasse de café, de toutes les manipulations auxquelles ont été soumises les graines avant d'arriver jusqu'à nous !

)) Le fruit du caféier est renfermé dans une espèce de poche dure et rouge ressemblant à une cerise ; il consiste en deux grains juxtaposés. Une fois cueilli, on le jette dans un bassin pour imbiber d'eau son enveloppe ; puis on l'étalé sur des séchoirs, où il est fréquemment retourné pour recevoir sur toutes ses faces les rayons du soleil. Lorsqu'il est bien séché et que l'enveloppe est crevassée et racornie sous l'action de la chaleur, il passe sous les pilons qui produisent la décor tication. Puis un tamis vivement agité par un mouvement de va-et-vient sépare la pulpe du grain; celui-ci reste encore recouvert d'une mince pellicule que l'on enlève à son tour au moyen d'un second tamis exposé à une forte ventilation ; l'enveloppe légère, chassée au dehors, sert de base dans la suite à un excellent engrais. Enlin les graines sont jetées dans un gros tube destiné à les séparer mécaniquement en trois grosseurs différentes. On économise ainsi un immense travail de main-d'œuvre, ce qui n'empôche pas cependant les esclaves, spécialement chargés de ce soin, d'épurer de nouveau chaque tas< En réalité, gros et petits ^ains sont de mâm^ . Is proviennent du

AMÊRIOOE DU StîD, 523

même arbre ;Tnaîg! il paraît que leur valeur comm^rdale diffère, car les petits grains ressemblent k ceux du CAÎé moka, et sont u vendus sous celle dénomination >j sur les marchés de TEurope. On boit donc, dans le monde entier, une quantité énornae de café d'Amérique que l'on trouve mille fois meilleur parce qu'on le croit africain ^. H est regrettable que ce produit si important du Brésn n'ait pas encore obtenu loute la faveur qu'il mérite : maltieureosement, au lieu de cherdier à convaincre les consomniatenrs par révidence, la plupart des planteurs ou exportateurs brésiliens se ser\ent encore de singidiers subterfuges ; ainsi, une grande partie de leur café est vendu aux Etats-Unis ; mais ponr l'écouler plus facilement, ils font subir aux graines une opération appelée «brunissage w, qui consiste à les rouler sur elles-mêmes peudant un cerlain temps, de façon à leur donner une teinte lustrée..,.. En quoi la qualité y gagne-t-eUe ? En rien absolument, cl pourtant cette petite opération fait, dit-on, vendre ce produit beaucoup plus cher* » Quoi qu'il en soit, le café ainsi préparé est mis en sac et pesé par arrobes de seize kilogrammes, dont la vnleur marchande est en moyenne de dix mille reïs (23 fr. 50)*.

1. Les reti»eig:nemeata fournia par d'autrea voyageurs sanl abâolnnicnt con* farjjkca Aax observations de M. le comle d'LlrBe<l »ar le démarqu ornent internfttiond des cafua brésiliens. < GrActi à Icyr par^^évéranc^ et aux cundiLiona favn-

> râbles rcsLUant de la con«tituLioa du sol, ôcriL M. Agasïitz, les Bréaiijens ont

■ obtenu vhb sorte de monopole du café. Pltia de la maitiè de ce qu'on en cnns somme dans le mnnde ei^t de proveuaneo brésilienne. EL co|vendaDi le caXô

■ da Brésil a peu de réputation ; il eel même colè à un prix inféritMir. PourquoiT

■ Simplemonl parée qu'imo gmndn pHrlio des meilleures sur te« |)roduita» daiLi 1 les faxendtvs brèptliânnes est vendue sous le nom de Java, de Mutca^ de Mar- » tinique ou de Bourbon. Presque tout le café vandi!i sous ces dénci mi nations^ • quelquefois même nous celtfî de Java, provient dn Brésil^ et le soi-disant

> Muka n'e»l le pins souvent ricD autre chose que les petits grains ronds des

■ caféiers brésiliens, cni^illis h TeTitréaiîté des branebes et soigneusement

■ triés. ■ — M, \V.-G. Palgravu {Une année dans i'Araùie cenirate, tr.td* â. Belia do Launay) écrit ; ■ La lu ei Heure est celle qui se fècolLe dati» ITémeu » et qu'on connaît dans le commence bous le nom de moka ; mais je me bAte i d'ajouter qu'il n'en parvient pas nue seule graine sur nos marchés, * — Au en ne denrée T parnit il, ne se prête plus faojlenienl à la faïsiflî'atiort. Les prêparateurs les plus habiles font sortir de la même balte du café vort, jaune, rouge, obloDo:, à esfisure lii^i^o, mj^ueux, de toute nuance et de toute dimensicio^ Le eonacimmaleiirt aecoutumé à telïe forme on i lelJe nnani^e, est toujours dupe de la mélamorphoBo ; maïs malhear an fourniiseur^ s'il avoue que son café est de provenance brésilitînne !

i. Le café, qui «^ vend & francs le Itîto à Paris, n'atteint pas à Rio le prix de i fr. SO [et même en tenant compte dw cours actue! du dhange, 1 fr. 39), prit à être embarqué. L<jb Blat^-Unis absorbent plus de la moitié de la produo'

524 LKCTURES iîT ANALYSES DB GÉOGRAPHIE.

» Le propriétaire de Sete-Quedas^ nous dit qu'en comptant largement les frais que lui coûtent annuellement l'entretien de sa fazenda^ de ses machines, la nourriture de ses cent travailleurs ainsi que le transport des denrées, le total de ses dépenses ne s'élève pas à plus du cinquième des recettes; son bénéf^e net par arrobe de café est alors de 8000 reis, soit 22 fr* et comme il récolte en moyeime, sur ses deux cent miUe pieds de café, vingt mille arrobes, U se crée un revenu annuel d'environ un demi-million de francs, qui lui assure un avenir paisible et à l'abri du besoin. »

Comte Charles d'URSEL, Sud- A ménque.

(Paris, 1880, in- 18, Pion.)

lia réffion dlamaiitifère et l^extractlon du diamant.

« Lorsque après avoir franchi la Cordillère maritime qui borde la baie de Rio-de-Janeiro et traversé la riante vallée du Parahyba en suivant la route d'Ouro-Preto, on aborde les premiers échelons de la chaîne d'Espinhaço, la végétation commence à changer d'aspect. La flore des tropiques disparaît peu à peu devant des espèces nouvelles. Plus on s'enfonce dans l'intérieur, plus le paysage devient sévère.

)) Le capim gttrdura^ espèce de graminée parasite qui fait le désespoir de l'agriculteur, a remplacé la forêt vierge. De toutes parts ces terres bouleversées et à physionomie stérDe indiquent un sol où a passé la dévastation. Si, prenant à droite, on s'achemine vers la ville de Tijuco, la contrée paraît encore plus triste. Ici les montagnes ne sont plus que des pitons aigus et escarpés, la nature devient franchement sauvage et nue. On dirait que le soleil est impuissant à féconder cette terre. Il n'en est rien cependant, et jadis cette même argilf^ lougcAtre était couverte à' mm riche et plantapense végétation. Malheurougeiitent il y a près de deux

AMÉHÏOUE DU SUD.

siècles que les conquistadores^ OTit porté le feu dans ces masses épaisses afin de pouvoir mieux fouUIer les entrailles du sol. Ces pics décharnés renfermaîeni dans leurs flancs les cailloux diaphaoes qui^ taillés par Tindustrieuse Hol* lande, forment les plus précieuses parures des femmes. Les ruisseaux qui descendaient de ces collines roulaient dans leurs sables des pépites d'or. Tout ce pays si âpre et si triste, c'est Fancien Eldorado brésilien, c'est la provioce célèbre qui porte encore aujourd'hui le nom signiOcatif de Minas-Geraes (mines générales).

» La tradition veut que, vers 1729, un certain Eer-

nardo Fonseca Lobo ait le premier soupçonné la véritable nature des pierres qu'il avait découvertes dans le Serra do Frio (montagne dn froid), contt^ée montueuse enclavée dans la partie la plus escarpée de la province de MlnasrGeraes, et qui devait bientôt devenir si célèbre sous le nom de Dàirict des diamants. »

Le gouverneur de la province envoya à Lisbonne quelques échantillons de ces a caillooi transparents. » Les gens de la COUT les firent examiner par les bijoutiers d*Âmsterdam, qui reconnurent en eux do vrais diamants* Un nouveau courant d'éaiigratiun se porta vers la terre promise. Les mineurs euxmêmes dôserlaîent les terrains aurifères pour aller « cueillir du brillant ». Mais le roi de Portnga! déclara les diamants proprié lé de la couronne, et limita rexploitation conflée à une compagnie privilégiée*. La contrebande fut punie des peines les

l. C« nom de cnnmtérnnts o été 4oQn6 aux chefs des expêditiona dirigées par Ifis EïpH^aol» dans le Nouveau-Mandâ aprèn la décotiverliij de Colomb. Cortez, BaSboa, Pizarro, AlmAgro^ OreUaQ& ftirtinl let plus faineux de cet aventurien quî ouvriront h ravidjLè caBlîLUne Its» mysténaiix et menrEiiUeux pay« de Tor {jtldoradou

t. De 1730 à ^39^ le poi du Portugal concéda le droît d*exp]oHAlîou moyen- Dint une cupUatioa frayée dNiprêa le nombre de Irayailleura Qni[Uoyéâ« De 1750 h 1771, lea giscnjente fureot livrée à de vérilabtca fermière généraux qui pour la plupart y jL^a guère ut de« fortune» royale». L'ud d'eax^ Fraiiciftco Pernandex d'Olvveira, apr^^ nToîr rostilué à Pombal onue million», Laieta 4 aei hé ri Lie» plijHÎeura quarhera d>; Lia bonne et de EHo-Jaueira. et pEui de vingt fermée immeosea au Bré^iL De 177i à 1703, le roî dti Portugal ât exploiter les tcrraÎDa pour soD propre compte- Le gouveroement brésilien a caDB«>rvé h peu prèa les mAmea rè^Hi munU. M. Oorioix eaiime que de Mit à 17î^3, le tréacir royal reçut §77 817 car&ts, ioil 58CI0C' environ par an* Il faut compter au moioB autaDt pour le vol et la contrebacide. La productiuu antmelle en chiffre rond aurait doQÇ été . de 80 UOO caral*.

526 LBCTUHES ET AKâLYSES DS GÉOGRAPHIE.

plus terribles ; mais Tes €ontrabandista$ liDaginèrcnt les rii&es les pins extranHioaire^ pour tromper la surveillance des mspeoteurs {feitore}^).

a La contrebande est d'autant moins facile qne l' administration prttnd Ic'â précautions les plus minutieuses à regard dès nègres chargés de l'extraction. L'opération se fait sons des hangars dans lesquels sont disposés plusieurs rangs de petits carmux, légèrement inclinée et é vaines versk bas. Une rigole amfene Teau k la partie supérieure, c'est là que se tient le noir. Des sièges élevés sont occupés parles feitores.Cbncun d'eux a sous sa surveillance une escouado de huit esdavi^s. Vient- on à leur parler, ils doivent répondre sans détournor la tiHe* Une sébile oii l'on dépose les dia^ mants, un pot rempli de talmc eu poudre, complètent l*ameublemetu. Ce pot de tabac est loin d'être, comme oa pourrait le croire, un objet de luxe, La monotonie du travaU, jointe à la chaleur du climat et à Taction débilitante de Teau, porte facilement au sommeiL Une pincée prise à propos réagit C43ntre ces influences soporifiques et stimule ractivité des no<,^res et la vigilance des feUot^es. Dès que le signal appelle It^s Lravaillcurs à 1 ouvrage, chaque esclave s^fl rend au canal qui lui est assigné, portant un panier de cascaihao (terre diamantifère). Il jette le cascalhao dans le canal, et ouvre la rigole à l'aide d'un tampon. En môme temps ses bras remuent fortement tout ce mélange d'argile, de sable et de cailloux ; l'eau dissout les parties terreuses et les entraîne avec elle. Trouble au commencement dç Topération, elle s'éclaircit peu à peu, et flnit par reprendre sa transparence. Il ne reste plus alors que le gravier au fimd du canal. C'est à partir de ce moment que l'extraction proprement dite commence. Le noir arrête l'eau, rejette les gros cailloux, et cherche minutieusement dans le sable les pierres précieuses qui peuvent s'y trouver. Dès qu'il en rencontre une, il bat des mains pour annoncer sa découverte et la porte au feitor. Celui-ci l'inscrit sur son registre après l'avoir pesée, et la dépose dans la sébile. Si la pierre trouvée atteint le poids d'un octave (17 karats i/2), l'esclave est

(les reins, sans poche et sans doublnres; quelqiies-îms infime vont dans la saison chaude enLloremenl nus. Malgré ce luxe de précautions, il en est toujours qui trouvent moyen de tromper la sui'veillance de leurs gardiens : ce sont eux qui alinientent d'ordin-iire le commerce des contrebandiers. On connaît Thistoire de cet intendant qui, ne croyant pas à une aussi grande dextérité de la part des noirs, voulut un Jour en avoir le cœur net, et promit la liberté àFuu d'eux, s*il parvenait à dérober en sa présence un diamant caché dans un monceau de cascalliao. On pense bien que l'offre fut acceptée. L'esclave se mit immédiatement à l'œuvre, tandis que le Portugais, placé en Face de lui, suivftit tous ses mouvements. A la fin, celui-ci s'impatienlant et croyant déjà triompher, demanda au noir s'il s'avouait vaincu. — Senhor^ répondit gravement rAfricain,si l'on peut compter sur la parole des blancs, je suis libre. — Et tirant en même temps une pierre de sa bouche, il la montra à rintendant. »>

Adulplie d'AssŒfi, Le Brémi conlemporai»,

(Pari», in-8*, 1877, Darand,)

M. Gorceix, qui a visité récemment les mines diamantifères du Brésil, a fait sur ce sujel à l'Association scientifique de France une canférence à laquelle nous empruntons les détails suivants ; « Les points où le diamant a éJe et est encore T» exploité au Brésil sont uomhreiiî* On le trouve dans les » provinces de Bahia, Goyaz, Matto-Grosso, Parana et surtout » Minas-Geraes. Sauf dans cette dernière province et dan» » celle de Bahia, ils ne donnent plus lieu qu'aux travaux isolés » des orpailteurs du diamant, les yaiimpe/o$ du Brésil, qui » viHit, avec une grande t?éhile de bois à la main, laver les » sable** 'ïes conr^ d'e^in, A Mina^-Gprrtofl, U^s principales u - le Dianiau-

1? re;^, située

mètres

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AMÉRIQUE DU SOD.

des gisements nouveaux dans le lit môiiie des ruisseau i. Ce sont des cavités rondes ou « marmites de géants », des « caldeiroés » produits sur le fond des civières par le frotte ment des remous. Les chercheurs de diamants construisent sur la rivière un bîirnige en pierres, et au moyen d*un goulet et d'un canal en planches, détournent Teau le Ion;* d'une des rîve-s: puis ils creusent la partie du lit desséchée, enlèvent les sables fitériles et se hâtent do mettre au jour les précieux graviers du caldetroês. Les belles trouvailles sont peu fréquentes. « En général, }» les diamants du Biésil sont peu volumineux; ceux de 15» » 10 cariits sont rares ; seule, l'Etoile du Sud, trouvée àTouest 9 de la province, dans les gisements de Bagagem, mérite » d'Être citée. Ce diamant brut pesait 254^5 carats; après la » taille, son poids a été de iV6 carats. En 1 880, la production D totale du Brésil n'a guère dépassé i 6 kilogrammes, 80 000 ca- » rats environ. Pendant ce temps, les mines du Cap ont » fourni 2 millions de carats : mais comme éclat, comme » beauté, les diamants du Biésil ont une supériorité bien mar- » quée, qui les fait souvent considérer comme des brillants » anciens provenant de llnde. » (Les diamants et les pierres précieitses du Brésil,

{lieoue scientifique du fl mii 1S88.)

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