‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 3 sur 113 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'existence du continent américain était inconnue aux Égypliens ei aux Phéniciens, comme aux Grecs et aux Romains, Nous ne trouvons rien, ni chez les historiens, ni chez les géographes, qui permette d'affirmer que les peuples anciens soupconnassent mème un grand continent au delà de FAtlantique, et quelques vagues récits, quelques hypothèses hardies, interprélées plus tard à l'aide de faits accomplis, ne peuvent tenir lieu de preuves sérieuses, M. de Guignes à cherché à établir que, dès le cinquième siècle de notre ère, des communications existaient entre la Chine et Amérique; les hommes du Nord, selon des légendes où un peu de vérité se mèle à beaucoup de fable, seraient arrivés dans la Nouvelile-Angleterre, vers l'année 1000; et sur des cartes dressées au quatorzième et au quinzième siècle, des terres et des îles aux contours incertains figurent pour la premicre fois au delà de l'Océan. Les squimaux communiquaient librement d'un continent à l'autre, dans les régions cireumpolaires ; mais ces hommes étaient aussi inconnus que les habitants de l'Amérique eux-mêmes. Nous

DE NaADAILLAG, Amérique. (

Cortes débarque sur le sol du Mexique,

verrons dans la suite de cette étude tout ce qui a été dit sur les ‘apports qui ont pu exister entre l'ancien monde et le nouveau. Bornons-nous à dire ici que c'est du seizième siècle seulement que datent les premières notions positives sur ces terres nouvelles, sur ces peuples mystérieux. À côté du nom à jamais glorieux de Christophe Colomb (1), il faut placer ceux de Jacques Cartier, de Jean et de Sébastien Cabot, d'Amerigo Vcipuce, de Magellan, de Pizarre et de Fernand Gortès, de celui-ci surtout qui établit le premier d'une manière incontestée la suprématie européenne,

Cortès débarqua à l'embouchure de la netite rivière de Tabasco, dans le golfe du Mexique, et livra successivement deux batailles aux Indiens (2), qui prétendaient s'opposer à sa marche. La seconde eut lieu le 18 mars 1519; elle fut sanglante et longtemps disputée. La victoire resta aux Espagnols : Cortès planta sur le sol américain son grand étendard en velours noir brodé d'or, portant une croix rouge au milieu de flammes bleues et blanches, avec cette légende en latin : Amis, suivons la croër, el sè nous avons la foi, nous vaincrons par ce signe. C'était la prise de possession de l'Europe; à partir de ce moment les destinées du Nouveau Monde furent indissolu-

blement unies à celles de nos régions (3).

(1) Christophe Colomb partit de Palos auprès de Séville le 3 août 1492 ; après une navigation de soixante-dix jours, il débarqua sur l'ile de San Salvador.

(?) Colomb estimait, selon les idées de son temps, que la terre qu'il voyait devant lui était le littoral des Indes ; de là le nom d'Indes occidentales et aussi celui d'Indiens donné aujourd'hui encore aux habitants, comme si la postérité avait tenu à honneur de perpétuer l'illusion du grand navigateur.

(3) Toutes les questions préhistoriques touthant l'Amérique ont été traitées par de nombreux écrivains, Une bibliographie complète exigcrait des volumes, nous nous contenterons de citer : Atwatcr, Description of the Antiquities of Ohio ; les intéressants mémoires publiés par le Smithsonian Institute, et parmi eu”. Squier et Davis, Ancient Monuments of the Mississipi Valley; Antiquities of the State of New- York, et Lapham, Antiquities of Wisconsin. — Schoolcraft, Hist. and Stat. Informations respecting the Indian Tribes of the United States, 6 vol. — Baldwin, Ancient America, — Wilson, The Prehistoric Man. — Waldeck, Voyage au Yucatan. — Charnay, Cités et ruines américaines, avec une préface de Viollet-le-Duc. — Stephens, Central America, ? vol. — Prescott, Conquest of Mexico ; Conquest of Peru. — Jones, Antiquilies of the Southern Indians. — Morton, Crania Americana. — Nott and Gliddon, Types of Mankind. — Foster, Prehistoric Races of the United States. — Bras-

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Au seizième siècle, l'Amérique était habitée de l'Océan Arctique au cap Horn, des rivages de l'Atlantique à ceux du Pacifique, par des millions d'hommes offrant des types analogues, des caractères semblables à ceux des hommes de l'ancien continent. Toutes les nuances de la coloration se retrouvaient parmi eux, depuis le blanc rosé des habitants des Cordillères des Andes, des vallées formées par l'Amazone ou de l'ile Sainte-Catherine, jusqu'au noir de suie de quelques tribus de la Californie ou de la Floride, des indigènes de l'ile de Saint-Vincent, ou bien des Charruas qui habitaient les rives sud du Rio de la Plata (1). Au Nord les Esquimaux étaient petits; au Sud les Patagons étaient remarquables par leur haute stature (2). Certaines tribus Indiennes se composaient d'individus aux membres grèles, aux extrémités fines; d’autres étaient robustes, fortement constitués. Chez les uns la tête était ronde; chez d'autres, au contraire, la dolichocéphalie était prononcée. Les uns avaient le système pileux très développé; chez les autres il l'était fort peu. Les uns rasaient leur tte, les autres laissaient pousser toute leur chevelure. Il seraït long d'énumerer les différences de types et de races que devaient rencontrer les Européens, en pénétrant pour la première fois sur le continent Américain.

Ces hommes vivaient au milieu de mammifères, d'oiseaux, de poissons, de reptiles inconnus dans nos climats. Le lama (3) élait leur seul animal domestique; ils l'utilisaient comme bète de soinme; ils se nourrissaient de sa chair; ils se vètaient seur de Bourbourg, Histoire des nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale, 4 vol. — Southall, Recent Origin of Man. — Short, The North Americans of Antiquity. — Tylor, Researches on the Primitive History of Man. — Squier, Peru, Incidents of Travel and Exploration in the Land of the Incas. Avant tout, il faut mentionner l'important ouvrage de H. Bancroft, The Native Races of the Pacific States of North America, 5 vol.

(1) Nott and Gliddon, Types of Mankind. — Broca, Pruner-bey, Bul. Soc. Anth., 1862, — Ameghino, La Antiguedad del Hombre en el Plata, t. I, p. 71.

(2) Topinard, Rev. d'Anth., 18178, p. 511.

(3) Le lama (Auchenia}, ruminant de la famille des Camélides. I1 se rapproche du

chameau par l structure particulière de son estomac. Son habitat est au sud de la Cordillère des Andes. Le guanaco et la vigogne sont des variétés de la même famille.

Poprilations du Youveau Monde, La Faune et la Flore

de sa laine. Les bœufs, les chameaux, les chèvres, les moutons, les chevaux, es ânes leur étaient inconnus. Le chien, notre fidèle compagnon, paraît aussi leur avoir été étranger (1). 1 était mal remplacé par le coyotte (2) ou loup des prairies, que l'on parvenait à conserver en captivité et même jusqu'à un certain point à dompter; les grands félides étaient représentés par le jaguar (3), le Iynx (4), le puma (5) dont l'habitat s'étendait depuis le Canada jusqu'à la Patagonie, par l'ocelot (6) qui hantait le Mexique, le Pérou et le Paraguay; les ursides, par un petit ours noir (7) et par un autre d'une taille et d'une force prodigieuses (8). Tous les deux offraient de notables différences avec ceux que pouvaient connaître les Espagnols. Les singes eux-mêmes, si nombreux dans l'Amérique du Sud, ne ressemblaient en rien à ceux de nos continents. Tous avaient une queue longue et prenante, dont ceux-ci étaient dépourvus. La différence de la végétation était non moins caractéristique. Les arbres étaient d'espèces étrangères à l'Europe et à l'Asie. Le maïs était la seule céréale cultivée dans les deux Amériques. Les Indiens ne connaissaient point le blé, le seigle, l'orge, l’avoine, le millet ou le riz; ils possédaient en revanche un haricot d’une autre variété que le nètre, le manioc (9),

(1) On cite cependant certaines espèces que l'on peut ranger parmi les canides ; on les appelait œulos au Nicaragua, £zomes dans le Yucatan, {echichis au Mexique. On les châtrait, puis on les engraissait ; ainsi préparés ils étaient regardés comme une nourriture délicate,

(2) Lupus cagottus (Smith). Nous lisons dans une description de la Virginie publiée en 1649: «The Wolf of Carolina is the dog of the woods. The Indians had no other curs before the Christians came amongst them. They are made domestic. They go in great droves in the night to hunt dear which they do as the best pack of hounds, »

(3) Felis Onca (Linné); vit dans l'Amérique du Sud.

(4) Felis Canadensis (Geof. St-Hil.) ; il est connu sous le nom de loup-cervier ct sa peau formait un des principaux produits de la compagnie de la Baie de Hudson. Les indigènes mangent sa chair; elle est blanche et insipide.

(5) Felis concolor (Iliger).

(6) Felis Pardalis (Linné).

(7) Ursus Americanus. Son habitat est dans l'Amérique du Nord.

(8) Ursus ferox. Il entrainait facilement un bison pesant plus de mille livres, Ces ours étaient encore assez nombreux en Californie, il y a une vingtaine d'années, Les

Indiens les chassaient et en venaient à bout avec leur redoutable lasso. (9) Les racines de manioc fournissent une fécule connue sous le nom de fapioca.

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L'HOMME ET LE MASTODONTE. ù

le tabac (1), la tomate, le poivre, qui ont été pour nous de précieuses acquisitions.

Les Américains, qui se soumettaient successivement aux vainqueurs étrangers, parlaient des centaines de dialectes différents. M. Bancroft compte plus de six cents de ces dialectes, de l'Alaska jusqu'à l'isthme de Parama (2); M. Ameghino (3), huit cents dans l'Amérique du Sud. La plupart, il est vrai, sont de simples dérivés de langues mères, comme l'aymara et le guarani, Nous donnons ces chiffres sur lesquels il est difficile de s'entendre; la linguistique manque de règles précises; chaeun peut donc soit les augmenter, soit les diminuer, selon la manière dont il envisage la question. Pour n’en citer qu'un exemple, certains philologues portent à treize cents les langues de l'Amérique du Nord, tandis que Squier réduit à quatre cents celles des deux Amériques (4).

Ces dialectes offraient une disparité totale de mots à côté d'une grande analogie de structure (5). « En Amérique, dit

(1) On prétend que le tabac fut importé pour la première fois en Europe en 1588, p&: sir Walter Raleigh,

(2) Te Native Races of the Pacific States, t. WI, p. 557. Ces dialectes peuvent se ramoner à quatre familles distinctes : 1° l'Esquimau, qui offre de grandes analogies avec les langues européennes ct reste étranger aux idiomes américains ; 2° le Ténneh parlé au nord des montagnes Rocheuses et s'étendant dans l'Alaska, les possessions anglaises, l'Orégon, la Californie et le Texas ; 4° l'Aztec ou le Nahua que l'on retrouve dans toute l'Amérique centrale. Les remarquables poèmes de Nezahualcoyot], roi de Tezcuco, sont écrits dans cette langue. 4° Le Maya-Quiché, selon toute probabilité, la langue la plus ancienne de l'Amérique centrale, dominait dans le Yucatan, le Chiapas et le Guatemala. Les Indiens du Yucatan la parlent encore, assure-t-on, de nos jours; ct le Señor Orozco y Berra nous apprend que tous les noms géographiques de la Péninsule appartiennent au Maya (Geog. de las Lenquas de Mex, p. 129).

(3) La Antiguedad del Hombre, t. 1, p. 117. M. Ameghino cite ce fait curieux que, dans certaines tribus, les femmes parlent un dialecte distinct de celui des hommes, Il est plus probable que les expressions seules diffèrent selon les sexes.

(4) Nott and Gliddon, Types of Mankind, Squier prétend que 187 mots dans ces 400 dialectes sont communs à des langues étrangères ; 104 se retrouvent dans les langues asiatiques ou australiennes, 43 dans les langues de l'Europe, et 40 dans celles de l'Afrique.

(5) « Other peculiarities common to all American languages might be ment.ned, such as reduplications, or a repetition of the same syllable to express plurals ; the use of frequentatives and duals ; the application of gender to the third person of the verb; the direct conversion of nouns, substantive and adjective, into verbs and their conju-

Les Langues.

M. de Humboldt (1), depuis le pays des Esquimaux jusqu'aux rives de l'Orénoque, et depuis ces rives brûlantes jusqu'aux glaces du détroit de Magellan, les langues meres entièrement différentes par leurs racines ont, pour ainsi dire, une même physionomie. On reconnait les analogies frappantes de struclure grammaticale, non seulement dans les langues perfectionnnées, mais aussi dans les langues extrêmement grossières. Des idiomes dont les racines ne se ressemblent pas plus que les racines du slave et du basque ont les mêmes ressemblances que l'on retrouve dans le persan, le grec, le sanscrit et les langues germaniques. »

Ces idiomes étaient polysynthétiques (2) et agglutinants (3), le signe en général d'un état rudimentaire de civilisation; ils étaient cependant plus riches que ne le ferait supposer l'absence de tout développement intellectuel (4). Leur diversité peut s'expliquer par le mélange fréquent des races, les migrations, les coutumes nouvelles, les idées nouvelles qui pénètrent peu à peu chez les peuples mème les plus dégradés; plus encore par l'instabilité et la mobilité aujourd'hui reconnues des idiomes sauvages. Des missionnaires affirment qu'ils ont trouvé absolument transformé, après dix ans d’ab-

gation as such; peculiar generic distinctions arising from a separation of animate from inanimate beings. » (Bancroft, L. c., t. II, p. 556.)

(1) Cité par Prichard, Histoire naturelle de l'homme, trad. Roullin, t, IF, p. 75.

(2) Galatin (Trans. Am. Ethn. Soc., t. 1, chap. mt) définit une langue polysynthétique, celle où l'on exprime par un seul mot tout ce qui modifie le sujet ou l'action, ou bien encore plusieurs idées complexes ayant un rapport naturel entre elles. La langue aztèque est une des plus étranges en ce genre. Citons le mot Amatlacuilolitquitcatlaxlahuilli, qui veut dire : paiement reçu pour avoir porté un papier sur lequel on avait écrit; ou bien encore Winitawtgeginuliskawlungtanawnelitisesti, qui, traduit en français, signifie : ils auront bientôt fini d'accorder des faveurs éloignées à toi ou à moi.

(3) Une langue agglutinante est celle où l'on place les racines à côté les unes des autres pour former des mots différents sans changer leur construction. « Casi todas

\ las lenguas americanas son polisiläbicas o aglutinativas, es decir que difieren esencialmente del grupo de lenguas monosiläbicas del Asia oriental y de las lenguas a flexion que hablan los pucblos arianos. » (Ameghino, /. c.,t. I, p. 76.)

(4) Nous ne saurions partager l'avis du chanoine Farrar (Families of Speech, p. 134 etsuiv. London, 1873) qui prétend que la richesse que l'on admire dans les anciennes langues américaines n'est qu'un moyen de dissimuler leur pauvreté.

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sence, le langage des tribus qu'ils visitaient de nouveau (1).

La différence dans la civilisation de ces hommes n'était guère moins remarquable, Elle ne saurait cependant nous surprendre : car à la mème époque des diversités tout aussi radicales existaient chez les races européennes, et subsistent même de nos jours, malgré la fréquence des communications. Parmi les peuples de l'Amérique, les uns étaient riches, industrieux, adonnés à l'agriculture; ils avaient un gouvernement organisé, des villes, des lois, un système religieux, une puissante hiérarchie sacerdotale, En rendant compte à l'empereur Charles-Quint d'une reconnaissance envoyée dans la province de Quacalco, Cortès lui mandait que les rives du fleuve (2) étaient parsemées de grandes et nombreuses cités. « Toute la province, ajoutait-il, est fort plane, riche et abondante en toutes les productions du pays (3). » Sur bien d'autres points, il pouvait signaler une situation non moins florissante, A côté de ces peuples, que l'on ne saurait mieux comparer qu'aux antiques nations de l'Asie, habitaient d'autres races, en contraste complet avec eux; des Indiens sédentaires et agricoles vivant en commun, dans des pueblos semblables par leurs dispositions à des ruches d’abeilles; les Algonquins et les Apaches, sauvages nomades se nourrissant d'herbes ou de racines, quand la chasse ou la pèche leur faisaient défaut; les Aléoutes couverts de ?.ideuses peintures, ne connaissant que leurs passions brutales et ignorant un lien même temporaire de mariage (4). Ces hommes adoraient les animaux, le serpent ou le hibou, par exemple, le tigre dans le Honduras, l'écureuil dans l'ile de Vancouver. Ce n'était même pas là la limite extrème que pouvait atteindre la dégradation humaine; chez certaines tribus californiennes, hommes et femmes erraient absolument nus dans

(1) D° Carl Güttler, Naturforschung und Bibel. Freiburg im Brisgau, 1877,

(2) Le Coatzacualco, rivière de l’isthme de Tchuantepec, à l'extrémité sud de la province de Vera-Cruz. !

(3) Carta segunda de Relacion ap. Lorenzana, f°s 91-92,

(4) On rapporte que la pluralité des hommes existait chez eux et qu'une femme pouvait avoir à la fois plusieurs maris.

Difference de la civilisation chez les pou ples de l'Amérique.

leurs forêts, n'admettant ni lois, ni dieux, ni chefs, et sans autre abri que la cime des grands arbres ou la caverne qu'ils disputaient aux animaux.

L'Amérique du Sud ne présentait pas des contrastes moins frappants. À côté des Péruviens, le peuple le plus riche et le plus avancé en civilisation des deux Amériques, les barbares Querandis occupaient les territoires actuels des républiques de l'Uruguay et de Bueños-Ayres. Don Pedro de Mendoza débarqua le 2 février 1535 à l'embouchure du Roi Chuelo, où il fonda le Puerto de Santa-Maria-de-Buenos-Aires, Un de ses compagnons a raconté son expédition (1) et ses longues luttes contre des sauvages qui ne connaissaient que les armes de pierre, la fronde avec laquelle ils lançaient des bolas, et le asso si redoutable dans leurs mains. L'extrème Sud était moins civilisé encore, et de vastes déserts étaient parcourus par des sauvages nomades, toujours en lutte les uns contre les autres et disputant aux animaux leur gite et leur subsistance.

Espagnols Tels étaient les peuples sur lesquels les Européens allaient se

Portigais. jeter comme sur une proie livrée à leur avidité. Tandis que Cortès soumettait l'Amérique centrale, Pizarre renversait le trône des Incas: les compagnons de Mendoza, les Solis, les Gaboto, les Cabeça de Vaca remontaient le Rio de la Plata, le Paraguay, le Parana; leur valeur et leur énergie assuraient à l'Espagne le magnifique empire colonial qui a duré jusqu'au dix-neuvième siecle. Pourquoi faut-il qu'une indigne cruauté etun sombre fanatisme aient déshonoré leur gloire ?

Les Portugais n'étaient pas moins actifs, et les deux nations se disputaient le Nouveau Monde avec une féroce ardeur (2). Le 9 mars 1500, Alvarez de Cabral quittait le Portugal à la tête

(1) Un soldat allemand, Ulrich Schmidt, qui faisait partie de l'expédition, en a conservé un récit intéressant. Il a été imprimé en 1567 à Francfort-sur-le-Mein. sous le titre de Wahraftige Beschreibung aller und Mancherley Sorgfaltigen Sc hiffar ten auch vieler unbekandten erfudnen Landshaften. On peut aussi consulter Ruy Diaz de Guzman, Histori ia del descubrimento, conquistas y poblacion del Rio de la Plata.

(2) Il faut lire, sur la part prise par les Portugais dans la découverte du Nouveau

Monde, un excellent travail de M. L. Cordeiro, inséré dans le premier volume du Compte rendu du Congrès des Américanistes tenu à Nancy en 1875.

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d'une flotte de treize vaisseaux, pour se rendre dans les Indes par le cap de Bonne-Espérance. Après avoir dépassé les îles du Cap- Vert, il navigua à l'ouest pour éviter le calme plat qui régnait sur les côtes de la Guinée, Le hasard le servit au delà de ses espéances; six semaines après son départ, il abordait à Porto-Seguro ; le Brésil était découvert (1), etil avait l'honneur de donner à sa patrie une contrée seize fois plus vaste que la France (2). Le pays était habité par les Tupis, de race guaranie (3). Ces hommes, réunis en peuplades dans des villages composés ordinairement de quatre vastes tonnelles de verdure, formant au centre une place carrée, vivaient absolument nus, se servaient avec dextérité de leur are et se nourrissaient du produit de leur chasse. Une étrange parure les défigurait; la lèvre inférieure des hommes était perforée par une cheville en bois ou bien par une pierre de jade, dont le poids la faisait pendre d’une facon hideuse (4).

Quelques années après (5), Magellan découvrait le détroit qui porte son nom. Un Italien, Antonio Pigafetta, qui l'accompagnait, aconte (6) que le grand navigateur ayant dû hiverner dans la baie de Saint-Julien, on lui amena un Indien surpris par ses matelots. Cet homme, dit notre chroniqueur, était bien formé

(1) I sorait possible qu'avant cette époque les Français eussent abordé sur quelques points du Brésil; voici ce que rapporte Bergeron (Hist, de la navigation. Paris, 1630, p. 107): « Toutesfois nos Normands et Bretons maintiennent les premiers avoir trouvé ces terres-là, et que de toute ancienneté ils ont trafiqué avec les sauvages du Brésil au lieu dit depuis Port-Réal, Mais faute d'avoir gardé par écrit la mémoire de cela, tout s'est mis en oubli; ce pays fut appelé par les Portuguais terre de Sainte- Croix à cause d'une croix que Cabral y fit solennellement arborer ; mais nos Français lui ont donné le nom de Brésil, pour ce que ce bois y croist en abondance en certains endroits, » On peut aussi consulter un mémoire de M. Gaffarel (Congrès des Américanistes, Luxembourg, 1877,t. 1).

(2) La superficie du Brésil est de 8,750,000 kilom. carrés.

(3: D' Couto de Magahaës, O Selvagem, Rio-de-Janeiro, 1876. Les Guaranis peuplaient également la République Argentine, l'Uruguay et le Paraguay,

(4) De nos jours encore cette hideuse coutume se conserve chez les Botocudos, peuplade sauvage et cannibale du Brésil,

(>) De 1519 à 1522.

(6) Primo Viaggio intorno al globo navigazions sulla squadra di Magagliano. Milano, 1800. — Moreno, Les Paraderos de la Patagonie (Rev. d'anth., 1874).

quoiqu'un peu plus grand qu'un homme ordinaire, son visage était peint en rouge (1), et le contour de ses yeux en jaune; il était habillé avec la peau d'un animal à tête et oreilles de mulet, col et corps de chameau, jambes de cerf et queue de cheval, Il portait une espèce de chaussure faite avec la peau du même animal, et tenait à la main un are court et gros avec une poignée de flèches à pointe de pierre blanche ou noire. » C'était un Tehuelche auquel Magellan imposa le nom de Patagon, à raison de la taille de son pied qu'agrandissait encore la forme de la chaussure qu'it portait.

Avant l'arrivée des Européens, la Guyane était habitée par une multitude de petites tribus indigènes qui souvent n'étaient composées que de quelques familles. Les plus avancés parmi ces hommes cultivaient des champs de manioc, dont les racines suffisaient à leurs besoins. Leurs ares et leurs hamacs en fil de coton constituaient toute leur richesse. L'autorité de leurs chefs était presque nulle et leur ignorance religieuse si grande qu'on ne pouvait même les accuser d'idolâtrie, Ils n'avaient qu'une idée fort vague d'un bon et d'un mauvais esprit, et leur unique plaisir était de s'enivrer au moyen d'une boisson fabriquée avec des racines de manioc que les vieilles femmes màchaient et qu'elles faisaient ensuite fermenter (2).

Nous n'avons pas à poursuivre le récit de ces grandes découvertes ; il nous faut revenir aux compagnons de Cortès, et dire les nouveaux sujets d'étonnement qui les attendaient. Jusque dans les contrées les plus éloignées, jusque dans les forêts séculaires qui couvraient le Chiapas, le Guatemala, le Honduras, le Yucatan, et où il fallait le plus souvent se frayer un passage, la hache à la main, des statues, des colonnes, des hiéroglyphes, des villes détruites, des palais abandonnés, des ruines grandioses surgissaient de tous côtés, muets témoins de siècles écoulés et de races disparues. Partout les Conquistadores pouvaient conslater une civilisation autrement ancienne et probablement su-

(1) Les femmes avaient l'habitude de se peindre également les seins en rouge. (2) Ternaux-Compans, Nolice hist, sur la Guyane française. Paris, 1843, p. 35.

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périeure à celles des peuples qu'ils soumettaient; et aussi les luttes, les guerres, tristes fléaux de l'humanité dans tous les temps et sous tous les climats,

Trois siécles environ avant la venue de Cortes, les Aztees, qui devaient être vaineus par lui, s'étaient établis dans l'Anahuac (1); après des lattes fort vives et des défaites qui les avaient momentanément abattus, ils y avaient fondé Tenotchitlan (2) qui était devenu leur capitale, Fest presque impossible de fixer les limites exactes de leur empire qui s'étendait de l'Atlantique au Pacifique, dans les pays qui forment aujourd'hui le Mexique etune partie des États-Unis (3). Ces limites variaient sans cesse par la soumission d'une tribu, par la révolte d'une autre qui retrouvait une indépendance éphémère. Il est mème douteux que cet empire fût autre chose qu'une confédération de tribus de race Nahuatl, comme les Aztecs eux-mêmes; parmi ces peuples, les Acolhuas et les Tepanecs paraissent avoir été les plus importants.

Ce qui est plus certain, c'est que leur domination, dure pour leurs sujets, était peu solide. Cortès trouva des alliés fidèles parmi les tribus mécontentes, parmi les chefs irrités des injures qu'ils avaient subies ; et ce fut grâce à leur concours qu'il parvint à briser la puissance de Montezuma (#). Ces tribus descendaient vraisemblablement des Toltecs, qui, comme nous le verrons, avaient envahi le Mexique avant les Aztecs (5). Notre

(1) Le nom d'Anahuac, très improprement appliqué à l'Empire mexicain, était général à tout pays situé auprès d'un lac ou d'une grande étendue d'eau (Brassour de Bourbourg, Ruines de Palenqué, ch. 1, p. 32).

(2) Nom indien de la ville de Mexico.

(3) Bancroft (4, c.,t. I, p. 94), acceptant les données de Clavigero, place ces limites entre le 18° et le 21° parallèle sur les rives de l'Atlantique, ctentre le 14° et le 19° sur celles du Pacifique.

(4) Nous suivons l'orthographe adoptée en France, Le vrai nom du chef vaincu par Cortés était Moctheuzema II.

(5) Sahagun est le premier historien qui mentionne les Toltecs. Leur véritable nom reste encore incertain. Celui que nous leur donnons dérive de Tollan ou Tula leur capitale. Depuis M. de Humboldt, on a voulu voir en eux les constructeurs de ces villes mystérieuses qui s'élèvent dans toute l'Amérique centrale où leur empire avait duré plusieurs siècles. Une tradition longtemps conservée prétend qu'ils descendent

ignorance reste complète sur cette invasion, que les historiens modernes placent vers le vi® sivele de notre tre, Nous savons

seulement que les Toltecs formaient une confédération et que chacune de leurs tribus obéissait à un chef indépendant (1). Ces Pélasges du Nouveau Monde, comme les appelle M, de Humbolt, sont-ils les seuls constructeurs" des monuments que

nous aurons à décrire, les premiers habitants des villes en ruines qui restent sans nom pour leurs descendants ? Cela est très douteux, bien que nous sachions que cette race à marqué plus que toute autre dans l'histoire de l'Amérique centrale, et que la langue, les rites religieux et les coutumes des Toltecs se retrouvent depuis le Rio Gila jusqu'à l'isthme de Panama, Mais, déchirés par des luttes intestines, décimés par des maladies pestilentielles, ils ne purent résister aux Chichimees, Quelques-uns parmi eux se retirérent vers le sud et se confondirent avec les Mayas, déjà établis dans le Yucatan et dont nous aurons aussi à dire la grandeur, Les Chichimecs sont plus inconnus encore que leurs rivaux (2), et pour ajouter aux difficultés que nous rencontrons, leur nom est resté générique pour désigner les tribus insoumises de la Nouvelle-Espagne, De là, sans doute, l'opinion générale qu'ils étaient sauvages et barbares. Bancroft les dit de race Nahuatl; d'autres, et parmi eux les plus anciens historiens du pays, sont d'un avis contraire, et prétendent prouver que la langue qu'ils parlaient était absolument différente de celle des Nahuas (3).

de sept chefs, sortis des sept caves dont nous aurons occasion de roparler, Le lientepant Maury, dans une lettre de 1850 (Schoolcraft, /, e.,t. 1), croit que les sept caves de la tradition étaient sept canots et que ces hommes, les premiers Toltecs, venaient des îles Altoutes,

(1) Ixtlilxochitl, Hist, Chichimeca. Kingsborough, Meæ. Ant., t. IX. Cet historien descendait par les femmes des anciens rois du pays. Il fut élevé par les Espagnols et se convertit à la foi catholique. Il vivait encore en 1608.

(2) «I will only mention the people denominated Chichimecs, under which general name, were designated a multitude of tribes inhabiting the mountains North of the valley of Mexico, all of which were prominently dependent on the result of the chase for their subsistence, » Bancroft, L, c., t. 1, p. 617. — Becker, Migrations des Nahuas, Congrès des Américanistes, Luxembourg, 1877.

(3) Francesco Pimentel, Lenguas indigenas de Mexico, t. I, p. 154.

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Tous ces hommes, Toltecs, Chichimecs ou Aztees, venaient du Nord (1), et descendaient vers le Sud, fuyant le froid, cherchant des terres plus fertiles, des climats plus hospitaliers ; ou vaineus peut-être par des races plus belliqueuses, et chassés par elles, comme une vague en pousse une autre, Pénétrons done dans ces régions du nord, le berceau de la race Nahuatl ; nous y trouverons des tertres d'une grandeur imposante, des terrassements immenses, fortifications, temples ou sépultures, d'où le nom de Mound-Builders (2) qui a été donné à leurs constructeurs et que nous sommes forcés d'adopter à notre tour, car leur souvenir a disparu de la mémoire des Indiens rebelles à toute civihation, à tout progres, aujourd'hui les seuls représentants, nc: ne pouvons dire les descendants de ces hommes qui ont couvert de leurs constructions l'Amérique du Nord, depuis les grands lacs et le Wisconsin, jusqu'au golfe du Mexique, depuis l'Arkansas et la Californie, jusqu'à l'Atlantique (3).

Assurément l'Amérique raconte un antique passé ; el sans accepter les prétentions de nombreux écrivains contemporains (#), qui veulent qu'alors que l'Europe était habitée par des sauvages nomades, ne connaissant d'autres armes que quelques misérables pierres à peine dégrossies, l'Amérique était déjà peuplée par des hommes avant construit des villes, élevé des monuments, vivant au milieu d'une civilisation avancée ; il faut bien reconnaître que celle civilisation, cette organisation sociale n'avaient pu grandir qu'avec l'aide du temps. Cette richesse qui excita l'ardente convoitise des Espagnols s'était lentement accumulée, Les monuments du Mexique et du Pérou, ceux plus anciens de l'Amé-

(1) Les plus anciennes traditions mexicaines parlent d'un grand empire au nord du continent américain, auquel on donne le nom de Huehue-Tlapallan. Nous aurons occasion de revenir sur cette question,

(2) Littéralement constructeurs de tertres.

(3) Jones, Ant. of the Southern Indians, — Bancroft (t, IV, p. 748) donne une carte de leur territoire.

(4) Agassiz et Lyell sont à la tôte de ceux qui soutiennent la grande antiquité du continent américain ; ce dernier, dont les chiffres paraissent fantaisistes, prétend que le Mississipi coule dans son lit actuel depuis plus de cent mille ans (Second Visit to the United States, t. W, p. 188).

rique centrale, qui frappent les archéologues par leur singulière ressemblance avec les temples et les palais de l'Égypte (1), les tertres même de l'Ohio et du Mississipi avaient exigé un travail intelligent, une population nombreuse, une hiérarchie acceptée, que les siveles seuls peuvent donner, Durant ces siècles, dont il est impossible de supputer la durée, les peuples dont nous recherchons les origines avaient été précédés par d'autres peuples plus ignorants et plus barbares, Hs est certain que, dans tous les pays du globe, la civilisation « grandi par un progrès lent et graduel, C'est là une loi constante de l'humanité à laquelle il n'est nulle exception, Le temps d'ailleurs n'a pas manqué à ces transformations, quelque lentes que l'on veuille les supposer, Les œuvres de l'homme, à dit Lyell, sont comme des choses d'hier, si nous les comparons aux effets physiques qui ont successivement formé les montagnes et les vallées, les rivières et les lacs de notre planète (2).

En résumé, des multitudes de races et de nations ont surgi sur le sol américain, puis ont disparu, sans laisser d'autres traces que des ruines, des tertres, quelques silex taillés ou quelques débris de poterie, L'histoire ne peut retenir que des faits qui reposent sur des monuments écrits, sur des traditions sérieuses : c'est sur ces fondations qu'elle établit la chronologie des temps, la filiation des nations (3). Lei tout manque. Ceux que nous croyons pouvoir désigner comme aborigènes étaient peut-être les vainqueurs d'autres races qui les avaient précédés; puis les vainqueurs et les vaincus tombent dans un même oubli, et les noms des uns et des autres sont également effacés de la mémoire des hommes !

Quels étaient done ces premiers habitants de l'Amérique? D'où venaient-ils? Quelles migrations les avaient amenés? Quels désastres les avaient anéantis? Par quels chemins avaient-ils

(1) On peut consulter sur cette ressemblance : Ensayo de un estucdi comparativo entre le Piramide Egypeias y Mexicanas, Mexico, 1871,

(2) Travels in North America, t. I, p. 33.

(3) Fred, v. Hellwald, The American Migrations.

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pénétré dans ces terres inconnues? Devons-nous admettre des centres différents de création, et les premiers Américains sont-ils nés sur la terre mème d'Amérique? L'évolution, la sélection, ces principes qui paraissent si sûrs à l'école moderne, ont-ils pu produire sur les rives de l'Atlantique et du Pacifique un homme semblable à l'Eurcpéen et à l'Asiatique, semblable par sa charpente osseuse, semblable par son développement intelleetuel? Problèmes immenses qu'il faut poser, problèmes redoutables, car ils recèlent à la fois le passé et l'avenir de l'humanité, Déjà cependant il est permis d'affirmer que les premiers vestiges de notre race en Amérique et en Europe sont exactement semblables; ee n'est pas le côté le moins saisissant de la question, que de voir, dans le nouveau monde comme dans l'ancien, l'homme aborder avec des moyens presque identiques la lutte pour la vie (1).

Un point est désormais irrévorablement acquis à la science. L'homme a vécu dans nos régio durant l'époque quaternaire : il a été le contemporain et souvent la vietime de ces grands animaux dont les squelettes conservés dans nos musées montrent la puissance, Nos vieux ancêtres ont dû lutter contre l'ours et le lion des cavernes, contre le terrible Machaïrodus aux canines aussi tranchantes que les lames d'un poignard, contre le mammouth et le rhinocéros tichorhinus; probablement aussi, contre l'Elephas antiquus et le Rhinoceros etruscus, plus anciens encore, Les premiers Américains ont été, eux aussi, les contemporains d'animaux gigantesques qui, comme leurs congénères européens, ont disparu sans retour, I leur a fallu combattre le mastodonte, le mégathérium (fig. 4), le mylodon (fig. 2), le megalonyx, l'éléphant (2), un jaguar plus grand que le jaguar actuel, un ours non moins redoutable que l'ours des cavernes (3).

(1) Le D'Hamy, Les Premiers Habitants du Mexique.

(2) Elephas Colombi (Owen). On le trouve dans les deux Amériques ; mais il a disparu dans l'Amérique du Nord plus tôt que dans l'Amérique du Sud.

(3) Parmi les espèces fossiles, il faut mentionner les équidés ; on trouve des variétés nombreuses depuis les États-Unis jusqu'à la Plata, et dernièrement on a recueilli dans la Nebraska les ossements d'un équidé qui diffère peu de l'Equus Caballus, notre cho-

L'homme à vécu en Amérique au milieu des animaux de

race

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lleur fallait, comme nos pères, les attaquer et les vaincre avec des haches en silex, des couteaux en obsidienne, avec toutes ces misérables armes dont nous avons été si longtemps sans comprendre l'importance, Par une de ces admirables lois de la Providence, en Amérique comme en Europe, l'intelligence devait l'emporter sur la force brutale ; l'animal, malgré ses puissants moyens d'attaque et de défense, devait être vaincu dans cette lutte où tout paraissait être en sa faveur, et l'homme faible et nu devait vivre et se perpétuer.

Fig. 1. — Le Megatherium.

Cet homme n'avait pas seulement à lutter contre les pachydermes et contre les édentés. Les temps où il à vécu vut été marqués par des cataclysmes restés dans le souvenir des hommes, « Si j'en crois, dit l'abbé Brasseur de Bourbourg (1), les documents que j'ai été assez heureux pour recueillir, 11 y à de ces dates qui feraient allusion à des convulsions antiques de la nature dans ces régions, à des déluges, à des inondations terribles, à la suite desquels auraient surgi des montagnes, accom-

val actuel, Parmi les variétés il faut mentionner l'Hipparion, l'Anchiterium, le Protohippus, Y'Orohippus, ete., qui paraissent les ancètres du cheval (Gaudry, les Enchataements du monde animal). Ameghino (la Antiguedad del Hombre, t. 1, p. 195) croit pouvoir déduire de cette série ascendante que le cheval est originaire de l'Amérique.

(1) Arch. de la Com. scientifique du Mexique,t. 1, p. 95.

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pagnées d'éruptions voleaniques. Ges traditions, dont on trouve également les traces au Mexique, dans l'Amérique centrale, au Pérou et en Bolivie, donneraient mème à penser que l'homme existait dans ces diverses contrées lors du soulèvement des Cor-

Fig. 2, — Mylodon robustus.

dilléres et qu'il en avait gurdé le souvenir. » Parmi ces cataelvsmes, il faut sans doute placer la période glaciaire qui à joué un grand rôle dans l'Amérique du Nord et dont on rencontre partout les traces imposantes. Ce sont des rochers striés ou moutonnés par le frottement des glaciers, des blocs erratiques immenses, entraînés par un mouvement irrésisäble. Dans la Nouvelle-Angleterre on à reconnu des stries glaciaires à trois mille pieds (1) d'élévation ; dans l'Ohio les plus hautes atteignent quatorze cents pieds ; dans l'Iowa, le Michigan et le Wisconsin, douze cents pieds environ au-dessus du niveau de l'Océan (2).

(1) Nous avons cru devoir suivre les mesures américaines, qui sont les mêmes que les

mesures anglaises, Rappelons que le pied vaut 0,30; le pouce, 0,0253 ; le mille, 1609 mètres.

(2) Col. Whittlesey, Proc. Am. Ass, for the Advancement of Science. Buffalo,

De NapaiLrac, Amérique. 2

Époque glaciure

L'action des glaciers descendus de la Sierra Nevada s'est produite en Californie sur des centaines de milles carrés. On trouve dans les forêts du Brésil, dans les pays baignés par l'Amazone, comme dans les vastes savanes de Meta et de l'Apura, des blocs erratiques de forme conique provenant des grands glaciers des Andes (1). Agassiz constatait ces mêmes phénomènes en pleine région tropicale dans les vallées de l'Amazone et du Rio de la Plata ; à ses veux ils étaient si considérables, qu'il lui semblait impossible qu'ils ne se fussent pas étendus sur le continent américain tout entier (2).

Le professeur Cook (3) a dressé une carte des glaciers du New- Jersey. Un immense glacier progressait lentement du nord au sud, broyant, striant, polissant tout sur son parcours, arrachant aux roches qu'il rencontrait des blocs pesant jusqu'à vingt tonnes etles déposant dans une moraine terminale, comme ses témoins éternels. On reconnaît aujourd'hui encore cette moraine, vaste amas de débris de roches, de graviers et d'argile, depuis le Raritan jusqu'au Delaware.

Ces périodes glaciaires paraissent s'être renouvelées à plusieurs reprises, M. Sutton signale deux dépôts parfaitement distincts dans le Kentucky (#). Selon lui, l’un de ces dépôts serait antérieur à la formation de la vallée de l'Ohio; le second n'aurait eu lieu qu'après que la rivière avait creusé son lit actuel. Il y à quelques années, le professeur Newbury annonçait la découverte, sur les bords mêmes de l'Ohio, d'un Forest-Bed renfermant les ossements du mastodonte, du mammouth, d'un grand cas- {or (5) et intercalé entre deux couches de limon dont l’origine glaciaire ne lui paraissait pas douteuse. Déjà on avait constaté, auprès du lac Supérieur, des traces non équivoques de ces deux périodes. La distinction entre elles est facile ; durant la première, les glaciers se dirigeaient du Nord-Est au Sud-Ouest; durant la

{1) Bul. Soc. Géog., avril 1880.

(2) Voyage au Brésil, trad. Vogeli. Paris, 1869, p. 428.

(3) Geology of New Jersey.

(4) Proc. Am. Ass. for the Advancement of Science. Buffalo, 1876. (5) Castoroides Oniensis ? (Forster).

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seconde, du Nord au Sud. Pendant l'intervalle assurément très long qui s'était écoulé entre la première et la seconde irruption de ces glaciers, l'Amérique du Nord et particulierement les territoires qui forment l'État de l'Ohio étaient couverts de magnifiques forèts, où les mastodontes et les megatheriums trouvaient à la fois une retraite assurée et l'abondante nourriture nécessaire à leur existence. Les débris de leurs ossements, mèlés à ceux d'immenses végétaux, sont une preuve sans réplique (1). Tout récemment enfin la commission géologique du Canada (2) constatait à son tour les deux périodes glaciaires ; la première et la plus terrible devait correspondre à un envahissement général des glaces polaires, l'autre à un développement postérieur des glaciers locaux.

A quelle époque remontent ces périodes glaciaires ? L'imagination humaine a peine à concevoir leurs causes ou leur durée ; l'histoire et la tradition restent absolument muettes; nous savons seulement qu’au moment où elles prenaient fin, des inondations diluviennes, caractérisées par des torrents impétueux, :chevèrent de former les vallées actuelles, et donnèrent à l'Amérique sa configuration physique, qui depuis ce moment ne s'est guère modifiée.

L'homme a vécu durant ces tourmentes (3) ; il a résisté à la rirueur du froid; il a survécu aux cataclysmes ; les dernières découvertes du D° Abbott (4) dans les dépôts glaciaires de la vallée du Delaware (5), auprès de Trenton (New Jersey), paraissent le

(1) American Journal of Science, t. V, p. 240.

(?) Geological Survey of Canada, Report, 1877-8.

(3) « I sce no reason to doubt, dit M. Putnam, the gencral conclusion in regard to the existence of man in glacial times, on the Atlantic coast of North America. »

(4) Primitive Industry. Salem. Mass, 1881. — Paleolithie Implements from the Drift in the Valley of Dela ware River near Trenton(New-Jersey). Report Peabody Museum, 1856 ct 1878. — Th. Belt, Discovery of Stone Instruments in the Glacial Drift in North America. Lonaäon, 1878.

(5) Le Delaware se jette dans l'Atlantique après un cours de 120 lieues. fl forme la limite des deux États de Pennsylvanie et de New-Jersey. Certains géologues croient à la submersion d'une partie du Continent américain à l'époque glaciaire, Le Delaware notamment se jetait à cette époque dans l'Océan auprès de Trenton et cette ville est aujourd’hui à 120 milles de la mer.

prouver avec une entière certitude, Dans des alluvions quaternaires, formées de couches non remaniées de sable et de gravier (1), à une profondeur variant de cinq à vingt pieds, M. Abboit a recueilli un nombre considérable d'outils évidemment faconnés par la main de l'homme (fig. 3, #, 5), et qui offrent

l'ig, 3, — Instrument eu picrre de V'ig. 4. — Grattoir provenant de la la vallée du Delaware, vallée du Delaware,

une grande ressemblance avec les instruments paléolithiques de nos régions et en particulier avec les plus anciens de tous, ceux de Saint-Acheul ou de Chelles. Ces objets, pointes de lance ou de flèche, couteaux, poinçons, grattoirs, éclats de toute sorte ou rejets de fabrication, sont en trap (2), roche argileuse d'origine volcanique, très dure et très difficile à tailler; aussi les retouches sont-elles moins nettement accusées que celles, par

(1) « Why should this recently displaced material only yield the rudest forms of chipped stone implements, when the surface is litteraly covered in some places, with ordinary Indian relics ; not a specimen of which has as yet occured in this gravel, » (Abbott, Report, Peabody Museum. 1816, p. 35.)

(?) Le gisement de trap le plus rapproché de Trenton se trouve à 30 milles plus au nord.

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exemple, des haches de la vallée de la Somme (1). Ils se rencontrent au milieu de boulders, dont quelques-uns atteignent jusqu'à vingt pieds de diamètre, de roches striées et polies par l'action des glaces, ou entrainées par celle des eaux torrentielles, Un des outils présente des stries absolument analogues à celles des cailloux au milieu desquels il a été recueilli, C'est là un fait important : il convient de ne pas l'omettre,

Fig. 5. — Arme en picrre provenant de la vallée du Delaware.

La découverte de Trenton n'est pas isolée, M. Abbott a trouvé des objets, où le travail de l'homme est non moins évident sur différents points du New-Jersey: et il reste convaincu que des louilles scientifiquement conduites amèneraient les mêmes ré- Sultats dans toutes les vallées de cet État. Les iles de la Susquehanna ont donné des instruments semblables aux instruments scandinaves les plus grossiers (2). Comme ceux de Trenton, ils ont été fabriqués par des hommes probablement contemporains

(1) H, W. Haynes, The Argillite Implements found in the Gravels of the Delaware River. Boston Soc. of Natural Hist. Jan. 1881.

(2) L. du Prof. Haldeman du 21 sept. 1877, Report Peabody Muséum, 1878, p. 255.

de l'époque glaciaire et ayant certainement précédé de bien des siècles la race qui peuplait l'Amérique du Nord lors de l'arrivée des Espagnols (1).

Un membre de la commission d'exploration du Mexique, M. Guillemin Tarayre, annonçait la présence de silex taillés par l'homme dans des gisements quaternaires (2). Le temps lui manquait pour continuer ses fouilles; mais des découvertes postérieures sont venues confirmer ses prévisions. On a trouvé une hachette dans le Rio Juchipila, auprès de l'ancienne ville de

Fig. 6. — Hachette des alluvions du Rio Juchipila.

Teul; puis dans le Guanajuato une pointe de lance du type moustérien ; sur un autre point une hache semblable à celles de Saint-Acheul et un grattoir qui rappelle à s'y méprendre ceux qui remplissent nos musées (fig. 6, 7, 8). Cette dernière pièce à été recueillie non loin de Mexico, dans des alluvions quaternaires qui ne présentaient aucune trace de remaniement, et de nombreux débris de l'Elephas Colombi mèlés aux œuvres de l'homme attestent la contemporanéité de cet homme et du proboscidien.

(1) E faut aussi mentionner un marteau en pierre trouvé à Pemberton (New-Jersey (fig. 9) ; on a cru y reconnaitre le Swastika, ce signe sacré des Ariens qui se retrouve chez les Hindous, les Persans, les Troyens, les Pelasges, les Celtes et les Germains. Sur le marteau de Pemberton, il est assez grossièrement exécuté, si tant est qu'on ait voulu le reprocaire.

(2) Nature, 1878, 1er sem., p. 262. — Ameghino, /. c.,t. I, p. 148.

L'HOMME ET LE MASTODONTE,. 23 é de bien des Ce n'est pas seulement par les silex taillés, œuvre de leurs \mériqne ? i ' , ‘ , ‘ ! du Su ors de l'arri- mains, que nous connaissons les anciens habitants de l'Amc-

rique, I a été trouvé sur plusieurs points des ossements humains du Mexique, associés à de nombreux débris d'animaux disparus (1). lex taillés par mps lui manuvertes postéa trouvé une enne ville de

Fig, 7. — Pointe de lance trouvée Fig, 8. — Grattoir provenant d'une vallée ance du type auprès de Guanajuato, auprès de Mexico. le à celles de prendre ceux Lund fut un des premiers à les signaler (2). Dans une caverne nivre pièce à creusée dans le calcaire et située sur les bords d’un petit lac, le quaternaires Lagoa do Sumidouro (province de Minas Geraës, Brésil) (3),

t, et de nom-

s de l'homme (1) Jadis l'examen était très superficiel et les erreurs inconcevables. Je ne puis en

donner une meilleure preuve que l'acceptation, il y a un siècle et demi, par la Société

sroboscidien. royale de Londres, des ossements d'un mastodonte trouvé auprès d'Albany (New-England), pour des ossements humains {Philos, Transactions, t. XXIX, 1714).

ton (New-Jersey (2) On the Occurence of Fossil Human Bones in South America. Nott and Gliddon,

s qui se retrouve Types of Mankind, p. 350, — Lacerda ct Peixoto, Contribuiçoes ao Estudo Anthropo-

et les Gormains. logico das Ragas indigenas do Brazil; Archivos do Museu Nacional, Rio de Janciro,

1816, (3) Cette caverne est située à trois lieues de Santa Lucia, entre les deux rivières de Las Velhas et de Paraopeba,

tant est qu'on ait

il mettait au jour des ossements appartenant à plus de trente individus d'âge et de sexe différents, depuis l'enfant jusqu'au vieillard décrépit.

Des tètes se rencontraient parmi ces débris; elles étaient remarquables par leur forme pyramidale et par l'étroitesse du front, « Il y avait des mâchoires inférieures, écrivait Lund, quel-

Fig. 9. — Marteau en pierre provenant de Pemberton (New Jersey).

ques années plus tard (1), qui n'étaient pas seulement dépourvues de toutes leurs dents, mais qui étaient tellement usées, qu'elles ressemblaient à une plaque osseuse, épaisse seulement de quelques lignes. » Plusieurs crânes présentaient un trou de la même grandeur et toujours de forme oblongue et régulière. Il est probable qu'il avait été produit par des armes de pierre et que les blessés n'avaient pu longtemps survivre à ces graves lésions.

Les squelettes (2), confondus dans un extrème désordre qui ex-

(1) Lettre de Lund à Rafn, datée du Lagoa-Santa le 28 mars 1844. Mém. Soc. Roy. des Antiquaires du Nord, 1845, p. 49. — Cartailhac, Matériaux pour l'histoire de l’homme, janv. 1882.

(2) Le mot de squelettes est peut-être impropre; la plupart des crânes étaient cntassés séparément ; tandis qu'un autre monceau était formé de petits os, tels que les osselets des doigts et des orteils, les os appartenant au carpe ou au cou-de-pied(L, de Lund, {, c.).

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cluait toute idée de sépulture, gisaient sur la terre rouge, sol primitif de la caverne, Ils étaient empâtés dans une argile durcie par des incrustations calcaires et recouverts par d'immenses blocs de pierre, tombés des parois ou de la voûte,

Pèle-mèle avec les ossements humains, on recueillait ceux de plusieurs espèces encore vivantes dans le pays principalement, des félides (1) et des cervides (2), puis d'autres appartenant à des espèces émigrées ou éteintes, Citons parmi ces dernières un singe (3), un rongeur de la taille du tapir (4), un pécari deux fois plus grand que les pécaris actuels (5), un cheval assez voisin de notre espèce domestique, un auchenia, un grand chat qui dépassait de beaucoup la taille du jaguar (6), un mégatherium (7), d'autres encore (8).

Les ossements humains présentaient les mêmes caractères chimiques que ceux des espèces animales auxquelles ils étaient associés, soit dans la terre restée meuble, soit dans celle que des infiltrations calcaires ont transformée en une brèche d'une grande dureté (9), Sans doute les hommes et les animaux avaient vécu ensemble ; ils avaient péri ensemble, victimes des mêmes ‘atastrophes dont on ne peut préciser ni l'époque, ni la cause.

C'étaient là les débuts de Lund (10). En poursuivant ses recherches dans la province de Minas Geraës, où il eut la patience et l'énergie de fouiller, au milieu de difficultés sans cesse renaissantes, plus de mille cavernes, il rencontra de nouveau des ossements humains({1), au milieu d'importants débris d'animaux.

(1) Le Puma (Felis concolor,, l'Ocelot (Felis pardalis).

(2) Cervus rufus et C. simplicornis. Dasypus longicaudis et D, mirus.

(3) Callitrix primævus,

(4) Hydrochærus sulcidens.

(5) Dicotyles.

(6) Felis protopanther,

(7) Acelidotherium (Owen).

(8) Le Clamydotherium Humboldtii, édenté de la taille du tapir, le Platyonix (Lund), entre autres,

(9) De Quatrefages, Congrès anthrop. de Moscou, 1879, p. 6.

(10) Lund consacra quarante-huit années de sa vie à l'étude de la faune fossile du Brésil.

(11) Six cavernes seulement ont donné des ossements humains.

D TE DDR TS = —

Par de longs et minutieux travaux, il parvint à reconstituer quarante-quatre espèces disparues, et parmi elles plusieurs singes, des hoplophorus, qui atteignaient la grandeur de nos bœufs (1), et le smilodon, grand carnassier, voisin du machaïrodus qui vivait dans nos climats durant les temps quaternaires,.

Lund faisait remonter à une grande antiquité la présence de l'homme sur le sol américain, « L'habitation de l'Amérique méridionale, disait-il (2), s'étend non seulement au delà de la découverte de cette partie du monde, mais très loin dans le temps historique, probablement mème au delà de celui-ci, jusqu'au temps géologique; puisque plusieurs espèces d'animaux semblent avoir disparu des rangs actuels de la création depuis l'apparition de l'homme dans cet hémisphère, » Le savant danois ne s'était arrèté à cette opinion qu'après de longues hésitations, dont la trace est visible dans ses écrits. Durant les premiers temps qui suivirent ses remarquables découvertes (9), ii datait seulement des temps historiques les ossements du Lagon Santa.

M. Gaudry se range, sans hésiter, aux dernières conclusions de Lund (4). I croit seulement qu'il faut distinguer dans la caverne de Sumidouro deux couches quaternaires: Ja première et la plus profonde est caractérisée par des ossements d'animaux disparus (5) et devait correspondre à l’âge du mammouth dans nos régions ; la seconde couche est caractérisée par des espèces plus récentes et serait représentée par notre âge du renne, C'est à cette dernière, qu'il faut rattacher les ossements humains. Les seules preuves que nous ayions de l'existence de l'homme au Brésil durant l'époque quaternaire le feraient done

(1) H, Euphratus, H. Selloy, H. Minor. Ge dernier était beaucoup plus petit que ses congénères, Pictet range les Hoplophorus avec les Glyptodons parmi les Édentés (Paléontologie, t. 1, p. 273), mais rien ne prouve que l'Hoplophorus, ainsi qu'on l'a prétendu, eût une cuirasse comme le Glyptodon,

(2) Lettre à Rafn, p. 5.

(3) « À mes yeux, disait M. de Quatrefages à Moscou, Lund a eu incontestablement l'honneur de découvrir l'homme fossile en Amérique et celui d'affirmer cette découverte à une époque où l'existence de cet homme était regardée en Europe comme plus que douteuse par les hommes les plus compétents. »

(4) Note ms. citée par M. de Quatrefages, Cong. anthr, de Moscou, 1879. (5) Le Platyonyz et le Chlamydotherium, par exemple.

E, econstituer qualusieurs singes, e nos bœufs (1), haïrodus qui viires, é la présence de de l'Amérique nt au delà de la in dans le temps lui-ci, jusqu'au d'animaux semion depuis l'ap- 4 savant danois rues hésitations, nt les premiers tes (3), ii datait lu Lagon Santa.

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1 incontestablement firmer cette décou- Europe comme plus

ou, 1879.

remonter à des temps moins anciens qu'en Europe. Mais hâtonsnous d'ajouter que c'est là une conclusion que des découvertes nouvelles peuvent facilement modifier.

Dans notre colonie de la Guyane, l'homme existait alors que, par un affaissement du sol, les eaux submergeaient une grande partie de la contrée, On a pu relever ses traces et recueillir des haches en pierre polie sur les bords du Maroni, du Sinnamari, de la rivière de Cayenne et de l'Aprouague (1). Déjà Strobel (2) avait signalé sur les rives de la Plata des poteries du travail le plus primitif et des flèches en calcédoine qui paraissent avoir appartenu aux plus anciens habitants de la région, et les paraderos (3) de la Patagonie avaient donné de nombreuses fleches triangulaires (fig, 10) se rapprochant soit des types européens,

l'ig., 10, — Pointe de flèche de la Patagonie,

soit des types péruviens (4). Dans des conditions biologiques et climatériques très différentes, l'homme était arrivé à des créations absolument semblables, Nous reviendrons souvent sur ce point, assurément un des plus curieux de notre récit.

Il nous faut raconter les plus importantes de ces dernières dé-

(1) Maurel, Bul, Soc, anthr., avril 1878.

(?) Materiali di Paletnologia comparata, racolti in Sud-America, Parma, 1868,

(3) Le nom de paraderos vient de parar, séjourner, On a prétendu qu'ils occupaient la place d'anciennes habitations, à raison des parties de terrain bràlées qui y abondent et qui paraissent avoir servi de foyer.

(4) Moreno, les Paraderos préh. de la Patagonie (Rev. d'anthr,, 1874).

Devouvertes de M,Ameghino

2x L'AMÉRIQUE PRÉHISTORIQUE.

couvertes, I y a plusieurs années, M, Séguin recueillait, sur les bords du Rio Carcaraña (province de Buenos-Ayres), de nombreux ossements d'animaux disparus (f): un ours plus grand que l'ours des cavernes (2), un équidé, le mastodonte et le megatherium, Avec ces débris, gisaient des ossements humains, des fragments de erènes, de mandibules, de vertébres, de côtes, d'os longs, se rapportant au moins à quatre individus différents, La gangue qui les enveloppait était de tous points semblable à celle qui renfermait les ossements d'animaux ; nul doute sérieux ne pouvait s'élever sur leur contemporanéité, Fn'en peut être de mème pour quaire instruments en pierre taillée (3) du type néolithique: ils avaient bien été trouvés dans la même formation, maisnon dans le mème gisement, il convient done de faire certaines réserves à leur égard (4),

Laissons maintenant parler un autre explorateur, M. Ameghino (5): il nous dira, mieux que nous ne saurions le faire, le résultat de ses fouilles : « Sur la rive du petit ruisseau de Frias, aux abords de Mercedes, à vingt lieues de Buenos-Avyres, j'ai rencontré beaucoup de fossiles humains: j'en aitrouvé mêlésavec une grande quantité de charbon de bois, de terre cuite, d'ossements brûléset striés, de pointes de flèche, deciseauxetdecouteaux en silex (fig, 11), et une grande quantité d'ossements d'animaux éteints (6), ayant des stries, des incisions faites évidemment par

1) Gervais, Journ, de zoologie, t, HE, 1872, Les mammifères dont Séguin a retrouvé les restes sont l'Arclotherium Boncæriensis, V'Hydrochwrus magnus, le Mastodonte, le Megatherium Americanus, le Lestodon trigonidens, l'Euryurus rudis et un équidé indéterminé (Ameghino, da Antiquedad del Hombre en el Plata, t. H, p. 526),

(2) Ursus spelœus, Ses ossements se rencontrent en nombre considérable dans tous les gisements quaternaires de l'Europe.

(3) Trois sont en quartzite, un en calcédoine,

(4) Une partie des ossements et des silex taillés, recucillis par M. Séguin, ont figuré à l'Exposition de 1867. Ils appartiennent aujourd'hui au Muséws «+ Paris,

(») L. du 31 oct. 1875. Journ, de zoologie, t, IV. — L'homme pré. dans la Plata Rev. d'anthr., 1819-1880). — La Antiquedad del Hombre en el Plata, ? vol. in-8°, Paris, 1881.

(6) M. Ameghino, dans le remarquable ouvrage auquel ii nous faut renvoyer nos lecteurs, donne des détails complets sur la faune et la flore des pampas. Un tableau joint au tome IE montre la faune tertiaire de la Patagonie, la faune du pampéen supérieur et inférieur, du pampéen lacustre, des alluvions modernes, enfin la faune contempo-

L'HOMME ET LE MASTODONTE, 20 ait, sur les la main de l'homme, des os pointus, des couteaux, des polissoirs de nom- on os, » Plus tard, M, Ameghine découvrait la demeure mème

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M, Amele faire, le u de Frias, Avyres, j'ai mèlésavec ite, d'osselecouteaux d'animaux nment par

Fig, 1%, — Lo Glyptodon,

uin a retrouvé Dperipeseh don (1) (fig. 12), « Tout autour de la carapace, ajoute-t-il, il nn” vs avait du charbon, des cendres, des os brülés et fendus et quelable dans tous

raine de la conquète espagnole, À l'aide de ce tableau, il est facile de se rendre compte de l'apparition et de la disparition des diverses espèces, Los mammiferes dont M, Ameghino a reconnu les ossements mèêlés à ceux de l'homme sont : le Canis cultridens, l'Hydrochwrus sulcidens, le Reithrodon, le Toxodon Platensis, un Equus, un Auchenia et un Cervus indéterminés, le Mylodon robustus, le Panochætus tuberculatus, le Glyptodon reticulatus et le G, typus (Ant, del Hombre,t, WE, ch, x, xt, XIV et xv),

(1) Pictet le range dans l'ordre des Édentés et dans la famille des Tatous, Burmeister (Ann. de Museo publico de Buenos-Ayres) cite un Glyptodon, dont la carapace présentait un diamètre longitudinal de 1,64, un diamètre transversal de 1",32 et une hauteur de 1,05.

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ques silex, On voyait agglomérée la terre rougeûtre du sol primitif. Arrivé à ce niveau, on continua à fouiller et l'on découvrit un instrument en silex, des os longs de lama et de cerf fendus et dont quelques-uns portaient des traces évidentes du travail de l'homme, des dents de toxodon et de mylodon (fig. 2), également travaillées. » Plus tard, la découverte d'une autre carapace de glyptodon, dans des conditions à peu près analogues, vint fortifier la conviction de M. Ameghino (1). Au milieu des pampas, de ces plaines immenses sans un accident de terrain, sans un arbre, sans un rocher, où il pût trouver un abri, pour éviter les attaques des animaux gigantesques qui erraient autour de lui, l'intelligence de l'homme ne lui fit pas défaut; il avait creusé la terre, et la carapace d’un tatou vaincu élait devenue le toit de la tanière qui lui offrait une retraite el quelques moments de sécurité (2).

De longues discussions se sont élevées à la suite des découvertes de M. Ameghino. Burmeister repoussait la contemporancité des hommes et des mammifères, dont les ossements gisaient confondus (3). La Société scientifique argentine refusait mème d'entendre la lecture du mémoire qui les racontait. Nous ne saurions accepter ces décisions. M. Ameghino affirme que les ossements des animaux étaient mèêlés aux ossements humains ; les uns et les autres étaient couverts de dendrites produites par les oxydes de fer et de manganèse du sol. Les mèmes dendrites se retrouvaient dans les stries (4) ; c'est là une preuve

(1) « ET Hombre seguramente habitaba las corazas de los Glyptodon, pero no siempre las colocaba en la posicion que acabo de indicar. » (La Antiguedad del Hombre, t. H, p. 532. — Revue se. publiée par la République française, sous la direction de M. Paul Bert, 1880.)

?) Strabon nous dit: « Les Chelenophages couvrent leurs cabanes d'écailles de tortue, Ces écailles sont de telle grandeur, qu'ils s'en servent quelquefois comme de bateaux. » (Geog., lib. XVI.)

(3) Los Caballos fossiles de la Pampa Argentina. Plus tard M. Burmeister se montre moins affirmatif : «* oarece, dit-il, que sean contemporaneos de los animales de la epoca inferior prrqu: carecemos de prucbas para determinar con seguridad que hayan vivido simultaneamente, » (Descripcion fisica de la Republica Argentina.)

(4) Ameghino (£. c., t. IT, p. 424) donne la liste des animaux auxquels appartenaient les ossements striés.

re du sol pril'on découvrit de cerf fendus ; du travail de fig. 2), égalee autre caraa près analozhino (1). Au is un accident ût trouver un antesques qui me ne lui fit ce d'un tatou ui offrait une

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évidente que ces stries, qui n'ont pu être que l'œuvre de l'homme, étaient antérieures à l'ensevelissement des os. D'autres ossements avaient été fendus longitudinalement pour en retirer la moelle, apointés en forme de flèche ou de pointon, noireis par le feu, Le charbon, la terre brûlée étaient les indices certains du foyer de l'homme (1) ; les pierres n'ont pu être taillées que par sa main. Nous croyons done, comme M. Amieghino, que l'homme vivait dans l'Amérique du Sud, au milieu d'animaux disparus depuis longtemps, qu'il chassait les cerfs, les lamas, les palæolamas, les nombreux petits rongeurs, dont les ossements se sont accumulés avec les siens: qu'il ne craignait mème pas de s'attaquer au glyptodon malgré son impénétrable cuirasse, au toxodon (2), au megatherium, au mastodonte, Leur chair servait à sa nourriture, leur peau à ses vètements, et leurs os devenaient ses armes et ses outils, quand les silex et les quartzites, qu'il fallait souvent chercher au loin, lui faisaient défaut. Tout cela nous parait absolument prouvé (4).

Il reste une question importante à résoudre. A quelle époque remonte la formation des pampas ? A quelle date géologique devons-nous rattacher le pampéen supérieur où les ossements humains ont été rencontrés? Darwin considère ce terrain comme récent, Burmeister comme quaternaire, Bravard et Ameghino comme pliocène. Les opinions ne diffèrent pas moins sur le mode de formation. D'Orbigny dit que, dans les temps tertiaires, la mer recouvrait la plus grande partie du territoire argentin; le soulèvement des Andes amena de grands cataclysmes et, à leur suite, La formation du dépôt argilo-sableux des

(4) « En algunos puntos se encuentra una gran cantidad de fragmentos informes de tierra cocida de color ladrilloso, Que es lo que indican ? Son los productos de los primeros ensayos en el arte ceramico 6 son el simple resultado de la accion del fuego de un fogon encidido por el hombre de la epoca del Glyptodon » (Ameghino, L, c., t. 1,

(2) Torodon Platensis (Owen). Le premicr a été découvert sur les bords du Rio Negro à 120 milles au N.-0. de Montevideo ; la longueur de satète était de 2 pieds 4 pouces. Depuis on a cru pouvoir distinguer plusieurs espèces.

(3) La découverte de M. Ameghino n’est pas restée isolée, nous aurons l'occasion d'en citer une autre (chap. 1x).

pampas. Darwin admet aussi cette hypothèse (1). Lund croit que les pampas sont des terrains de transport, amenés par une grande inondation qui couvrit toute l'Amérique du Sud. Bravard veut y voir le résultat des cendres volcaniques, des sables et des poussières charriés par de violentes tourmentes; d'autres géologues, le limon apporté dans la période de leurs grandes inondations par les innombrables ruisseaux qui descendent des Andes. Le D' Burmeister nous parle de l'action des glaces. Pour lui les couches pampéennes sont préglaciaires et postglaciaires, caractérisées l'une et l'autre par des faunes différentes ; mais les recherches plus récentes font rejeter avec raison les changements entiers et rapides, les acteurs entrant ou sortant tous ensemble de la grande scène de la vie, Aucune faune n'a ainsi ni paru, ni disparu. M. Ameghino nous montre d’ailleurs dans les couches successives les grands mammifères tels que le smilodon, le felis longifrons, le toxodon, le mastodonte; ces deux derniers remontent mème à une époque relativement récente. L'hoplophorus, le megatherium, le mylodon, que Burmeister elasse parmi les animaux préglaciaires, se trouvent surtout dans le pampéen supérieur, En revanche, les espèces citées comme caractéristiques de l'époque postglaciaire se rencontrent à tous les étages. Sans continuer ici une controverse qui nous entrainerail trop loin, nous dirons que la formation des pampas à certainement duré un temps considérable, « largos y largos siglos, » dit Ameghino : qu'elle est due à des causes multiples et variées, el que toutes celles que nous venons d’énumérer, d’autres probablement encore, y ont sûrement contribué. S'il est impossible, dans l'état actuel de la scieuce, d'établir d’une manière précise le rôle de chacune de ces causes, il est plus impossible encore de les dater; et les difficultés sont d'autant plus grandes, que les périodes géologiques ne sont pas synchroniques en Europe et en Amérique et que leur assimilation encore bien imparfaite

(1) ILest remarquable que les dépôts pampéens ne renferment pas de mollusques marins. C'est une objection grave au système exclusif soutenu par d'Orbigny et Darwin.

Lund croit que par une grande 1. Bravard veut les et des pousutres géologues, des inondations | des Andes. Le es. Pour lui les aciaires, caracles ; mais les rees changements nt tous ensemne n'a ainsi ni ailleurs dans les que le smilodon, *s deux derniers ‘cente. L'hoplowmeister classe surtout dans le vitées comme cantrent à tous les ous entrainerait hpas à certainergos siglos, » dil s et variées, el d'autres probaest impossible, manière précise possible encore is grandes, que ques en Europe bien imparfaite

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demande, si mème elle est jamais possible, de longs efforts et de patientes recherches.

Nous ne pouvons omettre un crâne découvert en 1874, par le D' Moreno, sur les bords du Rio Negro (Patagonie), à quatre mètres de profondeur, dans une couche de gravier et de sable jaune, qu'il dit d'une formation contemporaine de celle du limon pampéen (1). Bien que ce crâne ne fût accompagné d'aucun ossement qui permit de le dater avec quelque certitude, M. Moreno le regarde comme très ancien et signale sa remarquable déformation artificielle, semblable à celle qui à existé de tout temps chez les Aymaras et qui se rencontrait ainsi à plus de six cents lieues de leur patrie. M. Broca a aussi appelé l’attention sur les traces laissées sur le frontal par une ostéite ancienne, et il n'hésite pas à attribuer cette ostéite à une affection syphilitique : c'est là un fait pathologique intéressant.

Déjà M. Moreno (2) avait recueilli dans les anciens cimetières de la Patagonie de nombreux ossements humains. Qu'ils soient fort anciens, cela ne fait de doute pour personne ; mais leur âge réel est bien difficile à fixer avec quelque certitude, Les squelettes étaient le plus souvent assis, la face tournée vers le dehors, les genoux près de la poitrine, un pied reposant sur l'autre, et les mains croisées sur les tibias. C'est à peu près la mème position que celle des momies péruviennes. Avec ces squelettes on trouvait des pointes de flèche très variées de forme, en roches de toute nature, des petits couteaux en silex, des fragments de poterie ornée de lignes, de points, d'ondulations ou de zig-zags, des boules en grès, en diorite, en porphyre, des mortiers en pierre (3), différents mollusques, et enfin des os de guanaco et d'autruche cassés longitudinalement. Quelques-uns des ossements humains étaient teints en rouge. Comme certains Indiens avaient encore au siècle dernier l'habitude de se peindre le visage en rouge avant de partir pour une expédition, on a supposé - (1) Bul. soc. anthr., 1880, p. 490.

(2) Revue d'anthr., 1874.

(3) Le plus grand mesurait 345mm de diamètre et 135mm de hautour. De NapaiLLac, Amérique. 3

\mérique du Nord,

que ces ossements appartenaient à des guerriers tués dans le combat, I était utile de citer ces faits: mais il faut ajouter que les rites funéraires dont ils témoignent ne sauraient remonter à l'époque quaternaire, ni avoir été pratiqués par les contemporains du mylodon ou du glyptodon.

Les découvertes faites dans l'Amérique du Nord ne seraient pas moins curieuses, s'il était permis de les accepter avec plus de confiance, Cette réserve faite, il faut les raconter, ne fût-ce que pour montrer combien les maîtres de la science eux-mêmes se laissent souvent entraîner par leur imagination, plus encore par des idées préconçues. Le comte F. de Pourtalès avait trouvé en 1848 des mâchoires humaines encore garnies de leurs dents et une partie des os du pied d'un homme, dans un conglomérat formé de fragments coralliens ou de coquilles brisées, et enchàssé dans les rochers à pic qui surplombent le lac de Monroë (Floride), à 16 kilomètres de la côte. Agassiz (1) avait annoncé le fait au monde savant; et en calculant que la terre sur ce point ga. gne sur la mer 30 centimètres environ par siècle, il donnait comme âge au banc de corail un minimum de 13,300 ans, et 10,000 ans aux ossements qu'il renfermait. Lyell (2), Wilson (3), bien d’autres savants à leur suite, acceptaient et le fait de découverte et les conséquences qui en ressortaient lorsqu'une lettre du comte de Pourtalès vint mettre fin à une controverse qui s'était prolongée pendant plusieurs années, en affirmant que le: ossements humains avaient été trouvés, non dans le conglomtat corallien, mais bien dans un calcaire d’eau douce nettement caractérisé par des mollusques encore vivants dans le lac, (4).

A Natchez, le docteur Dickson recueillait dans le loess du Mississipi, à côté d'ossements du mylodon et du megalonyx, l'os

(1) The Lecture of Agassiz. (Mobile Daily Tribune, 14 avril 1855). — Nott and Gliddon, Types of Mankind, p. 352.

(2) Antiquity of Man, p. 44.

(3) The Prehistoric Man, p. 12.

(4) 11 y rencontra notamment des Ampularia et des Paludina (Americ. Naturalist, Oct. 1868, t. II, p. 443).

rs tués dans le aut ajouter que raient remonter par les contem-

ord ne seraient cepter avec plus onter, ne fût-ce ence eux-mêmes ion, plus encore alès avait trouve *s de leurs dents s un conglomérat isées, et enchâssé Monroë (Floride), annoncé le fait au sur ce point gasiècle, il donnait de 13,300 ans, et 11 (2), Wilson (3), tet le fait de la taient lorsqu'une e controverse qui affirmant que les ans le conglomteau douce nettevivants dans le

dans le loess du u megalonyx, l'os

5). — Nott and Gliddon,

a (Americ. Naturalisl,

du bassin d'un homme (1), noirei comme eux par le temps, plus encore par la tourbe, où gisaient les uns et cs autres. Cette fois, sir C. Lyell se montra plus réservé; il reconnut que cet ossement pouvait bien provenir des tombes indiennes très nombreuses dans les environs, et avoir été entrainé par les eaux (2). Sir 3. Lubbock ne se prononce pas ; mais il s'étend avec une certaine complaisance sur l'opinion d'Usher qui regardait cet os comme fossile (3). Il aurait dù citer aussi le savant Leidy qui réserve, jusqu'à preuve plus complète, et c'est évi demment le parti le plus sage, toute conclusion sur la contemporanéité de cet homme et des mammifères avec lesquels ses ossements étaient confondus.

Les plaines qui s'étendent de la Nouvelle-Orléans au golfe du Mexique sont basses et humides. Il est difficile, quand on les parcourt, de dire si c'est la terre que l'on voit, ou des marécages recouverts de plantes aquatiques. Cette solitude sauvage, bornée par un horizon stérile, est le séjour des fièvres perpétuelles, des reptiles, des insectes de tout genre. L'homme par son énergie est parvenu à vaincre cette nature maudite, et une des métropoles du Sud s'élève sur des terrains d'alluvion déposés par le Mississipi, et atteignant sur certains points jusqu'à cinq cents pieds de puissance. Des tranchées exécutées il y à quelques années, pour l'établissement d'une usine à gaz, ont mis au jour plusieurs couches successives d'anciennes forêts. Les géologues ont constaté dix générations d'arbres disparus depuis des siècles (4). Dans une couche dépendant de la quatrième forêt, à une profondeur de seize pieds, parmi les troncs d'arbres et les fragments de bois brûlé gisait un squelette. Le crâne était recouvert d'un cyprès gigantesque qui avait vécu de longues

(1) Os inominatum. Nott and Gliddon, Types of Mankind, p. 349. (2) Second visit lo America in 1846, t. IT, p. 197. — Antiquity of Man, ch. x.

(3) L'homme préhistorique, trad. Barbier, p. 26, — Southall, Recent Origin of Man, p. 551. — Short, The North Americans of Antiquity, p. 114.

(4) Tableau of New Orleans, 1852. — Nott and Gliddon, Types of Mankind, p. 338. — Lyell, Ant. of Man, p. 4# et 200. — Lubbock, /’Homme préh., p. 261. — Sou-

thall, Recent Origin of Man, p. 410 et 551. — Huxley, la Place de l'homme dans la

nature, note du D' Daly.

années après l'homme, puis qui avait succombé à son tour (1). M. Bennett Dowler, en calculant la croissance et la durée des diverses couches forestières, porte à 57,600 ans l'âge de ces débris humains, C'est là un calcul trop hypothétique pour que nous croyions devoir le discuter, Le D' Dowler semble l'avoir compris lui-même, car par un calcul postérieur il ne porte plus l'antiquité du squelette qu'à 14,400 ans (2). Pas plus que le premier, ce dernier chitfre ne reposerait sur un fondement sérieux, si, comme le suppose le D' Foster (3), les prétendues forêts successivement ensevelies n'étaient que les arbres charriés par le fleuve dans ses crues fréquentes, et déposés avec les alluvions au point où il déchargeait ses eaux dans la mer, La même conclusion s'impose si nous admettons l'opinion du D° Hilgard, qui ne veut voir, dans la couche où reposait le squelette, qu'une alluvion récente.

Dans une mine de sv, située sur l'ile de la Petite-Anse (Louisiane), il a été trouvé une natte fabriquée avec des roseaux entrelacés (4). Le se! se torontre à une profondeur moyenne de quinze à vingt pieds; et le fragment de natte était au niveau des premiers bancs salins. À deux pieds audessus, gisaient des fragments de défenses ou d'ossements d'un éléphant, L'homme et le proboscidien avaient vécu au mème moment; ils étaient venus mourir au mème point.

Le D' Koch découvrait, sur les bords de la Rivicre-Bour-

(1) Le cyprès (Taxodium distichum) vit très longtemps. Adanson en cite un, auquel il attribue 5,200 ans, et le baron de Humboldt parle d'un autre à Chapultepec, déjà vieux au temps de Montezuma, et qu'il suppose âgé de 6,000 aus au moins.

(2) Nous reproduisons ce calcul d'après un ouvrage récent (Short, The North Americans, p. 193) ;ilest difficile de se rendre compte de ses facteurs, Le D' Dowler attribue Ja formation du delta à trois époques distinctes: 1° celle des plantes marécageuses : 2" celle des cyprès auxquels il n'accorde plus que deux générations ; 4° celle des chènes qui forment la végétation actuelle. Il donne à la première et à la dernière de ces périodes une durée de 1,500 ans, à la seconde une durée de 11,400 ans basée sur le diamètre des cyprès et sur les cercles concentriques, qui permettent d'attribuer à chaque génération une existence de 5,700 ans.

(3) Prehistoric Races, p. 76.

(4) drundinaria macrosperma. Cette natte est aujourd'hui déposée au musée national de Washington.

à son tour (1).

1 la durée des s l'âge de ces thétique pour Jowler semble | postérieur il 1,400 ans (2).

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beuse (Gasconade County, Missouri), les débris d'un Mastodonte (1). L'animal, un des plus grands parmi ceux connus, s'était embourbé dans les marécages; entrainé par son poids, il n'avait pu se relever et il était tombé sur le flanc droit. Des hommes l'avaient aperçu dans cette position: ils l'avaient attaqué de loin d'abord, en lui lançant des flèches, des pierres, des fragments de roche que l'on retrouve en grand nombre mèlés à ses ossernents: puis, pour en avoir plus facilement raison, ils étaient parvenus à allumer autour de lui de grands feux attestés par les cendres qui atteignaient, sur certains points, jusqu'à six pieds de hauteur. Les flèches, les pointes de lance, les couteaux étaient certainement l'œuvre de l'homme; les fragments de roche, dont quelques-uns ne pesaient pas moins de vingt-cinq livres, avaient été apportés de loin, Tout parait prouver l'exactitude de la scène que retrace Koch. L'année suivante, il faisait une découverte à peu près semblable dans le comté de Benton (Missouri). A dix milles environ de la jonction de la rivière Pomme-de-Terre avec l'Osage, il rencontrait, sous le fémur d'un mastodonte, une flèche en silex rose, puis un peu plus loin, toujours dans la direction de l'animal, quatre autres flèches (2) qui, selon toutes les apparences, avaient été lancées contre lui (3). Très probablement ces observations sont exactes; malheureusement les faibles connaissances scientifiques de Koch (4), les exagérations dont il accompagnait son récit, ont jeté tout

(1) Koch avait annoncé sa découverte par de nombreux pamphlets qui n'ont aucune valeur scientifique. Dana a conservé les titres d'un grand nombre d'entre eux (Koch's Evidence on the Contemporaneity of Man and the Mastodonte in Missouri. American Journ. of Science and Arts, May, 1875). On peut aussi consulter Forster (Preh. Races, p. 62), Rau (North Am, Stone Implements, Smith. Cont. 1872) qui admettent l'authenticité de la découverte de Koch, et Short (North Americans) qui la nie. Schoolcraft(4. c., t. 1, p.174) dit, en parlant des ossements du mastodonte découverts auprès de la rivière Pomme-de-Terre, qu'ils n'étaient pas pétrifiés, ce qui permet de douter de leur grande antiquité.

(2) Trois de ces flèches ctaient en agathe, une en silex de couleur bleuûtre,

(3) Trans. of Saint-Louis Acad. of Science, 1857.

(4) Koch était surtout un chercheur habile et persévérant, Les musées de l'Amérique ct de l'Europe sont remplis du produit de ses fouilles, C’est lui qui a découvert, entre autres, le magnifique aaastodonte du British Museum.

nr

d'abord sur les faits eux-mêmes quelque diserédit, Mais les découvertes récentes du D' Aughey dans l'lowa et dans la Nebraska sont venues les confirmer, Là aussi on a rencontré des ossements de mastodonte, mêlés à de nombreuses pointes en silex, Muni de ces faibles armes, répélons-le avec étonnement, Fhomme m'hésitait pas à attaquer Panimal gigantesque et parvenait mème à le vaincre,

Dans la région des Montagnes-Rocheuses, sur divers points des côtes du Pacifique, on signale de nombreuses traces de la présence de Fhomme, La découverte d'outils où d'armes, à plusieurs centaines de pieds de profondeur, dans des couches diversement stratifiées et ne présentant aucune trace de remaniement, implique seulement que le pays était peuplé bien des siècles avant l'arrivée des Espagnols et que les hommes qui lhabitaient avaient été les témoins des convulsions de la nature, des phénomènes volcaniques qui avaient amené des changements si remarquables. Mais quand les ossements de l'homme, les produits de sa très primitive industrie, sont associés à des restes d'animaux, disparus depuis des lemps dont il est difficile de supputer la durée, il est impossible de ne pas faire remonter l'existence de cet homme à l'antiquité la plus reculée (1).

Nous constatons ces faits dans la Californie, dans le Colorado (fig. 13), dans le Wyoming, partout où les fouilles ont pu avoir lieu, M, Voy (2), dans un manuscrit qui, croyons-nous, est resté inédit, signale de nombreuses et intéressantes découvertes toutes soigneusement vérifiées. Nous citerons deux mortiers en pierre trouvés dans un gravier aurifere, auprès de Table Mountain, l'un en 1858, à trois cents pieds de profondeur, l'autre en 1862, à quarante pieds plus bas, au-dessous d'une couche de lave de cent quatre pieds de puissance ; puis à San-Andrès plusieurs de ces mêmes mortiers qui abondent dans toute la Californie. Poursuivons une rapide énumération, que nous voudrions en

(1) Bancroft, /, c., t. IV, p. 697.

(2?) Relics of the Stone Age in California.

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Fig. 13. — Gorges du Rio Colorado.

vain moins aride, Le D" Snell parle d'un pendant en schiste siliceux, et de plusieurs pointes de lance, À Shaw's Flat, ce sont des ornements en calcaire et un mortier en granit; auprès de Sonora et à Kincaid's Flat, des silex taillés; à Gold-Spring Gulch, un plat ovale en granit de plus de dix-huit pouces de diamètre, de deux à trois pouces d'épaisseur et du poids de quarante livres ; à Georges-Town, plusieurs plats à peu près semblables. Partout ces silex, ces mortiers, ces plats étaient associés à des ossements de mastodonte, d'éléphant, d'un grand tapiret d'autres mammifères disparus, Une tradition assez constante attribue ces objets, œuvre évidente de l'homme, à une race sauvage et anthropophage, disparue comme les animaux au milieu desquels elle vivait, et qui n'avait rien de commun avec les Indiens actuels (1).

Des traces d'anciennes exploitations minières se voient aussi sur plusieurs points de l'Amérique du Nord; nous savons seulement qu'elles sont bien antérieures à la conquête espaenole, En Californie on cite des mines de mercure (2) où les roches se sont effondrées, ensevelissant dans leur chute les mineurs, dont les squelettes gisent au fond de la mine à côte de grossiers marteaux de pierre, seuls outils de ces sauvages ouvriers, Des dépôts calcaires et mème des couches carboniferes dans le Michigan portent la trace d'outils à peu pres analogues (3); et dans les mines du lac Supérieur, on à recueilli également de nombreux marteaux (4). Nous reviendrons sur ces questions ; mais déjà nous pouvons dire que de pareils travaux sont absolument étrangers aux Indiens et doivent être attribués à une race différente.

Remontons le cours des siècles. M. Berthoud raconte avoir trouvé des silex travaillés dans des sables tertiaires à Cow's

(1) Bancroft, L, c., t. IE, p.547. Il cite un manuscrit inédit de M. Powers, Nous reproduisons (app. A) les principales découvertes connues et la faune qui les accompagnait.

(?) Bancroft, £. c., t. IV, 696. Les Espagnols ont donné à ces mines le nom d'Almaden, en souvenir de celles de leur patrie.

(3) Am, Ass. Detroit (Michigan), 1875.

(4) Am, Ass. Cambridge (Mass.), 1849.

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Creek et auprès de la rivière South-Platte : avec ces silex, il recueillait des coquilles qu'il rattiche aux plus anciennes couches du pliocène, peut-être mème à celles du miocène, Ce sont là, il faut en convenir, de faibles témoignages pour alttester ua fait d'une importance aussi capitale que l'esistence de l'homme durant les temps wrtiaires (D).

La découverte qui nous reste à dire à été discutée dans toutes les sociétés savantes de l'Amérique et de l'Europe ; bien que la

Fig. 14, — Crâne de Calaveras,

solution ne soit pas encore satisfaisante, il convient de donner les détails qu'elle comporte. En 1857, un fragment de crâne humain associé à des ossements de mastodonte avait été trouvé à une profondeur de 180 pieds dans les sables aurifères de Table- Mountain (Californie). Le Rév. C.-F, Winslow s'empressa de transmettre ce fragment à la Société d'histoire naturelle de Boston (2); mais cette société reconnut qu'il était impossible d'y attacher aucune importance, parce que l'on ne possédait sur le

(1) M. Berthoud dit avoir trouvé ces objets par 40° lat, nord et 104° longitude ouest

(Philadelphia Acad. of Natural Science, 1872). (2) Whitney, The auriferous Gravels of Sierra Nevada, p. 264.

L'homme tertiaire en \iurit

gisement que les déclarations d'ouvriers fort intéressés à cacher ba vérité (), Quelques années apres, en 1866, M, Whitney, directeur des explorations géologiques de la Californie, annonçait la découverte d'un crâne, cette fois à peu près complet (fig, 14), à 190 pieds environ de profondeur, dans une couche de graviers auriforos, située sur le versant occidental de la Sierra-Nevada (comte de Calaveras), Le gisement reposait sur un lit de lave et était recouvert de plusieurs couches soit de lave, soit de dépôts voleaniques succédant à des couches de gravier (2), Cette succession indique clairement de longues périodes agitées, où de puissants courants ont alternée avec des éruptions répétées, Si les faits que l'on rapporte sont exacts, depuis l'existence de l'homme, les eaux

(4) Un fragment provenant du même crâne fut également donné par le Rév, C, F Winstow au Musée des sciences naturelles de Philadelphie,

(?) Nous reproduisons, d'après les Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme, la série des dépôts de haut en bus.

1, lave noire,,,,,,,.,,,,, , 40 pieds | 6, graviers,,.,. cosverscss 20 piods ?, graviers,,,,,,,, ’; 3 : | 7, lave brune,,.,,,,.,,. (]

3, lave blanche, ,,,,,,,.. 30 » 8, graviors,,,,,,,,,,,,,., D h, graviors,,,,,,,,,, so. Ci | 9, lave rouge,,... AE i

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D'après le propriétaire ao la mine, ce serait dans la couche n° 8 que le crâne dont nous parlons aurait été trouvé, La grande épaisseur des couches de lave ne saurait être un criterium pour jugor la durée des éruptions, La lave et les cendres du Vésuve qui recouvrent Herculanum varient de 76 à 112 pieds, Humboldt a constaté qu'en 1750 l'éruption du volcan de Jorullo au Mexique avait déposé une couche de lave de 500 pieds de puissance. En 1783, le volean de Skaptar-Jokul en Islande jetait des torrents dont les courants mesuraient une longueur de 45 et de 50 milles, Toute la vallée dé la rivière Skapta sur une profondeur variant de 400 à 600 pieds fut comblée et la rivière elle-mème desséchée, Bischoff a calculé que le volume de lave produit par cette éruption dépassait celui du Mont Blanc ; et d'autres savants l'estiment à 600 milliards de motres cubes, D'après une évaluation peut-ètre exagérée de Zollinger, le volume tütal des scories et des cendres lancées en 1815, par un volcan de l'ile de Sumbava, le Timboro, à des distances de 500 kilomètres, égalerait deux fois le volume du Mont Blanc, On a des données plus précises sur l'éruption du Coseguina, petit volcan de l'Amérique centrale qui, en 1845, fit pleuvoir la pierre ponce sur les campagnes et sur la mer dans un rayon de 1500 kilom, et rejeta une masse de 50 milliards de mètres cubes de laves et de scorics. Rien enfin ne peut rendre l'importance de l'action voleanique dans toute la Californie, Celle que nous citons n'en est qu'un très faible exemple. — Lyell, Prince, of Geology,, t. A, p. 49 et suiv. — Southall, Recent Origin of Man, p. 555. — Radau, la Constitution intérieure de la terre (Rev. des Deux Mondes, 15 oct. 1879).

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Le crne était empâté dans une gangue sableuse ot adhéraient quelques autres fragments d'ossements humains, des débris appartenant à de petits mammiteres, qu'il a été impossible de déterminer, et une coquille de mollusque d'eau douce (Helir mormonum, À côté gisaient des branches de ehène entierement fossilises, Le puits de mine, d'où le erâne a été retiré, faut-il ajouter, es is ce moment rempli d'eau et toute nouvelle exploration est devenue impossible,

Si le crâne de Calaveras n'était accompagné dancun ossement de mammifère pouvant fier sa date, ilest certain que, sur d'autres points de la Sierra-Nevada, des graviers identiques ont donné des ossements d'animaux de race éteinte, est tels gisements de la Californie et de FOrégon, où les débris d'éléphants et de mastodontes pourraient, selon une expression populaire, remplir des wagons, À côté de ces gigantesques pachydermes, on rencontre le Palæoliima, F'Élotherium (1), des Bovidés, des Hipparions, et plusieurs espèces de chevaux, La flore fossile, dont les empreintes sont fréquentes dans les dépôts argileus, prés te également des différences notables avec la flore actu 2}, Nous voyons des charmes, des ormes, des figuiers, des auines, d'autres arbres de nos régions (9); on remarque surtout l'absence complète de ces conifères, qui impriment aujourd'hui à Va flore californienne son caractere particulier. M. Whitney rappelle aussi, à l'appui de sa thèse, les instruments tels que les pointes de lance, les haches en pierre, les mortiers destinés sans doute à broyer les grains ou les noyaux, qui témoignent tous de la présence de l'homme, et qui sur bien des points ont été trouvés ensevelis sous des couches de lave, Voici en quels termes il annonçait sa découverte à M, Desor : « Le grand inté-

(1) De l'ordre des pachydermes et de la tribu des suilliens selon Pictet, Nous don nons à l'appendice A la liste de la faune dressée par M. Whitney.

(2) M. Lesquereux a pu reconnaitre dans la flore des terrains miniers, des formes

appartenant au pliocène et se rapprochant mème du miocèns, (3) App. A.

rèt pour moi à présent est dans les restes humains et dans les œuvres de main d'homme qui ont été trouvés dans les rochers tertiaires de la Californie, et desquels j'ai pu vérifier l'existence du: ‘tces derniers mois, Les évidences se sont maintenant accumulées avec une telle extension, que je n'éprouve aucune hésitation à dire, que nous avons les preuves non équivoques de l'existence de l'homme sur la côte du Pacifique, antérieurement à l'époque glaciaire, antérieurement à la période du mastodonte et de l'éléphant, dans un temps où la vie animale et la vie végétale étaient entièrement différentes de ce qu'elles sont actuellement: st depuis lequel il s'est produit sur des roches dures et cristallines une érosion verticale de deux mille à trois mille pieds, »

Le monde savant attendait avec une légitime impatience la confirmation de ces curieuses assertions, M. Desor s'était fait l'interprète de tous, et en 1872, M. Whitney lui répondait (1) : « Vous pouvez compter que je publierai ce fait dans tous ses détails, dès que les cartes nécessaires seront gravées et que j'auvai compiètement achevé la géologie de la région. On verra alors qu'il n'y a pas eu de méprise. La simple publication du fait que des restes humains et des produits de l'industrie humaine ont été trouvés sous les transformations volcaniques de la Sierra-Nevada ne prouverait rien, si la structure géologique de la région n'était pas en même temps déterminée avec assez de précision, pour que chacun puisse apprécier au point de vue géologique la signification de cette découverte, Sachez bien que le crâne de Calaveras County n'est pas un fait isolé ; mais que j'ai toute une série de cas bien authentiques, où l'on a trouvé &ans la même position géologique soit des débris humains, soit des objets travaillés. » Complétant ces renseignements, un géologue de Philadelphie mandait vers la même époque à M. l'abbé Bourgeois, que M. Whitney avait recueilli dans les terrains pliocènes de la Californie, sur neuf points différents, des ossements humains ou des

(1) Rev. d'anthr., 1872, p. 760.

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débris de l'industrie de l'homme, et que ces faits étaient destinés à dissiper toutes les incertitudes (1).

Puis pendant huit ans le silence se fait; M. Whitney ne publie aucun détail sur ses découvertes, et les journaux américains répétent, sans qu'il prenne soin de le démenüir, qu'il avait été le jouet d'une déplorable mystification (2). Ce n'est que récemment qu'il a cru devoir revenir sur ce sujet dans une conférence à l'université de Cambridge (Massachussets), puis dans des ouvrages auxquels son nom donne une légitime importance, 1 maintient toujours l'authenticité de sa découverte ; les enquêtes auxquellesil s'est personnellement livré l'attestent; mais il est obligé de reconnaître que le crâne a été trouvé par des ouvriers ignorants et que nul homme compétent ne la vu dans sa position primitive (3).

La description de ce crâne n'ajoute aucune preuve nouvelle. Le type se rapproche de celui des Esquimaux et le trait le plus caractéristique consiste en des arcades sourcilières tres proëéminentes, L'analyse chimique n'est pas plus affirmative. Elle constate seulement que le crâne contient de légères traces de matière animale (4) et que le phosphate de chaux est en partie remplacé par du carbonate (5).

Nous retenons ces deux faits qui nous paraissent importants pour la solution de la question. Il est impossible que des traces de maticre animale, quelque faibles qu'on veuille les supposer, aient pu se conserver durant les temps immenses qui nous séparent de la période tertiaire. La ressemblance de ce crâne avec les crânes esquimaux actuels ne serait pas moins étrange, et il est difficile d'admettre qu'un type ait pu se perpétuer sans modifica-

(1) Mat., 1873, p. 55.

2) «The intelligent portion of the community, dit Short (£ e., p. 125), pronounced the finder guilty of a scientific fraud and it is not yet a certainty that their decision was incorrect, »

(3) Whitney, Lecture in Cambridge; 25 april 18178. — The Calaveras Skull, Memoirs of the Museum of Comparative Zoology of Harward College, t. VI.

(4) « The skull being as nearly deprived of its organic matter, as fossil bones found

sin the tertiary period usually are, » (Whitney, L, e., p. 271.)

(o) Whitney (2. c., p. 269) donne le résultat de l'analyse.

tions appréciables durant des âges incalculables, où tout dans la nature s'est si complètement transformé (1).

Les conclusions nous paraissent donc simples. Sans doute l'homme a vécu en Californie, et le récit de M. Whitney vient s'ajouter aux preuves que nous avons déjà données, pendant que les volcans de la Sierra-Nevada étaient en pleine ignilion, avant la grande extension des glaciers, avant la formation des vallées et des profonds ravins, à une époque où la faune et la flore étaient complètement différentes de la faune et de la flore actuelles. Mais M. Whitney admet lui-même que si l'éruption de la grande masse des matériaux volcaniques à commencé vers la période pliocène, elle s'est sûrement continuée durant toute la période postpliocène et même durant les temps modernes. Toutes dates initiales et finales nous font donc défaut, et si même il devenait possible de les établir, on ne saurait affirmer avec quelque certitude l'absence sur tel point donné de tout remaniement, alors que le sol a été bouleversé par des convulsions aussi terribles que les phénomènes volcaniques. Ceux mème qui admettent l'authenticité du crâne de Calaveras doivent réserver toute opinion sur l'époque à laquelle il remonte, jusqu’à ce que la question soit plus amplement étudiée au point de vue de la science seule et en dehors des polémiques passionnées que ces questions prôvoquent trop souvent (2).

Mais si nous nous refusons à admettre quant à présent l’existence de l’homme sur le sol américain durant l'époque tertiaire, ilest difficile de méconnaître les longs siècles qui se sont écoulés depuis les temps où ces hommes inconnus vivaient au milieu

(1) Ji paraît certain, par exemple, qu'aux temps où M. Whitney fait remonter le crâne de Calaveras, le climat de la Californie était tropical. Proc. California Acad. of Science,

(2) Le prof. Marsh disait en 1877 à Nashville (Am. Ass. for the Advancement of Science) : « The evidence as it stands to day, although not conclusive, seems to place the appearance of man in this country in the pliocene ; and the best proof of this has been found on the Pacific coast. » Bancroft est moins convaincu (t. IV, p. 303). « The evidence was sufficient, dit-il, to convince Prof. Whitney and other scientific men, that this skull was actually found as claimed, although on the other hand some doubt and not a little ridicule have been expressed about the subject. »

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