‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 34 sur 113 · X. Représen tation de l'homme · texte numérisé non relu

X. Représen tation de l'homme

Les images de l'homme ne font pas non plus défaut. Les unes. exécutées avec talent, sont de véritables portraits: chacune d'elles, quelle que soit la forme du vase qu'elle est destinée à orner, présente un caractère individuel très marqué (fig. 64, 6%, 65). Le musée de Saint-Louis possède une bouteille, dont le goulot a été cassé et qui porte quatre médaillons à figure hu-

Fig, 65. — Vase en terre cuite de cou- lig, 66, — Figure eu terre cuite noir leur noire (Missouri). trouvée dans le Missouri (1/3 grand).

maine incrustés dans la pâte avant la cuisson. Un vase provenant des fouilles si fructueuses de New-Madrid mérite aussi une mention, Les figures sont, il est vrai, tracées sans art: mais elles sont précieuses par l'indication qu'elles offrent des vêtements portés par les Mound-Builders. Le plus important est une robe flottante, ou pour mieux dire, une blouse assez semblable au nôtres, serrée à la taille et descendant jusqu'aux genoux. Citons encore un homme couché sur le dos, avec des bras et des jambes grossièrement imités; on vidait le vase au moyen d'un goulot adapté au nombril, Dans une sépulture du Missouri, il a été recueilli des fragments de poterie, ornés de dessins représentant des têtes, des bustes et même des corps entiers de femmes. Ces

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Fig, 67, — Vase trouvé dans le Missouri, Un second visage est accolé au premier et

l'ouverture est située sur le côté (1/4 grandeur),

A côté de ces poteries, ilen est d'autres qui se rencontrent par Ï

milliers et qui n'ont rien d'humain. Ce sont de véritables carica-

Fig. 68. — Boutaille représentant une femme.

lures (2) (fig. 66, 67 et 68). Celle qui se trouve le plus souvent re-

(1) Swallow, Am. Ass. Detroit, 1873, p. 403.

(2) Ces caricatures humaines se rencontrent sur des points souvent très éloignés ;

produite est une femme accroupie, les seins pendants, les bras reposant sur les genoux, La répétition si fréquente de cette figure a fait supposer qu'elle était une idole, une de ces déesses malfai. santes, dont il fallait désarmer la colère, Mais ici encore la con. clusion ne parait guère motivée, puisque ces vases porlen constamment sur la partie postérieure de la tête, une ouverture qui indique clairement qu'elles servaient de bouteilles, Remurquons que jusqu'ici on n'a trouvé qu'un petit nombre de ce figures lascives, si nombreuses au contraire chez les anciens peuples de notre continent. Les reproductions soit du phallus, soit des parties sexuelles de la femme, sont rarement venues jusqu'à nous (1). C'est là un témoignage important en faveur de la moralité de ces populations primitives.

La disposition des Mound-Builders à imiter les figures qu'ik avaient sous les yeux est très caractéristique, La supériorité de la fabrication de leur poterie ne l’est pas moins. Si l'on compare, en effet, la poterie provenant des mounds avec celles des populations lacustres de la Suisse, chez lesquelles on peut supposer un degré analogue de civilisation, on reste surpris de l'infériorité de cette © rnière, Veut-on d'autres exemples? On a fouillé récemment des tumauli situés sur le champ de tir de l'école d'artillerie de Tarbes, aux confins des deux départements des Hautes et des nous mentionnerons entre autres, les poteries trouvées dans l'ile d'Omotepec (lac ( Nicaragua).

(1) On en peut cependant citer des exemples. « In altre provincie, dit un des com pagnons de Cortès, e particularemente in quella di Panuco, adoravano il membro ch portano gli huomini fra le gambe » (Relazione d'alcune cose della Nueva-Spayna). Li D: Jones (Smith, Cont.,t. XXIT) cite une pipe imitant un phallus, Heywood uu phallus, trouvé auprès de Chilicothe (Natural and Aboriginal Hist. of Tennessee, p. 115), On en connaît aussi provenant du comté d'Alameda (Californie). Sur d'autres points, dans Smith County, dans l'ile de Zapatero, dans le Costa-Rica,on mentionne des idoles portant membrum virile in erectione. Stephens raconte que les ornements de plusieurs temples du Yucatan représentaient membra conjuncta in coitu. Nous raconterons certaines poteries péruviennes du même genre, mais ce sont là des oxceptior:, Le père Kircher cependant (Trans. Ethn, soc., t. I, p. 360) et, après lui, M. Bancroft veulent y voir l'existence en Amérique d'un culte phallique, I existait, cela ne peut faire aucun doute, sur l'Ancien Continent. Les organes oxtornes do la femme étaient exposés à Eleusis, et c'était sous cette forme que les Egyptiens adoraient Osiris et Isis. (Dulaure,

des Divinités yénératrices Paris, 1805. — D'Hancarville, Monuments du culte secret des dames romaines, 8. 1., 1784.)

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Basses-Pyrénées; les fouilles ont donné des vases qui datent vraisemblablement des Gallo-Romains: ilssont inférieurs comme pâte, comme fabrication et comme ornementation à ceux des races américaines, Îlen est de mème pour des vases trouvés par M. Chantre auprès de Samthravo (1). Nous nous bornons à ces seuls faits; il serait facile de les multiplier,

I faut encore remarquer que si les poteries présentent des différences considérables comme exécution, alors que le mound où elles ont été recueillies n'offre aucune trace de remaniement, on ne saurait, sur ce seul indice, décider qu'elles ne datent pas de la mème époque et que le progrès de la fabrication est la conséquence naturelle du développement des goûts esthétiques du peuple. Nous avons probablement à la fois sous les yeux les produits du travail d'ouvriers plus ou moins habiles, plus ou moins intelligents, ou plus simplement encore, les vases des classes pauvres et ceux des riches, C'est là un fait qui ne mérite gucre d'être discuté ; il est de tous les temps et de tous les peuples.

Les premiers habitants de l'Amérique devaient être des fumeurs intrépides, à en juger par le nombre de pipes que les fouilles ont donné, partout où il a été possible de les entreprendre (2). Nous avons déjà parlé de celles en terre cuite ; d'autres sont laillées dans l’ardoise, dans la stéatite (3) (fig. 69), dans le marbre du Potomac, plus souvent encore dans un porphyre très dur et très résistant de couleur rouge ou brune, Quelques-unes sont de simples fourneaux de forme toute primitive; d'autres re-

(1) Mat., avril 1881, — Revue d'Anthr., avril 1881.

?) Si nous en croyons Bancroft (£. e.,t. IF, p. 288), les Américains, au moment de la

conquête espagnole, fumaient aussi des cigarettes et connaissaient le tabac à priser. Ameghino (4, e.,t. 1, p. 354) dit à son tour : « Es del dominio publico, que el tabacu es indigeno de America, »

(3) Par une singulière superstition, les Indiens actuels regardent la stéatite comme la chair pétrifiée de leurs ancètres. On a reconnu une carrière de stéatite auprès de Washington ; la picrre était enlevée au moyen de pics en quartzite ; on en fabriquait des plats et des coupes dont il est facile de trouver les fragments. Cette carridre est certainement précolombienne ; mais rien ne permet d'en fixer la date. — Reynolds, Aboriginal Soap Stone Quarries in the District of Columbia. Report Peabody Museum, t Il, :

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Pipes en pierre

présentent des animaux divers: le castor, la loutre, le cerf, l'ours, le loup, la panthère, le chatsauvage (fig. 70), la tortue, le racoon 1, l'opossum (2), l'écureuil, le crapaud et la grenouille, le morse ot le lamantin, Les oiseaux sont peut-être plus nombreux encore:

Fig, 69. — Pipe en stéatite,

nous pouvons citer parmi eux: le héron, le faucon, le perroquet, le toucan (fig. 71), le coq de bruyère, le butor, Sur une pipe en stéatite provenant du Kentucky, on a cru reconnaitre un armadillo (3); tout récemment enfin, on a trouvé dans l'lowa une pipe taillée dans un grès assez tendre et figurant un célephant (fig. 72) qu'il est difficile de méconnaitre (4).

Toutes ces sculptures saisissent l'animal dans l'attitude qui lni est la plus familière et témoignent souvent ehez l'artiste d'un

véritable talent. Le héron tientun poisson sous ses pieds (fig. 73 :

(1) Le racoon, appelé quelquefois raton, Cursus Lator (Linn.), appartient à la famille des Ursides.

(2) L'opossum, de la famille des Didelphes, est le représentant sur le sol américain des palæotherium et des anoplotherium de notre continent,

(3) Dasupus (Linn.) de l'ordre des Édentés.

(4) Le rev. S. D. Peet annonce dans l'American Antiquarian (mars 1880) la décou verte d'une autre pipe représentant également un éléphant; la trompe est droite, et c'est par un trou habilement ménagé que la fumée s'échappait.

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la loutre porte aussi un poisson ; le faucon déchire de ses griffes un petit oiseau, On a trouvé sept têtes de morses sous les ter-

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