XII
avec son oncle qui lui fit comprendre que la terre n'était pas faite pour les marins et qu'il devait au plus tôt reprendre la mer, son véritable élément.
Girard alla trouver ses cousins qui étaient de petits propriétaires sots et pleins d'importance. Les habits de malelot de Girard produisirent sur eux un ellet plus répulsif encore que celui qu'ils avaient causé à l'onele et à la tante.
— Vous comprenez, mon ami, dirent-ils au prétendu matelot, que dans notre position, avec notre titre di propriétaires, il nous soit impossible de vous recevoir cômme appartenant à notre famille, On vous croit mort dans notre pays, ou plulôton vous a complétement oublié, D'ailleurs, vous vous ennuieriez ici. Ce qu’il fau à un matelot, c'est la mer.
Et ces aimables cousins voulurent glisser une pièce de cinq francs dans la main deGirard qui la réfusa avee mépris.
— Non, dit-il, je ne viens pas vous dernander laumône, et vous vous repentirez tous d’avoir si mal accueilli un parent, parce que vous le croyez pauvre ct dans une position sociale qui blesse votre vanité.
Et Girard se retira le cœur plein d’amertume, mais disposé à se venger d’une manière éclatante.
Trois jours plus tard, les postillons d’une magnifique chaise de poste faisaient claquer leurs fouets et attiraient l’attention de tous les habitants de cette même petite ville. Les parents de Girard ne furent pas les derniers à se mettre au pas de leur porte pour voir passer le grand personnage qui traversait si bruyamment leur pays. Quelle ne fut pas leur stupéfaction en reconnaissant dans ce grand personnage le matelot auquel ils avaient refusé l'hospitalité, Ils se crurent le jouet d’un rêve. Leur surprise et leurs regrets augmentèrent quand ils surent que celui qui pour les éprouver
ce
s'était présenté sous les habits grossiers d’un homme de mer, était dix fois millionnaire. Girard fit don de vingt-cinq mille francs aux pauvres du pays qui le bénirent, et repartit aussitôt pour Philadelphie où il mourut quelques années plus tard, ne laissant pour héritage à ses parents que le dépit d’avoir élé si mal inspirés en se montrant aussi cruels à son égard. Cette histoire parfaitement authentique est connue de tous les habitauts de Philadelphie.
C'est dans l’état de Pensylvanie que le système des prisons cellulaires a pris naissance. Mais ce système, dont on à reconnu les graves inconvénients, ne s’applique qu'aux condamnés pour crimes. Pour les autres condamnés, le séjour de la prison est rendu plus supportable, plus conforme à l’organisation de l’homme, que la nature a fait naître pour vivre en société, et non en solitaire. Nous admirâmes à Philadelphie le pénitencier d'État, un véritable modèle de prison, par son étendue, son excellente distribution et la bonne organisalion qui y règne partout.
Pour servir d’antithèse aux prisons de Philadelphie, ceite ville possède quatre belles salles de spectacle, et deux salles de concert dont l’une, le Concert-Hall, est véritablement splendide. En voyant le Concert-Hall je pensais à Paris qui attend encore une salle de concert où l'on puisse loger convenablement un orchestre et des chœurs.
Il y a toujours un grain d’aberration dans l'esprit des hommes même les plus doués de sagesse, comme il y a des taches au soleil et des tyrannies monstrueuses dans les pays les plus libres. C’est ainsi qu’à Philadelphie tout le monde est condamné de par la loi de tempérance à ne boire que de l’eau. Sous prétexte qu'il y a des gens qui s’enivrent, on supprime pour tous les boissons. Cette mesure a du moins le mérite d’être
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