CHAPITRE XII
cieuses commissaires constatèrent que la recette était presque nulle.
Que faire ?
Tout à coup une de ces demoiselles, Lucy S..., belle blonde de dix-sept ans et qui appartenait à une des familles les plus distinguées de la ville, s’écria :
— J'ai une idée !
— Voyons l'idée, dirent tés jeunes patronnesses.
— Elle est hardie, mon idée, reprit mademoiselle Lucy, désespérée même, fnais, si vous l’approuvez, nos pauvres feront une recette d’or, et notre amour-propre sera sauvé.
— Parlez, parlez, dirent toutes les jeunes filles.
— Il s’agit d'accorder le droit d’un baiser sur le front à tous ceux qui prendront des stalles à dix dollars.
Un murmure d’étonnement et d’hésitation accueillit celte proposition désespérée en effet, comme l'avait dit miss Lucy.
Quand l’ordre fut un peu rétabli, la plus âgée prit la parole.
— Il ya du bon, dit-elle, dans la proposition de notre excellente amie. On peut en régulariser l’ exécution de la façon la plus simple.
— Ah ! dit une brune piquante, si l’on peut en régulariser l'exécution, je donne ma voix à la proposition de Lucy.
— Voici. Quand viendra le moment, nous nous mettrons loutes en ligne à l’entrée de la salle du concert, et les porteurs des coupons de slalles avec prime nous embrasseront en passant.
L'idée eut un succès prodigieux. Depuis Jenny Lind, qu'on a tour à tour surnommée le rossignol suédois et l'ange tutélaire de l'Amérique, jamais concert n’avait attiré pareille affluence de gentlemen aux États-Unis. Les pauvres ont eu à s’en réjouir. En outre, d’après
ce que j'ai su plus tard, chacune des aimables protectrices de celte œuvre de bienfaisance a vu récompenser son dévouement par piusieurs demandes en mariage.
Mais si les dames ont le droit de se montrer gracieuses jusqu'à la générosité envers la moins belle moilié du genre humain, celle-ci est tenue envers celle-là à la plus grande réserve. À propos de ce concert au baiser, Arthur nous raconta que sur la ligne du chemin de fer que nous venions de parcourir, le nommé F... conducteur de train, venait de perdre sa place pour avoir complimenté une dame sur la petilesse et la gentillesse de son pied qu’elle laissait apercevoir. Sur la lettre de destitution qui lui fut envoyée il était dit que le conducteur était renvoyé : 4° parce que l'observation était inutile, celte dame devant bien savoir que son pied était pelit etgracieux ; 2° parce que la constatation de ce fait sort évidemment des attributions des conducteurs de chemins de fer!
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