‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 115 sur 212 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

trompait pas dans son calcul; mais est-il plus excusable d'agir contre les Africains que contre les Indiens? Assurément non, et le remède, pire que le mal, ne fit qu'augmenter dans une proportion effrayante le nombre des esclaves du Nouveau Monde.

La traite se trouvant ainsi légalisée, les Indiens purent respirer aux dépens des Africains, qui les remplacèrent dans les travaux et dans les mauvais traitements. Les Indiens n'avaient pas été considérés comme des hommes uniquement parce qu'ils n’avaient pas reçu le baptême ; on baptisa les nègres, mais on ne les traita guère mieux pour cela. Ces nouveaux frères en Jésus-Christ furent regardés assez généralement par leurs propriétaires comme une espèce transitoire entre le singe et l’homme, créés et mis au monde pour être à perpéluité les esclaves des blancs. C'était ajouter une impiété révoltante à un droit criminel. Mais il n’y a pas à raisonner avec les casuistes qui ont de la canne à sucre et du coton à cultiver. Jamais ces messieurs ne voudront se convaincre que les différentes races humaines ne sont toutes que des variétés accidertelles d’une seule et même espèce. Et le sucre ? et le coton? En vain, un grand naturaliste a dit que l’homme est partout le même homme leint de la couleur du climat; en vain des preuves physiologiques nombreuses, incontestables, sont venues forlifier le sentiment général en démontrant une vérilé sensible à tous les yeux : les colons sont restés sourds et aveugles, Et Ie sucre! et le coton!

Voyons donc cependant les différences établies par la science entre les blancs et les noirs.

L'ontologie nous démontre que trois membranes ou lames distinctes forment la peau humaine. La première de ces membranes s'appelle épiderme, la seconde épiderme interne, la troisième derme. Ce qui

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distingue le nègre du blanc, quant à la couleur, ce n’est point une membrane particulière, un organe spécial, comme le supposent beauconp de gens et comme quelques savants l'ont cru, c'est uniquement une matière colorante logée entre l’épiderme interne .et le derme.

Cette sécrélion, désignée sous le nom de pigmentum, existe chez les hommes de toutes les races et sousraces, et c’est son degré d'abondance relative qui seul rend noir l’Africain, jaune le Mongolique, rouge l’Américain, noir-jaune le Malais, blanc ou brun le Caucasien. Chez ce dernier, la matière coloranie, le pigmentum, est si peu marquée, qu’elle est à peine visible sans le secours d’un verre grossissant; tandis qu’elle est plus prononcée chez les autres races d'hommes, et très-abondante chez l'Éthiopien. Il est si vrai que l’homme, le même partout, est teint de la couleur du climat, qu'on voit le pigmentum se développer à l’ardeur du soleil chez les sujets appartenant à toutes les races. On a vu des Français devenir presque noirs après un certain nombre de campagnes en Afrique. Lorsque la chaleur est excessive, comme au Sénégal et en Guinée, les hommes sont du plus beau noir d'’ébène. Là où elle est moins forte, comme sur les côtes orientales de l'Afrique, les hommes sont moins noirs ct sous-tachés de parties jaunâtres. Dans les endroits où la chaleur devient plus tempérée, les hommes ne sont plus que bruns. Enfin les hommes sont blancs dans les pays tempérés ou froids.

Il est donc aussi arbitraire de rendre, en Amérique, les nègres esclaves, parce qu'ils ont la peau noire, qu’il le serait en Europe de soumettre à la servitude ceux qui ont les cheveux noirs ou châtlains, au profit de ceux qui les ont blonds ou roux. Comme la peau, les cheveux sont colorés pa: une matière, et je ne

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