CHAPITRE XIX
un furieux, à toute vapeur, sur le Monitor, espérant le couler dans le “as où il ne pourrait pas le transpercer.
Le choc relentit comme un coup de tonnerre; mais les éperons du Merrimac s'émoussèrent contre le Monitor, qui ne coula point.
Des acclamations frénétiques partirent de toutes les bouches unionistes, et le vainqueur de la veille, vaincu à son tour, ne songea plus qu'à fuir,
Le Monitor, qui n’avait nullement souffert de cette lutte corps à corps, poursuivit le Merrimac à coups de canon.
Le Merrimac avait fui, mais ce n’était que pour prendre quelque repos.
Il revient sur son adversaire, et le combat recommence avec une vigueur nouvelle de part et d'autre.
Pendant une heure ils jouent du canon sans qu’il en résulte aucune avarie apparente ni d’un côté ni de l’autre.
À onze heures, on put craindre pour le Monitor, car, à son tour, il battit en retraite, et alla se placer derrière la frégate Minnesota qui se trouvait échouée.
Ce n’était heureusement que pour donner à ses canons le temps de se refroidir.
Mais alors la rage du Merrimac se tourna contre la pauvre frégate, 'qui fut criblée de boulets et de mitraille, et dont le pont fut jonché de morts et de blessés.
Bientôt le Monitor reparut, et cette fois le combat allait être décisif.
Après une demi-heure de tir à une longueur d’un demi-mille, le Monitor trouve que la distance est encore trop éloignée ; il se rapproche donc de son adversaire, et de si près, que, si les hommes n’eussent pas été enfermés sous la carapace respective de leur batterie, ils eussent combattu corps à corps. C'est à bout portant, gueule de canon contre gueule de canon,
que le Merrimac et le Monitor se inonnent, confiants tous deux dans la force de leur cuirasse.
Ce fut là un spectacle unique dans les annales des guerres maritimes.
Mais il n’est point de cuirasse qui n'ait son défaut, et c’est en visant au défaut de la cuirasse de son adversaire que le Monitor va s'en rendre maître.
Six fois moins gros que le Merrimac, nous l'avons dit, le Monitor a sur ce dernier, entre autres avantages, celui de la légèreté.
Passant rapidement derrière le WMerrimac, le Monitor pointe un de ses formidables boulets sur son hélice qu'il atteint.
Puis il lui lance un nouveau boulet sur une autre de ses œuvres vives.
Tout fut dit alors, et il ne resta au monstre mortellement blessé, que juste assez de force pour fuir vers l’île Craney, près de laquelle il rendit le dernier souffle de sa vapeur.
Un immense hurrah s'éleva des remparts et de toute la côte pour acclamer ce formidable succès.
Le Monitor ne poursuivit pas le vaincu, sans doute parce que ses canons étaient trop échauffés.
Le Merrimac, après être resté un moment près de la côte, rejoignit les navires rebelles qui avaient assisté de loin au combat, et qui l’entourèrent, sans doute pour lui faire des compliments de condoléance. Le monstre, horriblement avarié, faisait eau de toute part. En outre, presque tout son équipage était hors de combat. Sans le secours de quelques canots qui l’accostèrent et le remorquèrent, il coulait évidemment.
Tous les navires esclavagistes, se remorquant les uns les autres, lentement, tristement, disparurent gra. duellement à l'horizon, laissant le Monitor sans le moindre dommage.