‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 86 sur 212 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

par le bras, lui fit remarquer qu’elle s’exposait graluitement à un grand danger.

«— Oh! répondit-elle en souriant, il n’y a point de danger, même si je me précipitais là-bas. Pensez-vous que je puisse me blesser sur ces couches d'impalpable rosée ? Je flotterais au milieu d’elles comme un ballon. Mère ! je veux essayer de m'envoler!

« La mère épouvantée et le guide se hâtèrent d’entraîner en arrière, mais non sans difficultés, la jeune visionnaire, qui ne fut pas plutôt arrachée à sa terrible extase, qu’elle s’affaissa sur le sol et fondit en larmes. »

Mais la plus curieuse, ou tout au moins la plus amusante des aventures dont les chutes ont été le théâtre, est bien cerlainement celle-ci, que nous fit connaître Arthur :

Vers 1838 ou 1839, les journaux américains annoncèrent qu'une expérience décisive allait être faite qui résoudrait enfin la question, toujours débattue, de savoir si, oui ou non, un être vivant quelconque pourrait être précipité dans les cataractes saus y trouver la mort. À un jour donné, un bateau de grande ditaension, chargé de toutes les espèces d’animaux connus, sauvages et domestiques, devait être livré aux rapides ct faire par conséquent le gigantesque saut périlleux de la digue forraidable. Les journaux annoncèrent qu’il n’en coûterait qu’un dollar par personne pour être témoin de cette curieuse expérience. On se rendit en foule aux cataractes de tous les points plus ou moins rapprochés de la frontière américaine, (j-1ques amateurs même ont fait trois cents lieues pour assister à celte représentation unique du formidable plongeon de !a création tout entière, moins l’homme, bien entendu.

De cetle arche de Noé de malheur, on entendait des

cris, des sifflements, des aboiements, des miaulements, des rugissements, des bêlements ct des hurlements à fendre le cœur des natures impressionables. Beaucoup de gens riaient cependant, tant il est vrai que l’homme est né compatissaut, comme l’a affirmé je ne sais plus quel ph'iocophe.

Quand l'heure fatale eut sonné, les animaux furent tous mis sur le pont en liberté, et le bateau remorqué au large, puis abandonné, après avoir été vigoureusement poussé dans les rapides.

L'embarcalion navigua tr'3-bien pendant quelques instants; mais de plus en plus sous l'influence du terrible courant, elle se heurta violemment contre des prisants et finit par s'arrêter entre deux grandes roches qui déchirent la nappe d’eau. Alors ce fut un spectacle le plus curieux du monde et le plus saisissant aussi, Les animaux, voyant le danger, avisèrent tous, suivant leur nature et leur degré d'intelligence, au moyen d’échapper à la mort. Les ours et les singes montèrent dans les agrès, mesurant la distance qi'i les séparait de la rive, et jetant de temps à autre sur la frémissante c:taracte un regard épouvanté. D'autres animaux couraient en tous sens sur l’embarcation. Un dindon, ayant perdu complétement la tête, se précipita dans l’eau, imitant ainsi le célèbre Gribouille, qui se jeta à l’eau de peur de se mouiller. Quelques animaux semblaient atiendre résolûment une mort inévitable. D'autres tremblaient, en faisant retentir l’air de leurs gémissements. Les spectateurs, eux, applaudissaient et riaient à cœur joie. Pendant plus de deux heures, l’embarcation resla ainsi arrêtée ; mais un courant d’eau l'ayant prise par le ct 6, elle continua sa route sans autre incident jusqu’à .nstant suprême où elle franchit la cataracte.

Tous les animaux, au nombre de plusieurs centaines,

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