CHAPITRE XIV
Sans aucun doute, les viandes crues pourraient aussi se conserver de la môme façon.
On devra préserver de la ruine, pour un temps illimité, les monuments déjà construits. Toutes les boiseries peuvent être couvertes de silex, toutes les charpentes pour les ponts, pour les chemins de fer, pour les navires, peuvent être en quelques sorte pétrifiées et rendues presque indestructibles, car elles seraient alors à l'abri de l'air, de l'eau et du feu. Les bâtiments de pierre de taille étant enduits de silex liquide seraient pour toujours garantis de l'humidité et de la gelée. Plus de logements insalubres, par conséquent.
Il est presque certain que ce procédé a été connu des anciens et s'est perdu avec tant d'autres. En effet, on a trouvé à Herculanumdes statues en silex qui paraissent avoir été moulées. Les fresques de l'Egypte sont en silex et restent aussi fraîches qu'à leur premier jour. Et les grandes pyramides, qui sont toujours un problème pour nos ingénieurs modernes, comment ont-elles été érigées dans un endroit où il ne se trouve pas une pierre? Si elles ont été taillées ailleurs, par quel procédé ont-elles pu être transportées? N'est-il pas vraisemblable qu'elles ont été faites avec le sable du désert et fondues sur place?
A côté de tous les modèles d'invention, dont le Patent-office oifre la réunion, il se trouve dans ce même utile établissement une collection unique peut-être au monde de toutes les graines de l'univers. Avec une libéralité qui honore à la fois l'intelligence et le cœur des hommes au pouvoir dans les États-Unis, il est distribué gratuitement de ces graines à tous les citoyens qui en font la demande, en justifiant de l'emploi qu'ils en veulent faire. Mais que n'a-t-on pas imaginé en Amérique pour inspirer le goût de l'agriculture et faciliter aux colons les movens de s'établir !
Washington-City produisit en moi une impression des plus favorables. Je lui trouvai un caractère artistique si prononcé, du moins relativement aux autres villes d'Amérique, que je me persuadai que les artistes peintres, architectes ou musiciens y devaient être accueillis avec avantage.
— Ne vous fiez pas aux apparences, me dit Arthur; je connais Washington, et je puis vous assurer que les peintres pas plus que les musiciens ne font ici fortune. Je pourrais môme vous raconter dans ses moindres détails une histoire très-invraisemblable, et pourtant vraie, d'un grand prix de Rome français qui vous édifierait pleinement à ce sujet.
— Voyons l'histoire, demandafle colonel.
— Dans un autre moment, dit Arthur; il faut, pour narrer convenablement cette aventure burlesque du plus abandonné des prix de Rome, un certain entrain qui me manque à cette heure.
— Vous pensez à votre ex-associé? fit Sir James en souriant.
— Hélas ! exclama mélancoliquement Arthur, il n'est que trop vrai.
— Arthur, dit gaiement le colonel, le crâne humain est une armoire dans laquelle nos facultés sont enfermées avec nos sentiments dans une multitude de tiroirs. Fermez le tiroir de la mélancolie, beaucoup trop ouvert depuis quelque temps chez vous, et ouvrez celui de la bonne humeur où vous tenez sous clef l'histoire de votre grand prix de Rome. Vous nous avez annoncé quelque chose de drôle et d'édifiant, nous vous écoutons.
— Ah ! dit Arthur, laissez-moi du moins le temps de rappeler mes souvenirs. Les tiroirs de mon cerveau ne s'ouvrent et ne se ferment pas avec facilité. Je vous promets de vous dire ce que je sais, en chemin