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CHAPITRE XIV

sieur, soyez sans inquiétude, on vous traitera parfaitement, vous serez bien nourri, si vous aimez le gibier, et vous aurez du temps à voire disposition.

— J'aime assez le gibier, pensa le musicien, et je profiterai des moments de loisir qui me seront accordés pour mettre la dernière main à ma trente-septième s^miphonie, restée inédile comme toutes les autres, hélas ! et aussi pour achever ma collection de quatuors, de quintettes et de septuors, qui, un jour peut-être, feront ma réputation, avec les partitions de mes quatre grands opéras également inédits.

— Me direz-vous. Monsieur, à qui j'ai l'honneur de parler? demanda Léopold.

— Je me nomme Amédée X.... Entraîné par mes dispositions musicales, je suis entré au Conservatoire de Paris. J'ai reçu là, aux frais du gouvernement français, qui fait tout pour encourager les arts, les leçons des plus grands maîtres. Pendant dix ans, j'ai puisé à ces sources fécondes de la science musicale ; j'ai successivement remporté le premier prix de solfège, le premier prix d'harmonie, un autre prix d'harmonie qu'on appelle de contre-point et fugue, et finalement j'ai concouru à Tlnstitut, où j'ai eu l'honneur de mériter le grand prix de Rome.

— Vous êtes grand prix de Rome ! exclamèrent à la fois Léopold et la lingère.

— Hélas ! il n'est que trop vrai. Le gouvernement, toujours généreux, paya ma pension pendant cinq ans en Ralie et en Allemagne, où il m'avait envoyé, comme on envoie tous les lauréats, pour étudier les grands maîtres. Je brûlais d'impatience de revenir en France et de prouver au gouvernement qu'il n'avait pas semé sur un sol ingrat. En arrivant à Paris, ma première visite fut pour le directeur de l'Opéra-Gomique. C'était un homme charmant, qui m'avoua aimer avec passion

tous les jeunes compositeurs, particulièrement les grands prix de Rome. Il les regardait comme sespropres enfants. « Seulement, » me dit-il, « je vous engage à ajourner vos débuts. Le moment n'est pas opportun; j'ai en répétition des pièces dont le succèsne saurait être douteux. Il faut se montrer prudent, et quand on veut devenir compositeur, on doit savoir attendre. Atlendez donc, cher grand prix de Rome, et ayez toute confiance en moi; je veille sur vos succès futurs. Dès que le moment me paraîtra favorable, je vous préviendrai.

— Voilà qui était gracieux et bien fait pour vous encourager, dit Léopold.

— En effet, reprit le grand prix de Rome, ces paroles me comblèrent de joie ; on ne m'avait pas dépeint lesdirecteurs de l'Opéra-Gomique sous des couleurs aus&i riantes. J'attendis donc avec confiance un an, deux ans, trois ans, cinq ans. Puis je me décidai à renouveler mr> visite auprès du directeur.

— Et quel accueil vous fit-il cette fois? demanda le sous-cbef des Comanches.

— Il me reçut plus amicalement encore que la première fois, si c'est possible.

— C'était, en vérité, dit à son tour la lingère, un fort aimable homme que ce directeur.

— Seulement, continua le musicien, il me montra divers contrats passés avec des auteurs en vogue, et parut très-contrarié d'être obligé de leur céder la priorité sur moi. Attendez, attendez encore, attendez toujours, me dit-il avec le plus gracieux sourire; la patience est la première vertu du compositeur de musique en France, où les auteurs sont éternellement jeunes,. ct donnent à soixante ans de belles espérances. J'attendis donc encore cinq ans. Alors on me dit de chercher un poëme. Je passai trois ans pour en trouver un.

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