‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 142 sur 188 · CHAPITRE XVir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVir

de nègres, saisis d'épouvante et craignant la justice du peuple présidée par le juge Linch, plus encore peut-être que la justice de la justice, prirent la fuite, abandonnant le cadavre du planteur, et l'esclave qu'ils considéraient aussi comme mort.

Quelques jours plus tard on découvrit le corps du planteur, mais on ne put trouver celui de James. Tout le monde tomba d'accord que, blessé comme il Tétait, sans soins, dans une forêt, manquant de tout, il avait dû succomber, à moins d'un miracle toujours peu probable. L'histoire de cette chasse fit grand bruit; on s'indigna de la conduite du planteur, et les femmes s'intéressèrent vivement à James, victime de son amour pour la belle Belzy. Il est si rare, qu'on soit nègre ou blanc, de mourir pour celle qu'on aime.

Cette aventure était oubliée, lorsque deux délégués d'une société philanthropique se présentèrent chez les maîtres de Betzy, leur proposant le rachat de cette jeune esclave. Quand le marché fut conclu :

— Mademoiselle, lui dirent les philanthropes, vous êtes libre, et la somme que nous venons de donner pour indemniser vos anciens maîtres nous a été confiée par le quarteron James.

— James n'est pas mort, et je lui dois la liberté ! dit Belzy en fondant en larmes. Où est-il que je le voie ?

— James, continuèrent les délégués, est aujourd'hui à la tête d'une petite maison de commerce qu'il a fondée avec ses économies et fait prospérer par son intelligence et son travail. Il habite le Canada, où il vit sous la sauvegarde des lois anglaises et n^i rien à craindre de l'extradition, ayant tué le planteur en cas de légitime défense.

— Il est donc heureux à cette heure ? dit la mulâtresse.

— II pourrait l'être plus encore, répondirent les philanthropes avec une intention qui n'échappa pas à Betzy.

Lecteur, si vous allez à Montréal, on vous fera voir la boutique de James et de sa femme, qui, naturellement, trône au comptoir.

Pourquoi toutes les chasses au nègre ne finissentelles pas ainsi?

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