‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 169 sur 188 · CHAPITRE XIX. 3 6T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. 3 6T

— Messieurs, dit-il, si vous aviez à combattre une armée de fourmis, par exemple, vous amuseriez-vous à lancer dans leurs rangs des petites boulettes de pain qui en tueraient quelques-unes, qui en blesseraient quelques autres, mais dont la plupart ne les toucheraient môme pas?

— Non, monsieur Lemoine, ce n'est pas ainsi que nous agirions.

— Que feriez-vous donc?

— Nous les détruirions en masse, ne fût-ce qu'à coups de talon de botte.

— Parfait, — dit l'ex-bounetier, — et je n'ai plus rien à vous dire.

— Pardon, monsieur Lemoine, — dis-je à l'ex-bonnetier, mais il faut croire que je ne suis pas n^ pour faire la guerre, car, malgré votre explication, je ne comprends pas.

— N'avez-vous pas dit : Nous les détruirions en masse?

— Oui, nous avons dit cela.

— Eh bien! le secret est là tout entier; agissez au" près des armées comme si elles étaient des bandes de fourmis. s

— Gomment, vous voulez que nous écrasions des armées européennes, braves, aguerries, bien disciplinées, à coups de talon de botte?

— Oui, monsieur, — répondit l'ex-bonnetier, — et grande et glorieuse sera la nation qui, la première, usera de ce moyen aussi efficace que simple et peu coûteux.

Je crus que l'ex-bonnetier avait perdu la tête, et je jetai sur mon ami un regard interrogateur.

Mon ami, qui connaissait les théories de monsieur Lemoine pour les avoir entendu exposer maintes fois, nie rassura d'un geste.

— Mon Dieu ! — repris-je, — vous allez avoir la plus triste opinion de mon intelligence, mais je ne saisis pas encore parfaitement la clef de votre système, et le talon de botte me paraît obscur. Je sais qu'on dit parer une botte, mais j'ignorais qu'on pût attaquer une armée et l'écraser à coups de talon de botte.

— Les bottes sont ici une figure de rhélorit^ue que j'ai conservée parce qu'elle m'avait paru ingénieuse, 4nais que je retire puisqu'elle nuit à l'intelligence de >ma théorie.

— Je vous demande mille pardons de vous fijire ainsi rrotirer les bolles, — dis-je en riant à monsieur Le- ; moine.

— Je les remettrai plus tard, — reprit-il sur le môme ton. — Donc, il ne s'agit pas d'écraser l'ennemi . iwcc des talons de bottes, mais de l'écraser par la pou- • dro et le canon.

— Mais nous ne pouvons pas faire que les hommes se réduisent à l'état d'insectes.

— Non, mais vous pouvez^ par vos armes, vous grandir à l'état de géants, et les proportions s'établissant les mômes, les résultats seront aussi les mêmes. Je m'explique. Figurez-vous qu'au lieu d'avoir cinq pieds et plus ou moins de pouces, vous ayez cent pieds de haut, que vous soyez forts et robustes en proportion de votre hauteur, et que vous ayez h. combattre un ennemi de votre espèce. Useriez-vous alors de votre artillerie pour en faire l'arme de résistance de vos corps d'armée? Non, n'est-ce pas, et si vous vous ser- \iezde ce que vous appelez votre grosse artillerie, ce serait en guise de pistolets de poche, pour vous défendre en cas de surprise et d'attaque personnelle. Vous auriez comme artillerie, au lieu de vos petites pièces de huit, de douze, de seize, de vingt-quatre et môme de quatre-vingt-quatre rayées, cannelées, tor-

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