CH4PITRE XX
domine le cimetière, la vue était magnifique. Celle vue, l'espoir de faire un bon placement d'argent, et les manières si engageantes du fossoyeur, m'ont décidée.
— Jolie propriété pour aller passer la belle saison et jouir de la vue du paysage !
— Après tout, ma fille, si j'ai eu un moment de faiblesse rien, n'est perdu pour cela. Tu te marieras sans doute tôt ou tard, et tu peux avoir des enfants ; ils seront bien aises de trouver un jour au Père-Lachaise une tombe élégante, commode, bien aérée, et qui ne doit rien à personne.
Telle est, lecteur, l'bistoire de ce tombeau.
Quant à ce qui me concerne personnellement, je ne vous le veux point cacher. Arrivé à Londres, je vis la nièce du colonel, et je la trouvai belle et bonne comme doivent être les anges dans le ciel. Je fis son portrait, et, je l'avoue, mes yeux étaient beaucoup plus portés sur l'original que sur ma toile. Je devins passionnément amoureux, et il me parut que je n'étais pas indifférent à celle dont je me croyais à jamais séparé par le rang el la fortune. J'étais trop malheureux dans mon incertitude, el je voulus partir. Comme j'allais prendre rongé:
— Marcel, me dit le colonel, vous m'avez un jour avoué que vous n'auriez pas de répugnance pour le mariage, si la femme à laquelle on voulait vous marier, était belle, bonne, riche, bien élevée et spirituelle. Mais pensez-vous qu'une semblable perfection existe quelque part?
Je me troublai.
— Pour trouvera une femme tant de qualités réunies, il uiut en être amoureux.
Je me troublai plus encore.
— Or, vous n'êtes pas amoureux, vous?
Je me troublai horriblement.
— Après tout, c'est voire affaire et non la mienne. Donc si vous êtes amoureux et si vous croyez avoir découvert cette femme accomplie, comme vous pourriez bien ne pas lui déplaire, je vous promets mon appui en cette circonstance.
— Mon cher oncle ! dis-je en me précipitant dans les bras du colonel.
— N'est-ce pas, ajouta-t-il avec un sourire plein de finesse et de bonté, que j'ai bien fait de ne pas me brûler la cervelle et d'aller avec vous en Amérique?
— Oh oui, mon cher oncle !
Vous le voyez, chers lecteurs, ce récit de voyage, qui a commencé comme un mélodrame, finit comme une comédie.
Aujourd'hui, rien ne manque à ma félicité. Je suis heureux par profession. Dans mes moments perdus, je peins ou j'écris, suivant qu'un pinceau ou une plume me tombe sous la main. Par bonheur, ma profession d'homme heureux ne me laisse que peu de loisir.