CHAPITRE IV
Un Aliemaiif!, plus riche que spirituel el plus laid que bcau^ voyageait en tourisle aux États-Unis; il vit, clans je ne sais quel hôtel de quelle ville, la demoiselle que nous venions de rencontrer à Saint-Nicholas, et dont les grâces autant que la mise élégante attirèrent son attention. Ayant appris qu'elle voyageait seule, il se crut par ce fait autorisé à lui rendre des hommages qui n'étaient point du goût de In demoiselle. Elle eut soin de le lui dire catégoriquement. Mais le tourisle ne se décourageait pas, et il la suivait partout avec la persistance d'un galant qui ne craint de dépenser ni son temps ni son argent.
Un jour la demoiselle apostropha le galant en ces termes :
— Monsieur, vous êtes laid.
— Et vous, mademoiselle, vous êtes charmante.
— En outre, vous êtes très-peu spirituel, et je vous déteste.
— Moi, je vous adore et je vous suivrai au bout du monde.
— Je vous le défends.
— Demandez - moi plutôt de verser tout mon sang.
— Soit. Je prierai mon frère de venir vous tuer.
— Me tuer? C'est grave.
— Bah ! la perte ne sera pas énorme.
— Vous voulez rire, mademoiselle; mais vous avez la plaisanterie funèbre.
— Je parle sérieusement, et, si demain vous n'avez pas cessé vos assiduités en renonçant à me suivre partout où je veux aller, vous pouvez vous considérer comme mort. C'est mon dernier mot.
L'Allemand essaya de sourire à ces menaces, qui jetèrent sur son amour comme un manteau de givre, mais par entêtement il ne voulut point céder, et, la
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jeune fille étant partie pour Pliiladelphie, il se mil en roule à sa suite.
Quelques heures après avoir rejoint celle qu'il importunait si sottement de ses obsessions, il reçut le télégramme suivant, daté de la Nouvelle-Orléans : « Monsieur,
« Je suis le frère de celle que vous poursuivez de vos assiduités inconvenantes. Si aujourd'hui môme vous n'avez pas quitté la ville, j'aurai le plaisir d'aller vous brûler la cervelle.
(( Recevez, monsieur, l'assurance de mes sentimenis bien dévoués.