‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 50 sur 188 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

livrés par les Américains contre les Anglais durant la guerre de l'Indépendance. Je saisis cette occasion pour dire que je n'ai vu à New-York qu'un nombre Irès-restreint de bons tableaux. Quelques galeriesparticulières, entre autres celles de notre vice-consul, M. Borg, renferment, avec des objets de curiosité et quelques statues bien faites, des tableaux de maître. L'Amérique, qui a vu naître un statuaire célèbre, M. Powers, l'auteur de rEsclave grecque, attend encore un peintre véritablement digne de ce nom. Mais si New-York a peu de bons tableaux, en revanche il regorge de mauvais, vendus à l'encan et à tout prix pour des Raphaël, des Murillo, des Van Dyck, etc., avec l'historique de chacune des toiles et des attestations signées, en veux-tu, en voilà. C'est un trafic honteux. Si encore il ne se faisait qu'en Amérique !

Nous connaissions assez bien New- York pour des touristes qui ne veulent que se récréer, et nous songeâmes à pousser plus loin nos excursions.

— Arthur, dit le colonel à notre complaisant cicérone, qui était devenu notre ami à tous deux; nous partons demain, mon garçon. Avez-vous enfin fini de réfléchir et consentez-vous à nous accompagner dans nos pérégrinations à travers les différents États et territoires de l'Amérique où nous porteront les hasards du voyage?

— Non, répondit Arthur.

— Gomment ! vous n'avez pas encore fini de réfléchir?

— Pas encore.

— Alors vous ne voulez pas nous accompagner?

— Au contraire, reprit Arthur, je vous suivrai.

— Vous vous êtes donc décidé à accepter mes propositions?

— Non, colonel ; mais hier, voyant que, par mes ré-

flexions^, je n'arrivais à aucune conclusion ; j'ai pris une contre-décision que voici : En attendant, me suisje dit, que tu acceptes ou que lu refuses les offres si aimables du colonel, c'iqui tu ne connais qu'un seul défaut, celui de tirer en chasse trop vite et trop bien, tu le suivras. Si, plus tard, après de nouvelles délibérations avec toi-même, tu décides qu'il vaut mieux, dans l'espoir de faire arrêter ton gredin d'associé, rester à New-York, eh bien, tu t'excuseras auprès de sir James et tu reviendras dans cette ville. — Voilà comment, sans accepter vos propositions, je serai des vôtres, puisque vous avez la bonté de le désirer.

Nous rîmes beaucoup, sir James et moi, de l'indécision du trop hésitant Arthur, et nous fîmes nos malles pour nous rendre au Canada, en remontant par steamboat la magnifique rivière de l'Hudson, comparée, non sans raison, au fleuve du Rhin, pour la magnificence du paysage et la variété de ses aspects.

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