CHAPITRE XI
coucher à la belle étoile, — quand la nuit est sereine. Nous ordonnâmes au cocher de nous conduire dans le principal hôtel de l'endroit : United States hôtel :
— Est-ce que ces messieurs désirent s'y loger? nous demanda le cocher.
— Sans doute^ répondit le colonel.
— Il y a plus de quinze jours, reprit le cocher, que personne ne se loge plus nulle part à Saratoga. Avant-hier j'ai loué ma voiture à un couple déjeunes mariés qui s'y sont installés pour quarante-huit heures, faute d'un logement plus confortable.
Le colonel regarda Arthur d'un œil inlerrogatif et inquiet.
— Bah ! dit Arthur, ce couple était sans expérience, et je me fais fort, moi, de trouver à nous loger. Si les hôtels sont remplis, nous demanderons un asile chez un quincaillier de mes amis.
— Est-ce qu'il nous fera coucher sur des clous? demanda sir James.
Arthur nous tranquillisa d'un geste et nous partîmes pour United States hôtel, n'acceptant que comme un pisaller rhospilalité du quincaillier, hospitalité d'ailleurs très-problématique.
L'hôtel où nous tentions de nous caser, peut en temps ordinaire accommoder mille personnes. Il en abritait tant bien que mal quatre mille en ce moment.
— Avez-vous une chambre pour nous trois? demanda Arthur au premier domestique qu'il rencontra dans le couloir de l'hôtel.
— Vous voulez rire ? répondit ce dernier en faisant mine de s'éloigner.
— Nous nous logerons dans la cave.
— La cave est prise.
— Dans un des couloirs?
— Les couloirs regorgent de monde.
— Sur le péristyle?
— Le péristyle est encombré de dames.
— Dans la cuisine?
— Nous y couchons tous.
— Avec vous ?
— C'est délicat, dit le domestique (un affreux mauricaud), et il convient d'en faire d'abord la proposition au directeur de rétablissement.
— Non, non, dit le colonel en faisant la grimace, c'est inutile; allons chez le quincaillier.
Nous allâmes chez le quincaillier qui se confondit en regrets. «
— J'avais trois matelas, nous dit-il^ je les ai vendus il y a huit jours à une riche famille de Gtiarleslon qui vient en jouir sur le comptoir de ma boutique. Il ne nous reste plus qu'une paillasse pour ma femme et pour moi.
— Ah ! fit Arthur en soupirant profondément, j'aurais dû réfléchir à cela. Aujourd'hui c'est trop tard et, si la Providence ne nous vient pas directement en aide, nous coucherons je ne sais où.
— C'est-à-dire que nous ne coucherons nulle part, répliqua le colonel.
— Hélas ! exclama notre guide, je le crains bien, à cette heure.
— Au moins, répliqua le colonel, nous trouverons bien une place à la table de V United States hôtel, qui nous nourrira, s'il ne peut nous coucher.
— Ce n'est pas sûr, dit Arthur, qui savait que l'heure du repas amène régulièrement des scènes tumultueuses dans l'immense salle à manger de cet immense hôtel où, journellement, trois et quatre dîners sont successivement servis pour six à huils cents per-