CHAPITRE XI
apostolique qui^, plus que personne, a dû souffrir de voir des chrétiens mettre si mal d'accord leurs actions avec les préceptes de l'Évangile. Débarqués dans le Nouveau Monde l'épée d'une main et la croix de l'autre, ils se sont également servis de la croix et de l'épée pour frapper des hommes inoffensifs, les asservir et confisquer tous leurs biens à leur profit. Les hommes ne sont-ils donc pas tous fils de Dieu, et le vol, l'hypocrisie et l'assassinat, ne sont-ils condamnables que sous une certaine latitude !... 0 chrétiens dégénérés, combien vous êtes plus loin de Dieu en agissant comme vous le faites trop souvent en son nom, que cet ignorant Indien qui ne le connaît pas lui, mais qui sauve la vie de son semblable, et fait le bien instinctivement pour le seul plaisir de le faire et sans même savoir qu'il le fait!
Il appartenait aux missionnaires qui se sont voués à la propagation de la foi catholique en initiant en même temps les sauvages aux bienfaits de la civilisation, de relever le christianisme souillé par tant de crimes en Amérique. Que de fois les missionnaires ont payé de leur vie leur utile et sainte entreprise 1
Aussi bien et puisque le voyage que j'ai entrepris d'écrire est un voyage anecdolique, raconterai-je le fait suivant qui emprunte une sorte de sombre comique au plus lamentable des événem.ents.
Un missionnaire espagnol, le P. Antonio Galvez, était allé dans une des îles de l'archipel austral, ppur prêcher le christianisme à des hommes bien peu faits pour le comprendre.
En effet, ces sauvages,si opposés aux Iroquois, et dont le cœur semble fermé à tout sentiment d'humanité, ont des coutumes féroces qui les rendront pour longtemps encore impropres à recevoir les bienfaits de l'Évangile. On en pourra juger par ce seul fait, que chez eux
co sont les vieillards qui, aux dépens de leur vie, essayent le poison dont les habitants de ces contrées enduisent leurs flèches.
Voici comment ils procèdent k cette opération :
On met dans une marmite un lot de serpents choisis parmi les plus venimeux^ un lot de crapauds de la grande espèce, un lot de scorpions, un lot de botes à mille pattes et un lot d'énormes araignées dont la piqûre est presque toujours mortelle; le tout mélangé agréablement à des plantes malfaisantes et à certains minéraux pulvérisés.
Puis on fait bouillir en couvrant hermétiquement la marmite, afin qu'il ne s'échappe de ce pot-au-feu de l'enfer aucune de ses précieuses exhalaisons.
Quand le tout a bouilli un certain ribmbre d'heures, on fait venir le vieillard le plus vénérable de la contrée, lequel doit décider si le bouillon est à point.
Le vieillard s'avance vers la marmite et la découvre, en ayant soin de placer sa tête de manière à en respirer les vapeurs. Si le vieillard ne tombe pas roide mort, c'est que la marmite n'a pas suffisamment bouilli, et on la laisse encore sur le feu. Si au contraire il Mi un demi-tour sur lui-môme et tombe à la renverse pour ne plus se relever, c'est que le poison est efficace, et alors un long cri de joie s'échappe de toutes les poitrines.
Jusqu'à présent, ces peuplades n'ont pas eu d'autre institution de retraite pour les vieillards.
Les vieillards sont traités différemment chez d'autres peuplades voisines, où les fusils ont remplacé Tare et les flèches. Les vieillards, hommes et femmes, sont hissés à des arbres minces et longs. Arrivés aux branches les plus élevées, on lâche brusquement les victimes de leur Age, qui s'accrochent comme elles peuvent des pieds et des mains. Alors des voix se font