PAR
SEYMOUR DE RÏCCf
IL nous paraît aujourd'hui tout naturel de nous meubler en ancien ; au dix-septième siècle, une idée semblable était jugée extravagante au premier chef, et l'amateur assez excentrique pour préférer au goût du jour celui, par exemple, du seizième siècle, était jugé digne tout au plus d'une place dans les Caractères de La Bruyère. C'est sous le règne de Louis xv que nous voyons le goût des antiquités envahir jusqu'au mobilier. De même que les Beurdeley ont copié au dix-neuvième siècle les meubles célèbres du dix-huitième, de même, les grands amateurs des règnes de Louis xv et de Louis XVI faisaient imiter à leur usage les chefsd'œuvre de BouUe : les salons modernes sont remplis par du Louis xvi de contrebande ; il y a un siècle et demi, des ébénistes anonymes fabriquaient pour les curieux du jour des commodes en faux Boulle qu'il ne nous est pas toujours facile de distinguer des productions véritables du siècle de Louis xiv. Sans doute, des motifs Louis xvi se glissent-ils dans la marqueterie de ces contrefaçons tardives ; mais les plus habiles s'y trompent et nous sommes tout étonnés, en examinant de près telle riche commode de la vente Hamilton d'y observer une entrée de serrure au chiffre du comte d'Artois.
Ce n'est d'ailleurs peut-être pas le style de ces meubles qui leu*' valait la faveur des amateurs du dix-huitième siècle ; n'est-ce pas plutôt la richesse de la matière ou la somptuosité du procédé employé pour marier l'écaillé aux métaux ? Les meubles en marqueterie de Boulle ont toujours été de précieux bibelots et c'est, croyons-nous, k ce titre surtout, qu'ils ont été placés dans les salons des Fermiers- Généraux.
Dans toutes les ventes du dix-huitième siècle, les meubles de Boulle figurent en bonne
place ; il en est de même au dix-neuvième et si les annales de l'Hôtel Drouot, depuis quinze ou vingt ans, n'enregistrent que bien rarement de fortes enchères pour les objets de cette catégorie, c'est que les très beaux meubles sont devenus rarissimes et qu'on n a pas cherché à les amener sur le marché.
Il n'est rien comme la mode pour multiplier les transactions sur un objet de curiosité. 'Tant qu'un Rembrandt valait de vingt à cent mille francs il ne s'en découvrait de nouveaux qu'assez rarement : depuis que ces prix ont décuplé, on en retrouve chaque année une demi-douzaine. En ce moment on fait des folies pour le Louis XVI : aussi bien n'en a-t-on jamais tant vu dans les ventes. Le Louis xiv est moins ardemment recherché, aussi le rencontre-t-on moins souvent dans les catalogues.
Cependant une réaction semble appréciable ; ime foule d'amateurs qui voudraient suivre la mode mais qui cèdent à la force majeure des " gros bataillons," se rejettent sur d'autres périodes moins exploitées parle snobisme ; nous en connaissons que cette heureuse inspiration a permis, à peu de frais, de constituer dans leurs demeures des ensembles décoratifs d'un goiit parfait.
Les prix que l'on va trouver ci-dessous n'ont rien d'absolu et tant de circonstances accessoires ont pu les influencer que j'hésite presque à les publier avec aussi peu de commentaires : cependant la plupart d'entre eux traduisent assez fidèlement en francs et en centimes l'ardeur plus ou moins vive avec laquelle on recherche actuellement les meubles Louis XIV. Ce ne sont que des indications, mais le lecteur avisé pourra, je l'espère, en faire son profit.
L'ordre suivi dans l'énumération des meubles est le même que dans le corps de l'ouvrage.